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Boko Haram : silence, on tue

Boko Haram : silence, on tue

Alors que le monde entier s’émouvait ce week-end de la tuerie de Charlie Hebdo et des prises d’otages meurtrières de la semaine dernière et que quatre millions de personnes marchaient pour la liberté d’expression en France, un autre massacre d’ampleur est passé pendant ce temps quasiment inaperçu. Le mouvement islamique Boko Haram qui sévit depuis des années au Nigéria, à la frontière avec le Tchad, a attaqué la base militaire de Baga dans le nord-est du pays et seize villes et villages aux alentours. Le bilan est lourd : jusqu’à 2000 morts. L’attaque la plus meurtrière du groupe terroriste depuis sa formation.

Le mouvement Boko Haram est un mouvement salafiste et djihadiste fondé en 2002 et sévissant actuellement au nord-est du Nigéria. Leur objectif est d’y établir par la force un Etat islamique basé sur le respect strict et littéral de la Charia (c’est-à-dire l’ensemble des normes et traditions issues du Coran et de la Sunna). Le leader du mouvement, Abubakar Shekau, a ainsi déclaré le 24 août 2014 la mise en place d’un « califat islamique » au nord du Nigéria. Le mouvement opère par lutte armée mais surtout par attentats isolés et enlèvements. L’armée nigériane a déclaré la guerre aux insurgés mais rencontre de nombreuses difficultés, comme le montre la prise de Baga samedi.

La civilisation occidentale et ses symboles sont particulièrement visés par leurs actions : Boko Haram s’attaque en particulier aux lieux d’enseignement nigériens accusés de véhiculer les idées occidentales. Les professeurs et étudiants sont leurs cibles régulières comme à Buni Yadi en 2014. Vous vous souvenez des filles de Bring Back Our Girls en avril dernier ? Il s’agit de lycéennes enlevées par le groupe et vraisemblablement mariées de force à des djihadistes.

Je raconte ça comme une évidence et pourtant à ma grande honte jusqu’à ce massacre j’ignorais à peu près tout du mouvement Boko Haram. Il y a tant d’organisations islamistes, le réseau est si étendu et si complexe, si mouvant que si l’on ne se penche pas régulièrement sur la question on est très vite perdu et submergé par les évènements. Et les attaques et les violences sont devenues si courantes qu’elles tendent presque à devenir habituelles dans les esprits. Elles sont devenues une routine. Comme si on pouvait s’habituer à la violence… Ah tiens, encore un attentat aujourd’hui, vingt morts, quelle horreur vraiment… un de plus aujourd’hui. Petit à petit je me sens de moins en moins concernée et je développe même, si j’ose dire, une forme d’exaspération. Oui bon encore un attentat, encore un massacre, encore une horreur, on a compris, on ne peut pas parler d’autre chose ? Pire que l’exaspération, l’indifférence, l’indifférence qui enregistre l’information sans émotion ni jugement. Et puis les pays où se déroulent ces horreurs sont si loin, le Nigéria, la Syrie, l’Irak… toujours les mêmes. Toujours les mêmes pays qui ont des problèmes. Et puis, qu’est-ce qu’on peut bien y faire ?

Toutes ces pensées m’ont déjà traversé l’esprit je l’avoue et je ne pense pas être la seule. Mais en cette fin de semaine, alors que le monde entier s’émouvait de la tuerie de Charlie Hebdo et des prises d’otages meurtrières et que quatre millions de personnes marchaient pour la liberté d’expression en France, il n’y avait plus de place pour l’indifférence. J’ai appris le massacre de Boko Haram, et bien que ce soit un massacre comme un autre qui vient s’ajouter à leur longue liste des atrocités, je n’arrive plus à le considérer comme quelque chose d’habituel. Pourquoi ? Parce que c’est une attaque d’ampleur et que l’empathie a tendance à aller croissante avec le nombre de morts ? Parce que l’information a été à peine traitée par les médias au départ ? Parce que mon pays vient lui aussi de vivre une période de violence meurtrière ?

La violence n’est jamais habituelle. Il a fallu 17 morts en France pour que les 2000 morts nigérians m’interpellent personnellement. C’est triste et honteux. C’est triste que des personnes doivent mourir juste à côté de nous pour que nous prenions conscience de ceux qui meurent ailleurs. Plus jamais je n’écouterai les informations avec indifférence ou exaspération. Parlons de cette violence, parlons de ces massacres, parlons-en même jusqu’à la nausée. Car la violence n’est et ne devra jamais devenir normale.

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Etudiante en troisième année à Sciences Po Lille

1 comment

  • Merci pour cet article sur l’indifférence. Je suis plutôt d’accord avec toi.

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