Salut ! Salut !

Cette démocratie du 49.3

Le meilleur de Newsyoung / Politique / Récents / Tribunes / 13 mai 2016

On croyait le gouvernement bègue, il est en fait chanteur. Ce ne sont en effet pas des maladresses honteuses qui se répètent mais bien un refrain qui revient, préparé, assumé et entêtant à en devenir agaçant. Une nouvelle fois mercredi, le conseil des ministres s’est prononcé en faveur de l’usage du désormais tristement célèbre article 49.3 de la Constitution pour faire adopter par les parlementaires le texte d’une Loi Travail pour le moins chahutée. C’est la quatrième fois en six mois que le gouvernement a recours à cet article pensé à l’origine principalement pour la gestion de crise. C’est quand l’outil d’exception devient rengaine liberticide que doit être questionné l’ordre des choses auquel on réussit plus ou moins à nous contraindre.

Myriam El-Khomri va vraisemblablement voir son projet de réforme du code du travail faire fi des contestations.

Plus encore que la fin, une loi El-Khomri dont ce billet n’est pas l’objet et dont on est bien libre de penser du mal ou du bien ; c’est le moyen qui interpelle, autant que l’intention de ceux qui l’utilisent. Le 49.3 prévoit une entorse, institutionnalise une sorte de chantage : soit le projet passe, soit le gouvernement qui le porte s’en va. Avec un Front National au plus haut dans les urnes, la possibilité de voter la démission du gouvernement et la tenue quasi-inévitable de nouvelles élections législatives ne laisse de choix qu’entre autoritaire et instable, soumission à contrecœur d’un hémicycle défavorable ou nouvel hémicycle à la couleur et aux intentions incertaines.

Quelles ambitions lire alors dans cette fulgurance anti-démocratique devenue au fil des mois un espèce de torpillage autoritaire, d’état d’urgence ad vitam aeternam en réduction au silence des voix discordantes ? Hollande et Valls croient-il servir le bien commun en s’essayant de façon si décomplexée sur les décennies d’un système politique parlementaire ? Le président actuel rêve-t-il en secret d’une cohabitation qui mettrait dans le même bateau son clan divisé et une opposition ridicule, pour conserver une chance d’atteindre un second tour qu’on lui promet inaccessible ? Le surréalisme de la tournure des événements autorise à envisager jusqu’aux manœuvres les plus incongrues.

Le résultat est inchangé à la sortie : la preuve une nouvelle fois prodiguée de l’ascendant de l’exécutif et de son cabinet désigné sur les chambres représentantes de la souveraineté populaire (quand elles ne sont pas vides au trois quarts, comme jeudi pour discuter une éventuelle motion). La caducité de la motion de censure, qui n’est pas parvenue en première lecture à transcender les clivages partisans têtus de l’assemblée ce jeudi, est aussi le signe du manque d’engagement presque immature des élus du peuple pour la défense d’idéaux démocratiques dont ils sont censés être les premiers protecteurs. C’est à se demander qui d’une 5e République déjà bien peu gaillarde, d’un spectre politique sclérosé sans dessus dessous ou d’une Gauche qui avoue sa faiblesse en voulant à tout prix bander les muscles est le plus essoufflé par l’incohérence de ses hautes sphères.

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L’usage du 49.3 a fait réagir, et son annonce à entraîné une convergence vers l’Assemblée Nationale, le jeudi 12 mai. (photo : BFMTV)

Alors qu’ils défendent aujourd’hui bec et ongles l’usage de l’alinéa 3 de l’article 49 comme le moyen de créer une dynamique nécessaire à la France qu’ils conçoivent, ressortent ces derniers temps les déclarations désormais risibles des mêmes acteurs, qui combattaient pour sa disparition lorsqu’ils étaient dans l’opposition. Le Parti Socialiste au pouvoir a pourtant historiquement fait un usage plus régulier du chantage constitutionnel que ses opposants conservateurs, si bien que le gouvernement de Valls est depuis la loi Macron passé en force une fois de plus (4) que les cabinets de Jean-Pierre Raffarin, Dominique De Villepin et François Fillon réunis (3 fois en deux mandats présidentels), aux ordres de Jacques Chirac puis de Nicolas Sarkozy. Jeter aujourd’hui un œil à la Déclaration des Principes du Parti Socialiste, sorte de profession de foi éditée pour la dernière fois en 2008, fait presque sourire. Nul besoin de remonter jusqu’à Jaurès pour attester des manquements spectaculaires du parti à ses principes.

Le Parti socialiste est un parti démocratique. Il fait de la parité entre les hommes et les femmes un principe. Il respecte chacun de ses adhérents. Il organise un débat politique transparent et ouvert. […] Il prend en compte dans un dialogue permanent, les forces et les mouvements de la société civile, en particulier les syndicats, les associations, les organisations non gouvernementales… Le Parti socialiste est un parti qui défend une éthique politique dans l’engagement militant.

– Déclaration des Principes du Parti Socialiste, article 20

La dérive est réelle et vient alimenter le systématisme de répressions parfois violentes, nourrir une dissidence aux modes d’actions souvent tout aussi contestables mais à l’existence toujours légitime. En creux du refrain éhonté qu’entonne le gouvernement à l’aune d’implémenter un projet de loi profondément contraire au travaillisme qu’on s’attend à le voir défendre, déjà en outre entend-on les clairons de l’offensive bleue marine, prêts à faire fructifier le monopole du dialogue social qu’on s’échine à lui accorder au gré des délibérés du Palais Bourbon et des coups de pieds, place de la République. Il est rude mais nécessaire de constater que l’inquiétude citoyenne à un an de la présidentielle n’est plus tant liée au destin électoral que l’instabilité de la conjoncture dessine mais à la solidité même de sa démocratie.






Bastien Desclaux
Joyeux rédacteur en chef de ce beau monde libre, jeune et conscient.




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