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Call me by your name : invitation lumineuse au désir

Après cinq passages en salle noire, je me décide – enfin –  à vous rédiger cette critique. Critique dont il ne demeure que le nom, tant ce film m’a inspiré et séduit.

Quelque part dans l’Italie des années quatre-vingt, Elio Perlman, 17 ans, occupe son temps à la lecture, à la composition musicale et à la baignade. Sa vie d’adolescent est bousculée lorsqu’un doctorant américain, Oliver, décide de poser ses valises dans la villa du XVIIème siècle dont a hérité Annella – la mère –, pour y passer l’été. Dans l’intimité de cette famille cosmopolite, va se nouer une relation proscrite par la société de l’époque, mais pleine d’attentions et de désirs.

Luca Guadagnino fait preuve d’un immense talent et de beaucoup de poésie dans la réalisation. De la musique, composée par l’excellent Sufjan Stevens, à l’enchainement des plans, tout est fait pour nous caresser et nous transporter dans un univers à la fois fragile et puissant. Les gestes, comme les regards et les silences dissimulent ou sous-tendent des dialogues. Tout y est décuplé. Une réussite permise en partie grâce au grand James Ivory, récompensé d’ailleurs par l’oscar du meilleur scénario adapté sur ce film.

Sur le fond. Timothée Chalamet joue les entremetteurs et invite le spectateur dans les méandres de l’accession au désir, au premier amour adolescent, celui que personne ne veut oublier et auquel on s’attache plus que de raison. Elio, son personnage, est empreint tantôt de grâce, tantôt de maladresse, ce qui n’en reste pas moins attachant.

Le cadre aussi, suave et bucolique. Il participe au charme d’un ensemble excellemment mené par le directeur de la photographie, Sayombhu Mukdeeprom, dans lequel s’édulcore un sujet encore tabou et trop complexé pour l’époque. Le tableau final nous régale par sa simplicité, la composition sublime le jeu des acteurs ; rien n’est trop parfait ou stérile, en témoigne le désordre normal d’une vie de famille.

L’histoire ensuite. Récit de la rencontre de deux jeunes hommes, comme d’un rapport de force qui au fur et à mesure que le temps passe, s’évapore, pour ne révéler plus qu’un sujet qui dépeint le trouble de la passion, de la sexualité. A travers le prisme d’un âge où l’on est encore enclin à se poser les mille-et-une questions de la vie, s’opère une construction lente – parfois trop – qui donne naissance à une alchimie frappante de réalisme entre Elio et Oliver (incarné par Armie Hammer). L’Étoile de David, la musique, les balades à vélos, les baignades sont tout autant d’éléments subtils donnant l’impression que ces deux personnages ne font plus qu’un. Reste Marzia (Esther Garrel) et Chiara (Victoire du Bois) gravitant à corps perdus, cherchant à assouvir leur part de désir, en vain.

In fine, Call me by your name est une invitation au désir et au plaisir des corps. Comme une chanson entêtante, l’histoire vous prend et ne vous quitte plus. Bien loin des codes trash qui dérangent, utilisés dans 120 battements par minute, le cinéaste effleure avec romantisme le sujet de l’homosexualité. Plus qu’une idylle d’été, le film se veut le miroir d’un amour perdu, un moyen de projection de soi.

Later.

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Étudiant en licence mention Droit, passionné de musique et de cinéma

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