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À Tours, l’aube d’un mouvement social

À Tours, l’aube d’un mouvement social

La lutte contre le projet de loi sur la réforme du Code du travail s’organise à Tours. Environ 250 étudiants rejoints par des lycéens, quelques salariés, fonctionnaires, chômeurs et retraités remuent actuellement ciel et terre afin de continuer la lutte. Cohésion, Démocratie et action sont au cœur d’un mouvement initié de façon exclusive par une jeunesse révoltée et déterminée.

Mercredi 9 mars, entre 224 000 (chiffres des autorités) et 500 000 (chiffres des syndicats) Français se sont mobilisés dans la rue contre le projet de réforme du droit du travail. A l’origine de cet élan contestataire visant le retrait du texte, les organisations de jeunesse et les syndicats. Pour l’UNEF, syndicat étudiant, les étudiants représentaient un cinquième des manifestants, soit 100 000 en France.

A Tours aussi (ville étudiante située en région Centre dans le département d’Indre-et-Loire) 5 000 citoyens, dont 1 500 étudiants (chiffres de l’UNEF, et entre 4000 et 5000 selon les autorités locales) sur les 135 000 âmes que compte la cité se sont mobilisés à partir de 10h00.

Très vite, à Tours, des porte-paroles de mouvements de jeunesse et de syndicats ont appelé à continuer la mobilisation contre la loi El Khomri. Pour les jeunes, elle n’est autre qu’un projet au service du patronat instaurant « un sentiment de précarisation à vie ». En Assemblée Générale, on a voté le blocus du site commun des UFR d’Arts-Sciences Humaines et Lettres-Langues de l’Université François Rabelais de Tours. Le débat fut riche étant donné le nombre non-négligeable d’étudiants contre ce dispositif venus débattre. Les étudiants en faveur rappellent que ce moyen permet « de donner l’opportunité à tous les étudiants de se mobiliser sans être pénalisés pour l’acquisition de leurs diplômes ou pour la réception de leurs bourses à cause des absences enregistrées comme injustifiées par les professeurs ».

« Des jeunes dans la misère, des jeunes dans la galère, on n’en veut pas, de cette société là »

scandaient les lycéens mobilisés.

Jeudi matin, dès 7h30, une centaine d’étudiants bloquaient le campus de l’Université appelé les Tanneurs. Pas de cours jeudi pour les étudiants du campus littéraire de l’Université. Des blocus ou des opérations de filtrage ont également été organisés dans les lycées publics de la ville permettant aux lycéens de rejoindre le cortège d’étudiants. Dans la matinée, rejoignant les retraités réclamant une revalorisation des pensions, 1.500 jeunes ont ainsi pu défiler devant la Préfecture, la gare, puis ont effectué un sit-in devant l’hôtel de ville.

Assemblée générale devant le site des Tanneurs.

Assemblée générale devant le site des Tanneurs.

 

Mais la mobilisation ne s’est pas arrêtée là.

Multipliant les assemblés générales et les négociations avec les représentants de l’Administration du site des Tanneurs les étudiants ont décidé de renouveler une journée blanche pour le lendemain.

Vendredi, ou la journée de l’effervescence intellectuelle et démocratique

Vendredi, à 10h00 dans l’amphithéâtre Thélème (site des Tanneurs), 300 étudiants, conviés au débat via les réseaux sociaux et les pancartes dissimulées autours de la FAC ont investi une salle bondée. Majoritairement issues des UFR Arts-Sciences Humaines, Lettres-Langues, des IUT de Tours, les jeunes consciences ont débattu et soumis au vote leurs idées souvent destinées à la suite active du mouvement. De leur côté, les lycéens tout autant engagés se sont mobilisés au nombre de 1000, en ville.

Dans l’après-midi, une professeure de sociologie proposait dans ces circonstances extraordinaires la projection d’un film-documentaire concernant le mouvement des Indignés d’Espagne en 2011, suivi d’un débat. Les 200 étudiants ont mis de l’eau dans leur vin en apprenant les moyens d’action, de communication et de dialogue mis en place par les Espagnols. Aussitôt après, une deuxième assemblée générale réunissait 300 personnes.

Etudiants, lycéens, salariés, fonctionnaires, chômeurs et retraités ont dialogué ensemble, ont vécu ensemble la Démocratie. Temps de parole égal et distribué, propositions, objections et votes à main levée ont rythmé cette assemblée intergénérationnelle. Ce temps de Démocratie et d’organisation du mouvement n’a pas été facile mais a débouché grâce à l’écoute, en particulier de « doyens » habitués des luttes syndicales, à de véritables mesures de structuration du mouvement.

Deux mesures ont été adoptées en AG et validées par la direction du site des Tanneurs: la banalisation des cours lundi, mardi, mercredi (les cours sont maintenus mais les absents ne sont pas pénalisés) et la journée blanche jeudi pour un appel à la grève générale.

Aussi et surtout la création de quatre commissions interdépendantes a été validée. Elles permettront d’organiser les évènements et la durabilité de la mobilisation. Elles ont été nommées comité d’action, comité de communication, comité « vie de lutte » (en charge de l’organisation de repas communs et de stands par exemple) et enfin celui en charge de l’organisation des AG, véritable fondement et artère du mouvement.

Dès la création de ces comités, les citoyens jeunes et moins jeunes se sont attelés à la tâche afin de continuer la lutte au cours du week-end et de planifier des actions pour le mois. Car, oui, le mouvement compte pérenniser la lutte jusqu’au retrait du projet de loi, voire au-delà. En effet, l’idée de créer des contre-revendications a été fortement approuvée. Les jeunes évoquent un « ras le bol général », le mécontentement est tangible dans les voix révoltées de ces jeunes nourris intellectuellement par la révolte de mai 68 ou le mouvement des Indignés en Espagne.

« Prenez garde à l’armée des futurs précaires »

Message affiché sur les banderoles des étudiants

Peut-on déceler ici l’aube d’un mouvement social ? La question est posée.

Ce que l’on peut en tout cas constaté c’est : un mouvement sans appartenance politique ou syndicale et sans leader. Un mouvement non-violent. Un mouvement organisé et fondé sur le principe démocratique. Un mouvement prêt à mutualiser les idées avec d’autres foyers français d’étudiants engagés ainsi qu’avec les salariés, les chômeurs et pourquoi pas les agriculteurs en crise. Une convergence des luttes est possible.

Les étudiants et lycéens voient grand. Certains imaginent leur mouvement se multiplier partout en France. Ils sont toutefois lucides. Un jeune homme en Master d’Histoire prévient « Une telle mobilisation pourrait aussi ne pas aboutir, s’épuiser ou bien être réprimée, il faut se préparer à l’échec. » Tandis que Lisa, en licence d’Histoire, ajoute: «  En tout cas, on aura essayé et initié quelque chose de fort ici à Tours ».

Tous se sont en tout cas félicités de la naissance d’un tel mouvement dont la cohésion est le maître-mot. Les sourires animent les visages, les idées foisonnent. Les jeunes ont pris leur destin en main à Tours. Ils ont décidé de s’organiser pour lutter, voilà qui rend belle l’action.

Tour de parole lors de l'assemblée générale du jeudi 10 mars.

Tour de parole lors de l’assemblée générale du jeudi 10 mars.

Wanted Democracy Agora dans ta FAC

Wanted Democracy Agora dans ta FAC

La philosophie du bien-être ?

La philosophie du bien-être ?

Prochain rendez-vous à Tours, dans les rues pour de la sensibilisation à partir de samedi et chaque jour ensuite. Jeudi 17 mars, une mobilisation commune aux étudiants et aux syndicats de salariés est organisée. Jeudi sera d’ailleurs une journée d’action dans les universités françaises pour demander le retrait du projet de réforme du droit du travail puisque l’Unef a appelé à la mobilisation. Enfin, les étudiants de Tours comptent s’intégrer à la mobilisation générale du 31 mars.

 

Rendez-vous virtuel sur la page Facebook « Les Tourangeaux contre la Loi Travail ».

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2 comments

  • Sylvain

    « Des blocus ou des opérations de filtrage ont également étaient organisés »
    *été organisés !

    Sans aucune condescendance.

    • Marie-Lou Vezon

      Merci pour votre commentaire. La faute sera corrigée au plus vite.

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