Salut ! Salut !

Cérémonies du 13 novembre : et si nous choisissions la musique ?

Récents / Société / 12 novembre 2016

Un an. Voilà précisément un an que l’horreur a frappé un plein cœur de Paris, en plein cœur de la vie. La plupart d’entre nous n’étions pas présents sur place ce soir-là, pourtant, la succession des événements et des images hante tous nos esprits.

Des bars, des restaurants. Une salle de concert. Des hommes et des femmes qui boivent un verre tranquillement en terrasse. Des jeunes et des moins jeunes qui assistent à un concert. De la musique. Des rires. Soudain, des coups de feu. Sur des innocents. Des cris. Panique. Des coups de feu encore. Sur des innocents toujours. Des fanatiques, des terroristes qui tirent comme des frénétiques. Sur des innocents. Courir, secourir. Du sang. Des blessés. Des décès. Plus de musique.

Le silence d’une France qui compte ses morts.

Aucun concert organisé

Un an après le drame, la ville de Paris a choisi de se souvenir dans « une grande sobriété ». Des cérémonies d’hommage en présence du Président de la République et de la Maire de Paris se dérouleront sur les lieux des attentats, des plaques commémoratives seront inaugurées et des gerbes déposées. Mais aucun concert ne sera officiellement organisé.

Après un concert de Sting le 12 novembre pour la réouverture de la salle, le Bataclan restera fermé le 13 novembre 2016. Jérôme Langlet, le directeur de la salle, n’a pas voulu de musique un an après la date fatidique mais « un moment de recueillement ». Cette décision a été prise en concertation avec les associations « Life for Paris » et « 13 novembre : Fraternité et vérité » qui regroupent des proches de victimes et des survivants des attentats, et, de ce fait, elle est parfaitement respectable.

A picture taken on October 27, 2016 in Paris , FRANCE shows new lettering on the facade of the "Bataclan" concert hall, one of the targets of the November 13, 2015 terrorist attacks during which 130 people were killed and another 413 were wounded. //SIPA_SIPA1034001/Credit:CLOTHILDE LENGLINE/SIPA/1610281037

La salle du Bataclan restera vide et silencieuse ce 13 novembre 2016 (C.Lengline/SIPA)

Retranscrire « l’esprit du 13 novembre »

Il n’y a pas de mot pour décrire l’horreur de cette nuit noire, pas de mots pour étancher la peine de tous ceux qui sont restés, tous ceux qui ont survécu.

Il n’y a pas de mot mais il peut y avoir des notes car la musique a cette faculté d’offrir un accès direct au cœur, à l’impalpable. Elle n’est qu’émotion, que ressentis, que transmission. En ce sens, elle est certainement la réponse la plus adéquate au traumatisme toujours vif et saillant des familles en ce jour de commémoration. Le deuil est un seuil qui ne se franchit pas seul et l’art sublime ce que le silence tente de cacher. Il est l’antithèse, l’antidote du non-dit.

La musique serait aussi un vecteur fidèle de « l’esprit du 13 novembre ». Les victimes du Bataclan avaient choisi de faire la fête, de célébrer la vie en écoutant de la musique. Et pas n’importe quelle musique : du métal, soit la musique la plus bruyante qui existe. Si aucune attaque terroriste n’avait eu lieu ce soir-là, ils auraient très probablement eu une activité tout à fait similaire cette année.

Mais un an après, la salle du Bataclan sera vide, noire et désespérément silencieuse ce 13 novembre.

Nous n’oublierons jamais

Le silence, c’est ce qui reste lorsque tout est terminé ou que rien n’a commencé. Ici, nous ne sommes dans aucun des deux cas : les attentats du 13 novembre ont fait 130 morts mais tout est loin d’être terminé pour eux, pour leurs proches et pour chacun d’entre nous. Un proverbe malgache dit que « les morts ne sont vraiment morts que lorsque les vivants les ont oubliés » ; jamais la France n’oubliera les victimes du 13 novembre 2015, elles continueront à vivre à travers le souvenir que l’ont a d’elles. Reste à savoir maintenant comment l’on choisit d’entretenir ce souvenir…

En Chine et dans certains pays d’Afrique, on rit lorsque la mort arrive car elle est vue comme la transition vers une nouvelle vie, le passage dans un autre royaume. Dans beaucoup de villages africains, le décès d’un habitant est l’occasion de se réunir autour de son corps, de jouer de la musique, de chanter et de danser. Les Mexicains n’ont pas peur de la mort, ils s’en moquent à travers toutes les célébrations du « Dia de los muertos ».

Même si les circonstances sont tragiques, organiser un concert au Bataclan ce 13 novembre 2016 n’aurait pas été indécent, bien au contraire.

Chacun a son propre rapport à la mort. Certains veulent se recueillir en silence quand d’autres préfèrent faire la fête, chanter, crier et danser. Ce soir du 13 novembre, personne ne pourra faire la fête au Bataclan. Sauf si les musiciens de Paris prennent spontanément leur guitare et viennent jouer un petit air pour se rappeler de tous ces innocents qui sont morts alors qu’ils célébraient simplement la vie…

Un appel aux musiciens

Nous réduire au silence, c’est exactement ce que cherchent à faire les terroristes de Daech. Ils haïssent l’Occident ainsi que la musique. Ne les laissons pas gagner : musiciens de Paris, de France et d’ailleurs, prenez les seules armes qui valent la peine d’être portées et faisons retentir des mélodies de bonheur, de partage, de souvenirs et de convivialité !

Nous ne pouvons pas parler aux morts mais comme « la musique est le langage des émotions et des âmes » selon Kant, nous pouvons toujours leur rendre hommage sur un air de blues, de gospel, de rock, de métal ou de tout autre style de musique car, tout comme la mort et l’amour, elle est universelle.


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Charlotte Barbaza




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