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Batman v Superman : La (très) bonne surprise de ce début d’année

Culture / Récents / 24 mars 2016

Je n’attendais pas Batman v Superman : L’Aube de la Justice. Mais alors pas du tout. Seul son réalisateur, l’esthète Zack Snyder (300Sucker Punch…), me laissait espérer autre chose que ce que son titre un brin putaclic promettait, à savoir un monstre de studios épique et bourrin. C’est avec cet espoir infime que je me rendis au cinéma hier soir, ce que je ne regrettai pas. Oui, Batman v Superman est un monstre de studios épique et bourrin. Mais il remplit son cahier des charges avec style et brio, tout en s’inscrivant dans la lignée des blockbusters noirs et sérieux.

Le film s’ouvre sur une origin story du personnage de Batman, maintes fois revue, sur laquelle il a le bon goût de ne pas s’attarder. Là où Christopher Nolan en proposait dans Batman Begins (2005) une version réaliste, Snyder la magnifie avec le style qui fait sa renommée, esthétique et efficace, à grands renforts de slow-motion bien sûr. Le réalisateur semble également répondre à ses détracteurs, qui lui reprochaient d’avoir détruit la moitié de Metropolis dans son Man of Steel (2013) sans que cela ait la moindre conséquence : ici, le film nous propose de revivre la scène du point de vue des civils à travers le regard de Bruce Wayne, touché personnellement par la catastrophe, et nourrissant une haine indicible envers Superman.

C’est à mon sens un thème majeur du film, déjà abordé dans la trilogie de Nolan, ou dans une moindre mesure dans les Spiderman de Sam Raimi : le héros face aux conséquences de ses actes. La perspective de voir leurs vies soumises au bon-vouloir d’un demi-dieu capé de rouge ne semble pas pas enchanter les humains, qui n’hésitent pas à convoquer Superman à un procès au Capitole. Dans Batman v Superman, le kryptonien et la chauve-souris, loin d’être infaillibles, sont tourmentés par leur passé et s’interrogent sur la place qui doit être la leur dans la société. DC Comics confirme donc sa volonté de rompre avec le blockbuster optimiste et plein d’humour à la mode Marvel : Zack Snyder nous livre un film dans la droite lignée de Man of Steel, sombre, sérieux et violent.

La mise en scène de ce dernier est par ailleurs étonnamment sobre sur la première partie du film. Les séquences semblent s’enchaîner comme autant de tableaux, dont le symbolisme que déploie Snyder dans leur composition fait toute la richesse, et l’on ne peut s’empêcher de penser à Watchmen (2009), précédent film du réalisateur qui adoptait la même narration. L’intrigue surprend par sa profondeur : moi qui m’attendais à un scénario simpliste, prétexte à l’affrontement final que nous promet le titre, j’ai été étonné par la portée politique du long-métrage. Certes, on est bien loin du réalisme géopolitique de la trilogie de Christopher Nolan, mais l’ensemble est satisfaisant. Le film prend également le temps d’installer le DC Extended Universe et notamment le film Justice League prévu pour 2017 et réalisé par Zack Snyder : on fait ainsi la connaissance de Wonder Woman, Aquaman et Flash. Si cette mise en place peut sembler artificielle par moment, Batman v Superman ne tombe jamais dans le piège du film set-up dont l’unique but est de préparer le suivant.

Le casting remplit son rôle : si l’on peut regretter le manque d’expression de Henry Cavill – somme toute inhérent à son rôle de Superman–, Ben Affleck incarne parfaitement un Bruce Wayne rancunier et violent, qui peine à se remettre de la mort de ses parents. Mais celui qui crève l’écran est sans conteste Jesse Eisenberg. L’interprète de Mark Zuckerberg dans The Social Network (2010) campe un Lex Luthor réactualisé, cheveux longs et baskets, rappelant les jeunes entrepreneurs de la Silicon Valley : la performance d’Eisenberg en psychopathe délicieusement volubile est au niveau de celle du regretté Heath Ledger, qui incarnait le Joker dans The Dark Knight (2008).

Toute l’exubérance de Zack Snyder, qu’il semblait avoir contenue pendant les trois quarts du film, se révèle au moment de la scène finale : monstrueuse, grandiose et débordante d’effets numériques, celle-ci rappelle les meilleurs moments de Sucker Punch (2011) par son côté fantastique, aux antipodes de l’ancrage réaliste du film. On retrouve là la patte du réalisateur, jouant sur les valeurs d’échelle et se complaisant dans la destruction : en présentant ses personnages, aussi surhumains soient-ils, perdus au milieu de décors dix fois trop grands pour eux et d’événements qu’ils ne contrôlent pas, Snyder nous invite à nous interroger sur les faiblesses que nous avons en chacun de nous, tous autant que nous sommes.


Notre critique en bref :

Batman v Superman : L’Aube de la Justice est un excellent blockbuster de divertissement, sombre et violent. Le long-métrage surprend par la qualité de son intrigue et le jeu de ses acteurs, et augure du bon pour la suite. Assumant sa filiation avec la trilogie Batman de Christopher Nolan, il souffre néanmoins de la comparaison : si les deux univers partagent la même noirceur et le même sérieux, la mise en scène opulente de Zack Snyder peut parfois lasser par son côté too much esthétisant et assumé. En même temps, la rencontre de ces deux monstres que sont Batman et Superman ne pouvait aboutir qu’à une œuvre monstrueuse elle-même, et le réalisateur remplit parfaitement le contrat : qui mieux que Zack Snyder peut faire du Zack Snyder ?


Retrouvez la bande-annonce du film :

Batman v Superman : L’Aube de la Justice (sortie le 23 mars)






Tom Février
Etudiant en double cursus "Sciences et sciences sociales" à Sciences Po Paris et à l'Université Pierre et Marie Curie. Passionné de politique et de nouvelles technologies.




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