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Bolivie : bilan de la politique d’Evo Morales

Bolivie : bilan de la politique d’Evo Morales

Alors que le socialisme est en voie de dépérissement en France, la Bolivie semble vivre une longue lune de miel socialiste. Avec 61% de voix aux dernières présidentielles/législatives, Evo Morales n’a rien perdu de sa superbe depuis ses débuts. Les Boliviens confirment qu’ils vont bien avec Evo, comme le proclamait son slogan de campagne (« Avec Evo, nous allons bien »). Mais tout est-il parfait dans le meilleur des mondes socialistes ? Rien n’est moins sûr malgré tout l’éloge qu’on peut en faire.

Evo Morales, 55 ans, et un ancien cultivateur de coca d’origine aymara. En passant par le syndicalisme, il se révèle un fin politique au sein du MAS (mouvement vers le socialisme), parti de gauche radicale, et devient vite le chef de l’État bolivien. Et depuis ce jour, il est toujours à la tête de l’État et depuis peu pour un  troisième mandat (constitutionnellement parlant, son dernier mandat).

Une situation socio-économique favorable doublée d’une amélioration démocratique

La situation économique n’a rien d’ambiguë, c’est une franche réussite. Ainsi, la Bolivie a connu une augmentation de son PIB (produit intérieur brut) par habitant, de 800 €/habitant en 2005 à 2000 €/habitant en 2013. Par ailleurs, le salaire minimum mensuel a plus que doublé, passant de 56 € à 160 €. De même, l’extrême pauvreté passe de 38 % à 21 % de la population en 2012. Tous ces résultats proviennent de deux facteurs, l’hydrocarbure et les nationalisations. Les entreprises d’hydrocarbure payent plus de 75 % d’impôts, manne indispensable pour les politiques sociales. Par ailleurs, beaucoup d’entreprises de secteurs clefs ont été nationalisées. Pour celles-ci, le bénéfice est directement versé pour les politiques sociales d’aide, d’éducation ou d’infrastructure. On en arrive donc à ce que le pays le plus pauvre de l’Amérique du Sud ait la plus grosse réserve de change du monde proportionnellement à sa taille et ce grâce à la politique d’Evo Morales. Malgré sa rhétorique contestataire (il parlait d’un « triomphe pour les anti-impérialistes et les anti-colonialistes »), Evo Morales semble avoir réussi à se faire apprécier du FMI qui le qualifiait de « prudent », ainsi que de tout son pays qui considère globalement qu’il applique une bonne politique macroéconomique.

Sa bonne politique économique n’est pas entachée d’entorses graves à la démocratie. Au contraire, la Bolivie a connu sous Evo Morales un renouvellement constitutionnel. Avant toute chose, la Bolivie est dans une longue période de stabilité, inédit dans un pays qui a déjà connu 160 coups d’État depuis son indépendance en 1825. Par ailleurs, il a été instigateur de la nouvelle constitution de l’État plurinational de Bolivie. Cette constitution institue d’importants droits fondamentaux, tout comme les droits des autochtones longtemps ignorés des autorités. Elle donne donc de nombreux droits aux citoyens tout en étant à l’origine de la « déconstruction de l’État colonial dans lequel s’inscrit le régime issu de la lutte pour l’indépendance. » (1) L’amélioration de la situation des indigènes se révèle par l’apparition de nouvelles élites indigènes qui bouleversent la structure du pays.

Des réserves sur le bilan et des perspectives pas très optimistes

Toutefois, la réalité n’est pas uniforme. Il existe beaucoup de réserves concernant la tournure que prend l’économie bolivienne. En effet, de nombreux détracteurs d’Evo Morales, dont beaucoup d’entrepreneurs, critiquent cette concentration sur l’exploitation des hydrocarbures, l’accusant de délaisser le reste. Ils critiquent ainsi l’absence de diversification de l’économie bolivienne qui pourrait ainsi la mener à sa perte. Cette critique perçoit donc la politique menée comme une politique à court terme qui néglige le long terme. Il est intéressant d’ajouter que la promesse d’anticapitaliste d’Evo Morales ne convainc pas grand monde et l’on constate de plus en plus la différence entre sa rhétorique et la pratique. Horst Grebe de l’institut Prisma va même jusqu’à affirmer que : « les investisseurs ne font pas attention à la rhétorique, mais plutôt aux chiffres macroéconomiques ».

En ce qui concerne la démocratie, Evo Morales récolte de plus en plus de critiques sur ce point. Certains anciens ministres de son gouvernement regrettent la tournure « néo-développementiste et nationale-populiste » (2) que prend Evo Morales. Par ailleurs, la justice est loin d’avoir les conditions d’impartialité. La nouvelle constitution bolivienne institue ainsi  l’élection des magistrats du Tribunal Constitutionnel au suffrage universel direct. On parle aussi d’une discrimination en faveur des indigènes qui serait claire dans la constitution, qui leur donnerait une telle importance que le reste de la population semble fait de citoyens de seconde zone. Pour Juan Carlos Velasquos, secrétaire exécutif de la Pastorale sociale-Caritas, organisation caritative, « les exclus d’hier sont ceux qui excluent aujourd’hui ». L’opposition parle d’un cuisant échec en ce qui concerne l’insécurité, le trafic de drogue et la corruption tout en redoutant une révision constitutionnelle qui permettrait à Evo Morales de se représenter en 2020.

La réalité de l’action du président bolivien n’est donc pas rose malgré beaucoup d’aspects positifs. Il est possible d’évoquer pour finir le conflit de TIPNIS qui vit le gouvernement et ses volontés de développement économique s’opposer aux indigènes et leurs intérêts de protection de l’environnement. Dans ce conflit, on a pu observer une certaine tournure autoritaire d’Evo Morales qui refusait d’obéir à la Constitution, dont il fut pourtant l’instigateur, tout en prenant le risque de se mettre à dos sa base électorale. Finalement, il se rendit. Mais qu’en sera-t-il pour ce troisième et « dernier » mandat ? Le futur nous le dira bien.

(1) La nouvelle Constitution en Bolivie : du jacobinisme aux antipodes des jacobins ?, 8 juin 2012.

(2) Sept années de gouvernement d’Evo Morales. La nouvelle configuration politique en Bolivie, 5 mars 2013

Image : Granma.cu

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Étudiant en licence de droit. Intéressé par le droit, la politique, la société, l’économie, la philosophie... un peu de tout pour comprendre ne serait-ce qu’un peu le monde.

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