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Cette jeunesse qui s’engage contre le FN

Cette jeunesse qui s’engage contre le FN

A la suite du désastre politique de ce fameux 25 mai, les réseaux sociaux se sont enflammés contre le FN. Dès dimanche, de nombreux jeunes ont voulu montrer leur indignation de voir un parti politique d’extrême droite triompher au détriment de l’Europe. C’est sur Facebook et Twitter que s’est organisé le mouvement avant d’être repris par les syndicats étudiants (comme l’Unef, la Fidl, l’UNL) et les organisations politiques de jeunesse. Des marches contre la politique de la haine du FN (d’où le surnom F-Haine), ont ainsi été organisées dans plusieurs villes de France telles que Rouen, Bordeaux, Lyon, Toulouse, Marseille et Paris.

Armée de mon application « voice recorder » et de mon ami photographe, je fonce place de la Bastille pour rencontrer les jeunes qui disent non au FN.

À la sortie du métro, quelle déception, il n’y a pas foule (4200 personnes selon la police). C’est beaucoup moins que ce à quoi je m’attendais. Mais on entend quand même les jeunes crier joyeusement : « Nous sommes tous des enfants d’immigrés, première, deuxième, troisième génération. »

Ce qui m’a frappée chez la majorité des jeunes que j’ai rencontré, c’est le niveau de leur conscience politique. La plupart d’entre eux m’ont donnée des arguments pertinents et réfléchis, on est loin du désintérêt politique que beaucoup dénoncent à propos des jeunes.

Voici un bref résumé des raisons pour lesquelles les jeunes de jeudi s’engagent contre la politique du FN.

Une fausse alternative

Juan Paulo

Juan Paulo, un Khâgneux engagé

« Je suis ici contre ce mouvement de l’extrême-droite qui essaye de s’emparer de la politique de façon générale, toujours en se basant sur l’idée d’une politique de la haine. J’ai l’impression que de plus en plus de gens veulent choisir la troisième voie, ce qui est le schéma politique typique du fascisme. C’est l’idée que l’on va dépasser la démocratie, les institutions bourgeoises qui sont là pour donner des privilèges à ceux qui ont déjà la propriété. L’idée qu’on va échapper aux divisions gauche/droite et avoir un compromis qui s’établit qu’avec la nation, ce qu’il y a de plus concret, de plus vrai. Ce n’est pour moi qu’une rhétorique qui a gagné de l’espace dans le paysage politique de l’après-crise. Les gens ont l’impression que c’est une revendication politique mais c’est en fait une revendication antipolitique. C’est là qu’est le danger du FN. »

L’immigration, le parfait bouc émissaire.

DSC06737Camille et Mathilde 18 ans, premier vote

La montée du FN « c’est un mélange d’ignorance, d’amalgame et de manipulation par les médias. Il y a du chômage donc c’est les immigrés qui prennent en premier. » Les deux jeunes filles viennent de province et dénoncent le racisme par ignorance de l’immigré, assez présent dans leur milieu : « Les gens ne savent pas de quoi ils parlent. ». À la question : « Et le vote par contestation ? » Camille répond « Je trouve ça encore plus grave de voter pour le FN sans savoir ce que c’est. »

Globalement, la réponse majoritaire à la question pourquoi faut-il lutter contre le Front National a été : « à cause de ses positions anti-immigration. » La manif était vraiment très métissée et les jeunes semblent s’indigner avec force contre le racisme ambiant de notre temps.

L’image renvoyée à l’international est pathétique.

« Je suis là pour montrer au reste de l’Europe qu’on est pas des fachos » résume clairement Bettina.
La victoire du FN a été une véritable honte pour la France. De CNN à la chaîne chinoise Phoenix TV, le résultat des scrutins français a été relayé dans tous les médias. Quelle image de la France…

Le mouvement a été décrédibilisé par les médias.

tweet philippot

Ce qu’affirme le vice-président du Front National est doublement faux ! Tout d’abord, 4200 manifestants (et encore seulement à Paris), c’est peut-être décevant mais ce n’est pas « quelques centaines ». Mais surtout, personne ne manifestait contre le vote de dimanche mais contre les valeurs et le populisme du FN. C’est sans doute cet amalgame sur la nature du rassemblement qui a causé la faible mobilisation.

Sonia, jeune manifestante s’indigne de la façon avec laquelle la marche a été relayée dans les médias. « Je suis outrée du peu de participation à Paris. Les gens n’ont pas conscience de ce qu’il se passe puisqu’ils sont toujours en train de se justifier en disant que l’abstention c’est contre le FN alors que pas du tout. L’information de cette marche a assez tourné sur internet, on ne pourra pas dire le contraire, mais le problème c’est qu’elle n’a pas été assez relayée par les médias à part aujourd’hui. Par ailleurs, on a qualifié ce mouvement de rassemblement étudiant alors que c’est selon moi un rassemblement citoyen. »

Un bilan ? Il serait très optimiste de qualifier la manifestation de jeudi de « succès » étant donné la faible mobilisation. N’oublions pas qu’au lendemain du 21 avril 2002, ils étaient 500 000 dans les rues ! Mais ce mouvement a tout de même prouvé que la jeunesse n’est pas qu’abstentionniste. Elle sait aussi s’engager et défendre ses valeurs contre la menace de l’autoproclamé « premier parti de France ».

 

Merci à Franck Aïssa pour les photos.

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