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100 000 personnes dans les rues, 5 newsyoungers racontent.

100 000 personnes dans les rues, 5 newsyoungers racontent.

12 morts et 11 blessés. Tel est le triste bilan de la fusillade qu’a subit Charlie Hebdo hier. Le soir même, près de 100 000 Français ont manifesté leur soutien au journal et aux familles des victimes. À Avignon, Lille, Bordeaux, Arras et Paris, les journalistes de Newsyoung se sont fondus dans la masse pour raconter cet élan de solidarité.


Florence Morel, Léa Texier et la mobilisation de Bordeaux.

Le numéro de la semaine est désormais introuvable dans les kiosques. Crédit photo : Florence Morel.

Le numéro de la semaine est désormais introuvable dans les kiosques. Crédit photo : Florence Morel.

Bordeaux hipster

Crédits photo : Sarah Paillou.

À Bordeaux, nous avons crié silencieusement ton nom, Liberté.

C’est une atmosphère grave qui planait sur le parvis des Droits de l’Homme en ce mercredi 7 janvier 2015. Il est 17h, des familles, des étudiants, des bobos, des hipsters, des Blacks-Blancs-Beurs, comme on le disait après avoir remporté la Coupe du Monde.

Pour une fois, le soleil est là, mais l’allégresse des beaux jours n’y est pas. Tout le monde attend, traîne des pieds, scrute le haut du parvis en se demandant s’il va se passer quelque chose. La foule reste silencieuse, le climat est lourd et pesant, seules quelques personnes osent un éclat de rire, vite éteint par des regards assassins.

Florence Morel

Un participant en colère mais surtout, ému, a livré ses impressions à Newsyoung. Auguste Bas, 18 ans, affirme : « Je suis Charlie donc je soutiens. » Il a vécu « un silence pesant. Je sentais que les pensées de chacun étaient pour eux, explique-t-il, qu’il y avait un profond respect. Pendant la minute de silence, j’ai eu une boule au ventre, comme si je prenais conscience de la gravité de la situation. De la colère, mais énormément de tristesse, tant de tristesse… C’était très touchant. Silencieux. J’avais le sentiment que tout le monde était en colère mais surtout triste, si triste. » Il ajoute : « J’ai peur. Peur que le FN gagne assez de voix pour gagner les présidentielles de 2017, peur que la xénophobie et l’islamophobie montent encore plus que ce n’est déjà le cas, peur que les gens confondent islam et islamisme… il ne faut pas céder à la haine, il ne faut pas être seulement contre les extrémistes mais POUR la liberté d’expression ».

Propos recueillis par Léa Texier.


Gaël Bouquet à Avignon.

Crédits photo : Fabrice Sabre.

Crédits photo : Fabrice Sabre.

À partir de 18 heures la foule afflue vers la place de l’horloge, devant la mairie. D’abord le silence, des bougies, des drapeaux et des autocollants « Je suis Charlie » fleurissent.

Puis le silence laisse place aux applaudissements et à l’hymne national. L’émotion est palpable, autant que la tension qui flottait dans les rues du centre-ville dans l’après-midi.


Claire Duhamel à Lille.

« Liberté de la presse, liberté de l’humour, liberté tout court », clame un manifestant lillois. Place de la République, ils étaient des milliers à s’être réunis pour manifester leur soutien au journal Charlie Hebdo. « J’imaginais quoi 100 personnes ? Non c’est blindé de monde ! » raconte un jeune homme à son ami. De la spontanéité, c’est sans doute ce qui décrit le mieux la mobilisation. Le silence respectueux a naturellement laissé place à des trombes d’applaudissement. Des manifestants ont brandi un stylo en l’air pour protester contre l’atteinte à la liberté de la presse. L’émotion est grande, l’atmosphère est lourde, l’incompréhension est dans toutes les têtes.

Des bougies pour l'hommage. Crédit photo : Claire Duhamel.

Des bougies pour l’hommage. Crédit photo : Claire Duhamel.

Stylo en l'air pour la liberté d'expression. Crédits photo : Claire Duhamel.

Stylo en l’air pour la liberté d’expression. Crédits photo : Claire Duhamel.


Tom Février à Arras.

À Arras, plusieurs centaines d’anonymes, de tous âges, étaient rassemblés place des Héros pour rendre un hommage aux victimes de l’attentat. Visiblement très émus, plusieurs personnes partagent leur colère ou leur incompréhension : « Quand j’ai su que Cabu, Charb, Wolinski et Tignous ont été tués, ça m’a abasourdi » ; « Attaquer un journal comme ça, à la kalachnikov, c’est n’importe quoi« .

Une jeune femme, tenant fièrement le numéro de Charlie Hebdo d’aujourd’hui, témoigne : « J’ai découvert l’attaque ce midi en allumant ma télé. Je suis sortie en ville, je suis passée devant un buraliste et je trouvais ça important d’acheter le Charlie Hebdo d’aujourd’hui ; il va être rare, mais j’espère que ce ne sera pas le dernier qui va sortir. Je pense un peu comme Charlie Hebdo, je suis dans la même veine humoristique, c’était des gens dont je me sentais intellectuellement proche, c’est pour ça que je voulais acheter le journal et être ici, être présente car c’est tout ce que je peux faire. » La foule a ensuite observé une minute de silence, après avoir déposé plusieurs bougies devant le Beffroi.

La foule place des héros. Crédits photo : Tom Février.

La foule place des héros. Crédits photo : Tom Février.


Juliette Piat à Paris.

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Crédits photo : Adrien Lévy-Cariès.

A Paris, Place de la République, dès la fin de l’après-midi, le mot rassemblement prend tout son sens.

Car malgré la foule qui a envahit la place, le silence règne, dans un instant commun de recueillement. Certaines personnes brandissent des affiches « Je suis Charlie » ou l’image de la dernière couverture de Charlie Hebdo quand d’autres pointent vers le ciel des crayons, symbole fort rendant hommage aux dessinateurs du magazine. L’ambiance se modifie ensuite, le silence se brise et du recueillement initial  des groupes essaient de faire entendre leurs voix. « Je suis Charlie » scande un premier groupe de personnes, « Liberté d’expression » en scande un autre. Des applaudissements retentissent à la vue de néons qui s’allument, affichant le message suivant : NOT AFRAID.

Par cette description s’est réunie hier une démocratie, partagée entre le recueillement et l’émotion d’une part et une démocratie qui a vu le rassemblement comme le moyen de réaffirmer l’une de ses valeurs essentielles, à savoir la liberté d’expression. Une nation unie dans le deuil nationale qu’elle porte aujourd’hui et pour les jours à venir. Une cohésion retrouvée s’est fait ressentir, en dehors de tous les clivages politiques et dissensions qui peuvent opposer les français. Un rassemblement qui restera longtemps dans les mémoires en raison d’événements d’une gravité et d’une barbarie sans nom.

La rédaction de Newsyoung est très touchée par les évènements d’hier. Cet article est notre hommage aux victimes, notre soutien aux familles. Charlie Hebdo, qu’on l’adore ou qu’on le déteste, aujourd’hui on le soutient.

 

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