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APB, mon amour

APB, mon amour

Ca y est, nous y sommes. Le baccalauréat est en cours, et les quelques 684 000 élèves de Terminale ont reçu leurs affectations pour l’année prochaine, pour la plupart via le système Admissions Post-Bac (APB). Or, si des progrès par rapport à  APB ont été faits, ce système reste néanmoins on ne peut plus perfectible. Bienvenue dans les méandres d’un système algortihmique extrêmement complexe, et encore trop mystérieux.

APB, quelle mission ?

APB est un système visant à centraliser les demandes d’admissions dans les établissements d’enseignement supérieurs français, afin d’éviter aux bacheliers d’avoir à multiplier les dossiers d’inscription et les procédures, chose qui serait devenue ingérable pour les élèves en parallèle d’une année de Terminale (il est possible de formuler jusqu’à 36 voeux différents sur APB !). Cet objectif-là est, en grande partie, accompli, même si un certain nombre d’établissements opèrent une sélection en-dehors du système APB, j’y reviendrai par la suite.

APB, un système anxiogène au possible

Lorsque l’on rentre ses voeux sur APB, nous devons également les classer. En effet, si une proposition d’admission nous est faite pour un voeu X, tous les voeux classés plus bas seront automatiquement annulés. La logique voudrait donc qu’il faille classer ses voeux par ordre de préférence, et c’est d’ailleurs ce qui est indiqué sur le guide d’APB, normalement distribué à chaque lycéen. Sauf que certaines filières sont sélectives, et il faut ainsi compter avec notre chance d’être admis ou pas à chaque cursus pour le classement de nos voeux. S’y rajoutent ainsi quelques variables à prendre en compte dans cette spéculation : nombre de places, nombre de candidats pour chaque voeu, proximité du voeu avec notre filière actuelle, académie à laquelle l’université est rattachée, qualité de notre lettre de motivation, qualité de notre dossier, et la liste est loin d’être exhaustive. Mais encore, tout cela pourrait aisément marcher si chacun était sûr à 100% de son orientation. Sauf que l’on nous demande de nous engager, maintenant, pour un cursus qui va déterminer nos trois voire souvent nos cinq prochaines années, notre futur métier, et par extension notre avenir tout entier en général. C’est là le choix le plus délicat que chaque lycéen a à faire durant sa scolarité, et celui qui aura le plus d’impact sur son avenir. A partir de là, se rajoute à la spéculation le stress d’un choix décisif, mais aussi d’un choix que beaucoup de lycéens ne sont pas encore prêts à faire, mais auquel ils sont pourtant obligés de faire face. Il faut également parler du calendrier d’APB : nous devons avoir fait nos choix dès le mois de mars, ce qui complique d’autant plus la tâche, car si la décision reste grande, le temps qui nous est imparti pour la faire, lui, en est diminué. En somme, APB devient donc la hantise suprême des lycéens, qui doivent prendre une décision qui a de grandes chances d’être irréversible, car, non, il n’est pas toujours facile à 17 ou 18 ans de faire un choix qui va changer notre avenir. APB souffre ainsi d’un gros manque de flexibilité.

APB et la sectorisation

Il faut également savoir que chaque lycéen est prioritaire pour intégrer les universités situées dans son académie. Or, les meilleures universités se trouvant à Paris, il apparaît évident que tous les élèves de France n’ont pas la même chance d’intégrer les plus prestigieuses facultés de notre pays, quand bien même leur dossier est égal voire meilleur que celui d’un élève parisien. C’est là l’une des grandes failles inégalitaires de ce système. Oui, il faut garantir aux élèves parisiens qu’ils puissent rester sur Paris s’ils le souhaitent, mais lorsque rien qu’en comptant les candidats parisiens, les universités n’ont pas de places suffisantes, alors il faudrait que la filière devienne sélective pour tous, ou alors instaurer un quota d’élèves issus de province, afin que tous les candidats français soient placés sur un même pied d’égalité concernant la sélection. Ce système est déjà mis en place en ce qui concerne les prépas : en théorie (et je dis bien, en théorie), la sélection opérée à l’entrée ne dépend pas de l’académie d’origine ou du lycée d’origine, ce qui permet à des élèves provinciaux chaque année d’être admis dans les plus grandes prépas parisiennes telles Sainte-Geneviève (Ginette), Henri IV ou bien Louis Le Grand (et les exemples ne manquent pas, sur ma classe de 35 élèves d’un lycée de Poitiers, quatre sont dans ce cas-là). Or, ce n’est pas le cas pour les facultés parisiennes extrêmement demandées telles que La Sorbonne, Assas ou Paris X (à titre d’exemple, pour l’année 2014, la L1 d’économie de Paris I Panthéon-Sorbonne n’a admis que moins de 800 élèves, pour environ 8500 demandes). Où est donc passé le principe d’égalité républicaine censé garantir à chaque élève les mêmes chances de réussir dans le cursus de son choix ? Néanmoins, il convient de nuancer ce bilan morose : les doubles-licences ne sont pas sectorisées, et ce même si elles sont situés dans des universités parisiennes, ce qui induit des chances a priori égales pour chaque élève peu importe son origine géographique, et il reste tout de même possible d’être admis en licence dans des universités parisiennes pour un provincial (ce fut mon cas), même si cela demeure plus compliqué.

APB et la sélection

La sélection d’APB mériterait, à mon sens, d’être revue. Sur quoi les établissements d’enseignement supérieurs sélectionnent-ils leurs futurs élèves ? Un dossier. En tout et pour tout, la grosse majorité de la sélection passe par les notes que l’on obtient depuis la seconde (et a fortiori celles de Première et  de Terminale comptent beaucoup plus), et par l’appréciation de nos différents professeurs. Certains cursus sélectifs demandent une lettre de motivation, et c’est une initiative qui mérite d’être saluée, mais il reste regrettable que cette nécessité d’une lettre de motviation ne soit pas généralisée à l’ensemble des filières sélectives, ou des filières où une sélection est susceptible d’être opérée (pour reprendre un précédent exemple, pour un provincial qui demande une licence dans une faculté parisienne, cette filière n’est normalement pas sélective, et aucune lettre n’est demandée, mais une sélection est opérée, car le nombre de candidats sur toute la France est souvent bien supérieur au nombre de places). Opérer une telle sélection, c’est faire fi de plusieurs choses. Tout d’abord, les disparités entre lycées : un 16 au lycée poitevin duquel je suis originaire et un 16 au lycée Louis-le-Grand à Paris sont-ils égaux ? Malheureusement, je ne pense pas. Et si les universités tienennt plus ou moins compte de cela, quantifier ce phénomène reste très compliqué, ce qui rend approximative cette sélection. Et de plus, qu’est-ce qu’un 16 ? Certains professeurs notent très secs, d’autres accordent des 20 à tour de bras. Comment tenir compte de cela dans la sélection opérée par le système APB ? Sur cette question-là, peut-être ferions-nous mieux de nous inspirer du système UCAS en vigueur en Angleterre, où les « bacheliers » sont obligés d’écrire un personal statement, sorte de présentation d’eux, de leurs activités, et des domaines qui les intéressent. Ainsi, on ne sélectionnerait plus une moyenne générale satisfaisante, même si en aucun cas significative du niveau de l’élève, mais également une personne, un esprit, une motivation pour entrer dans un certain cursus.

Il faudrait donc à mon sens appliquer en France cette idée du personal statement obligatoire pour tout bachelier, sans pour autant enlever les lettres de motivations qui devraient être nécessaires pour toute entrée dans une filière où une sélection est susceptible d’être opérée pour l’élève (personal statement et lettre de motivation sont différents : l’un est unique pour tous les voeux, et présente l’élève en général, et l’autre s’adapte au cursus demandé).

APB et l’auto-censure

Le gouvernement a implémenté l’année dernière un système de lutte contre l’auto-censure. Ce système permet aux 10% meilleurs bacheliers de chaque lycée de bénéficier d’une proposition dans des filières sélectives, afin justement, de lutter contre l’auto-censure de ces bacheliers. Sauf que ce système, tel que décrit par le Gouvernement dans le lien ci-dessus, ne tient pas compte des différences entre chaque lycée. Comme expliqué précédemment, les 10% meilleurs bacheliers de plus grands lycées n’auront sûrement pas les mêmes moyennes au bac que les 10% meilleurs d’un lycée « lambda » de province. Et de plus, cette mesure laisse insatisfait bon nombre de directeurs de prépa ou d’IEP (Instituts d’Etudes Politiques, plus couramment appelés « Sciences Po »), car cette procédure impose un certain quota d’élèves auxquels les écoles sus-cités ne peuvent appliquer pleinement leur propre sélection. Cette mesure est donc selon moi une bonne idée sur le fond, mais qui mériterait grandement d’être amélioré sur la forme, en collaboration avec les responsables de ces filières sélectives.

APB et le reste du monde

L’une des plus grosses failles d’APB, c’est que cette plateforme ne rassemble pas toutes les formations post-bac existantes en France, et surtout, que les meilleures d’entre elles, ne font souvent pas parti du processus APB. C’est le cas de Sciences Po, de l’université Paris Dauphine (deux écoles classées « Grand Etablissement »), des IEP en province (qui opéèrent leur sélection par le biais de concours qui leurs sont propres), de l’Académie de l’ESJ de Lille (considéré comme la meilleure école de journalisme de France), et la liste est loin d’être exhaustive. Si le Ministère de l’Education Nationale voudrait rallier ces établissements à la plateforme APB, ces écoles, elles, ne souhaitent pas cela, tout simplement car le système de sélection opéré sur APB est bien loin, à l’extrême opposé parfois, de la sélection opérée par ces instituts. Prenons l’exemple de Sciences Po : les candidats sont jugés sur leur dossier scolaire, mais aussi sur leur performance à un concours écrit, et sur leur aisance à l’oral, leur personnalité, et leur motivation, lors d’un entretien d’admission. APB ne permet pas, sous sa forme actuelle, une sélection de ce type-là. Ainsi, on trouve là la plus grande faiblesse du système APB : les meilleures formations post-bac en sont absentes.

Pour lutter contre l’auto-censure, et pour que ces formations dites « d’excellence » soient accessibles à tous, il paraît être une bonne idée que de les intégrer au sein du système APB. Mais alors il faudra que ce soit un système APB nouveau, modernisé, plus flexible, et avec un processus de sélection repensé.

En bref, vous l’aurez compris, il reste encore bien du chemin à parcourir à la plateforme Admissions Post-Bac avant d’être totalement satisfaisante, et ce, pour tous ses usagers, élèves comme établissements de l’enseignement supérieur. APB est dans le fond une bonne idée, mais une idée qui, appliquée comme elle l’est actuellement, n’est agréable pour aucun de ses usagers, et n’apporte pas de plus-value spécifique à l’enseignement supérieur français.

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Etudiant à Sciences Po Paris, et en Droit à Paris II - Panthéon Assas. J'aime la politique, l'économie, le droit, la philosophie, et tout ce qui peut me permettre de comprendre un peu mieux ce qui se passe dans notre monde qui tourne de moins en moins rond.

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