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Béjart Ballet Lausanne : résurrection de Maurice Béjart et naissance d’un prodige, Gil Roman

Béjart Ballet Lausanne : résurrection de Maurice Béjart et naissance d’un prodige, Gil Roman

L’été est sûrement la meilleure période pour combiner enrichissement culturel et divertissement : temps libre pour les chanceux vacanciers, soleil et chaleur ambiante qui permettent le plein-air…autant de facteurs propices aux festivals et diverses manifestations. On pense presque immédiatement à la musique, omniprésente dans toute la France, ou encore au théâtre (Festival d’Avignon). Et la danse ?

Fin juillet se produisait la compagnie Béjart Ballet Lausanne dans le Var à Châteauvallon. Créé en 1964, il se classe parmi les hauts lieux artistiques à renommée internationale. Le cadre est exceptionnel. Autour de cette ancienne bastide restaurée surplombant la côte, Gérard Paquet, directeur à l’époque, a fait bâtir un ensemble de locaux qui abrite un théâtre ainsi que des studios. La construction phare de ce centre est l’amphithéâtre extérieur : majestueux, il permet d’apprécier les représentations dans la fraîcheur du soir.

C’est dans ce lieu prestigieux qu’avaient lieu les trois chorégraphies interprétées par la compagnie Béjart Ballet Lausanne. Ce nom, « Béjart », ne vous est peut-être pas inconnu. Pour les amateurs de danse, classique ou contemporaine, il est quasi-sacré. D’abord danseur dans les années 40 puis chorégraphe remarqué et encensé, Maurice Béjart fonde le Ballet du XXe Siècle qui deviendra Béjart Ballet Lausanne. En 2007, année de sa mort, il désigne Gil Roman comme son successeur qui en plus de ses propres créations, fait aujourd’hui revivre celles de son mentor et surtout, un de ses plus grands succès : Le Sacre du Printemps.

Dès la première partie, Bhakti III, la formation et l’influence classiques se font sentir derrière les mouvements et la musique traditionnelle indienne. La chorégraphie est centré sur un homme (ou plutôt d’un dieu) et son épouse, Shakti et Shiva, entourés d’hommes en adoration devant eux. La danse légère est impressionnante de maîtrise, les rythmes envoûtants…on se laisse peu à peu happé par la religiosité du moment. La deuxième partie déstabilise complètement par son changement de registre.

Cette fois, Anima Blues est une création de Gil Roman, sa dernière, dévoilée il y a seulement cinq mois. Le contraste entre l’univers du maître chorégraphe et de son élève est visible : une musique plus moderne, l’alliance des percussions et de l’électronique, un décor de théâtre. Les fans d’Audrey Hepburn seront ravis et remarqueront d’emblée la mise en scène clin d’oeil aux films de l’actrice : Drôle de Frimousse, Diamants sur canapé… La ressemblance entre la danseuse principale, Kateryna Shalkina, et Audrey Hepburn est frappante.

Retour aux sources : Le Sacre du Printemps

Ballet majeur de l’histoire de la danse, l’oeuvre de Béjart n’a pas pris une ride depuis sa première représentation en 1959.
La brutalité est saisissante: elle tient d’abord à la mélodie puissante bien connue de Stravinsky mais aussi au décor dépouillé et aux costumes couleur terre des danseurs qui rappelle l’élément primaire. La cadence semble insoutenable, les mouvements nécessitent une telle force qu’on se rapproche de l’entraînement militaire. La proximité de la scène combinée à un éclairage foudroyant font percevoir au spectateur les moindre détails : le corps qui se tend sous le tissu, les muscles qui se dessinent mais aussi la sueur dégouline du front des danseurs. La vision est réaliste et surréaliste, charnelle, animale, magique. On en oublie le rituel du printemps de Stravinsky : les critiques de l’époque s’entendent bien pour dire que cette interprétation de Béjart raconte la vie et l’amour dans leur plus grande vérité, une simplicité crue. À la fin de la première partie, tous les hommes (excepté l’élu interprété par le talentueux Oscar Chacon) quittent la scène en ligne, par sauts, en se dirigeant vers une lumière rouge qui fait penser à l’enfer ou à l’aube d’un combat, lorsque le ciel est encore tâché du sang des soldats.
Et puis, c’est l’apaisement. Les femmes, virginales dans leur costumes blancs et la grâce, encore une fois, de Kateryna Shalkina. Après un premier foudroiement visuel et musical, cette douceur soulage les sens du spectateur. On se laisse tranquillement porté par une chorégraphie presque timide mais non moins superbe, jusqu’à la montée en puissance d’une ronde endiablée et infinie qui révèle toute la vitalité et la fusion des corps.

Aujourd’hui encore, le ballet (absolument inchangé) de Béjart est avant-gardiste : plus tard, on s’endort ébloui, sonné, époustouflé.

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Étudiante en histoire à Bordeaux. Adore être en pyjama. Newsyoung & cinéma.

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