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Assouplissement quantitatif en zone euro : la BCE dans les pas de la Fed

Économie / 28 janvier 2015

La Banque Centrale Européenne a annoncé ce jeudi, à l’issue d’une réunion historique, la décision qu’elle a prise de lancer un vaste plan d’assouplissement quantitatif (quantitative easing, généralement abrégé QE) dans la zone euro. Cet assouplissement quantitatif serait de l’ordre de 60 milliards d’euros par mois, ce qui représente un peu plus de 1000 milliards d’euros d’ici à 2016. Mais concrètement, que représente cet assouplissement ? Dans quel but a-t-il été décidé, et quel impact aura-t-il pour les différents agents économiques de la zone ? Et enfin, est-ce réellement une bonne idée de décider d’un QE aujourd’hui, alors que la BCE a jusqu’alors été réticente à suivre cette voie ?

Qu’est-ce qu’un assouplissement quantitatif ? Dans quel objectif ?

Si l’on devait donner une définition, un assouplissement quantitatif se définirait comme un instrument des banques centrales qui apparaît lorsque les instruments conventionnels (taux directeur, ratios des banques commerciales) montrent leur limite. Celles-ci acquièrent alors sur le marché secondaire des bons du Trésor et des actifs financiers, dans l’objectif de restaurer la confiance et d’augmenter la monnaie en circulation. En clair, la BCE va acheter sur le marché, des titres de la dettes des pays de la zone euro. En effet, il faut savoir que les états et les collectivités territoriales financent leur dettes en émettant parfois des titres obligataires sur le marché, qui sont rachetés, avec un certain taux d’intérêt, par des investisseurs (pour plus de précisions, ces mécanismes sont expliqués dans cet article). Ainsi, ici c’est la  BCE qui se chargera de racheter ces bons, à la différence que ceux-ci ne seront pas émis uniquement par des états, mais également par des entreprises du secteur privé. Ainsi, la BCE acquiert des titres, et la monnaie qu’elle a dépensé pour acquérir ces titres est remise en circulation, c’est pourquoi un QE augmente la masse de monnaie en circulation. Or, l’augmentation de cette masse de monnaie induit une inflation, et c’est justement là l’une des principales missions de la BCE : le ciblage de l’inflation et la stabilité des prix. Aujourd’hui, l’inflation dans la zone euro est trop faible, de l’ordre de moins de 1% en général selon les états, alors que son objectif dans la zone euro est fixé à 2% par an, tel que défini par le plan « Europe 2020 ». Ainsi, les dirigeants de la BCE ont bon espoir que cet assouplissement quantitatif aura pour effet non seulement d’augmenter les anticipations d’inflations des investisseurs, mais surtout d’augmenter l’inflation en elle-même, actuellement insuffisante. 

Un QE en zone euro : une bonne idée ?

La BCE a souvent été critiquée pour ne pas avoir mené, depuis la crise financière de 2008, de politique d’assouplissement quantitatif, alors que la Fed a fait l’inverse, et que cela a semblé lui réussir. En réalité, pour déterminer si une telle politique serait utile pour la zone euro, il faut avoir une vision globale de la crise économique que traverse notre zone actuellement, et en ce qui concerne cette problématique-là, deux écoles s’opposent. Certains considèrent que la zone euro subit un problème d’offre : les entreprises auraient perdu de la compétitivité, et les anticipations pessimistes ralentiraient les investissements et les flux dans la zone. Or, un QE a pour but de relancer la demande, c’est pourquoi pour ceux qui considèrent que nous traversons un problème d’offre, une telle politique serait inappropriée. Elle n’aurait pour unique effet que d’augmenter les prix, une augmentation alros néfaste à la compétitivité des entreprises, ce qui ne résoudrait en rien notre problème d’offre. Mais du coup, la zone euro traverse-t-elle réellement un problème d’offre ? Qui a raison, qui a tort ? On se retrouve encore une fois à arbitrer entre la politique de l’offre et de la demande, et c’est une position on ne peut plus délicate. 

De plus, Jean Pisani-Ferry, économiste français, explique que la BCE était jusqu’alors très réticente à mener une politique de quantitative easing pour diverses raisons. La principale est que le fait que cela ait réussi aux Etats-Unis ne veut pas forcément dire que cela réussira à l’Europe. La situation macroéconomique est différente de part et d’autre de l’atlantique : aux Etats-Unis, ce sont les ménages qui se trouvent en situation de crise, le problème de demande y est incontestable, et un QE y trouve donc toute sa place. En ce qui concerne l’économie européenne, beaucoup pensent qu’elle est plutôt victime d’un problème d’offre et de capacité de croissance de l’économie, comme expliqué précédemment.Pour Christian Noyer, actuel gouverneur de la Banque de France, « la BCE ne peut pas tout, la croissance dépend de réformes structurelles tout autant que conjoncturelles ». 

Ainsi, si l’annonce de l’assouplissement quantitatif par Mario Draghi a ravivé les marchés de la zone, revigoré le CAC40 ou le DAX, il n’en reste pas moins des doutes sur son efficacité quant à la résolution des problèmes macroéconomiques auxquels doit faire face la zone euro. Néanmoins, le QE représente un pari ambitieux de la BCE qui, s’il se révèle être à la hauteur de nos attentes, pourrait grandement contribuer à l’amélioration de la situation économique dans la zone euro. 


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Louis Malbète
Etudiant à Sciences Po Paris, et en Droit à Paris II - Panthéon Assas. J'aime la politique, l'économie, le droit, la philosophie, et tout ce qui peut me permettre de comprendre un peu mieux ce qui se passe dans notre monde qui tourne de moins en moins rond.




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