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Apologie du terrorisme : de la provocation à la haine, il n’y a qu’un pas

Apologie du terrorisme : de la provocation à la haine, il n’y a qu’un pas

C’était prévisible. Depuis l’attentat contre Charlie Hebdo, près de 70 procédures – un chiffre qui ne fait qu’augmenter – ont été ouvertes pour apologie du terrorisme ou menace d’actions terroristes. Certes, seulement une dizaine de peines ont été prononcées mais la justice est impassible et la sentence lourde : de quatre mois à huit ans de prison ferme, et  les mineurs ne sont pas épargnés. A Nantes, une jeune fille de 14 ans a été mise en examen après avoir lancé à des contrôleurs : « On est les soeurs Kouachi, on va sortir les kalachnikov ! ».

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C’est la première fois qu’est appliqué l’article 421-2-5 du Code pénal, instauré par la loi anti-terrorisme du 13 novembre 2014, sans compter la circulaire adressée par Christiane Taubira aux procureurs de la République ce 12 janvier, dans laquelle elle rappelle la cohésion nationale et demande à ce que « les propos ou agissements répréhensibles, haineux ou méprisants » soient traités avec « la plus grande vigueur » et « une attention particulière ». Une position de fermeté justifiée par l’atmosphère douloureuse qui plane autour des récents évènements.

Mais ces actes ne sont rien comparés aux dizaines de milliers de tweets générés sur la toile, des « bien fait pour eux » au mot-dièse #JeSuisKouachi, rien comparés à ces infinis débats, ces dialogues de sourds entre ceux qui défendent l’engouement, le soutien national et international à Charlie Hebdo et ceux qui ne comprennent pas cette indignation, rien comparés à tous ceux qui ne disent rien mais n’en pensent pas moins.

« Pourquoi condamne-t-on Dieudonné et pas Charlie Hebdo ? »

Pour la plupart, c’est l’argument principal, jusqu’au quotidien suisse Le Temps qui parle d’une « liberté d’expression à double-vitesse » en France. Si l’arrestation de l’humoriste pour son très maladroit « Je me sens Charlie Coulibaly » fait l’unanimité, beaucoup pointent un certain illogisme quant à l’interdiction de son spectacle par le Conseil d’Etat début 2014 alors que Charlie Hebdo a toujours continué à imprimer ses numéros. Je leur répondrai : plaçons-nous du strict point de vue de la loi. Basons-nous sur les faits.

PicMonkey Collage

Charlie Hebdo ne stigmatise pas une religion, une race : il se moque des croyances et des dogmes en général. N’oublions pas que la France est un Etat laïc et que depuis 1905, le délit de blasphème n’existe plus. En Alsace-Moselle même, où il est toujours en vigueur puisque la région était encore annexée à l’Empire allemand lors de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, les représentants des principaux cultes sont tombés d’accord pour proposer l’abrogation de ce délit de blasphème jugé complètement obsolète à l’heure actuelle. Ajoutons aussi que le tribunal de grande instance de Paris a reconnu au « genre satirique et humoristique » un « droit à l’irrespect et à l’insolence », en 1992.

Que ceux qui remettent en question la transparence de la justice soient rassurés… Elle n’a pas, dans un mystérieux délire, automatiquement désavoué Dieudonné et acquitté Charlie Hebdo lors de tous leurs procès. Le premier a été plusieurs fois relaxé, notamment en 2012 lorsque la LICRA avait voulu faire interdire son film L’Antisémite, et le second a déjà été condamné une dizaine de fois, notamment pour injure.

 De la provocation à la haine, il n’y a qu’un pas

Le problème – et le plus inquiétant – est que tous les propos « pro-attentat », l’incompréhension face à la défense de la liberté d’expression, voire la totale indifférence, se retrouvent souvent chez les jeunes. De l’école primaire au lycée, une centaine d’incidents directement liés à la minute de silence ont été recensés, dont une quarantaine signalés à la police. Et pour cause. Entre les théories du complot qui fleurissent sur les réseaux sociaux, les discours entendus de la bouche des parents, des amis, le manque de qualité des informations sur internet et la difficulté à démêler le vrai du faux.. les opinions se forgent vite, trop vite. Cible rêvée pour les organisations terroristes, car s’il suffit d’instaurer le débat pour que la plupart de ceux qui se braquent révisent leur jugement – ou pas – comment garantir qu’aucun d’entre eux ne se radicalise ? Du simple esprit de contradiction ou de provocation à la haine, il n’y a qu’un pas. C’est le devoir des parents, des enseignants, d’apprendre à leurs enfants et à leurs élèves la réflexion, à ne pas tomber dans les extrêmes de l’un ou l’autre parti, à peser le pour et le contre, à avoir le réflexe de vérifier les sources de leurs connaissances. Expression clichée et qu’on n’inculque pas assez pourtant : tout n’est pas noir ou blanc.

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Étudiante en histoire à Bordeaux. Adore être en pyjama. Newsyoung & cinéma.

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