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CHARLIE HEBDO : Documentaire « C’est dur d’être aimé par des cons » : retour sur le procès de 2007

CHARLIE HEBDO : Documentaire « C’est dur d’être aimé par des cons » : retour sur le procès de 2007

Après l’attentat de la semaine passée qui a eu lieu à Charlie Hebdo, quelques cinémas parisiens diffusent dans leurs salles obscures le documentaire « C’est dur d’être aimé par des cons » . Avec un nom pareil, nul doute que cette phrase a été écrite par l’un des fameux dessinateurs de l’hebdomadaire satirique. En effet, le titre du documentaire réalisé par Daniel Leconte en 2008 provient d’une caricature de Mahomet réalisée par Cabu il y a dix ans. C’est, entre autre, en raison de cette caricature que le procès exposé dans le film contre Charlie Hebdo s’est tenu en février 2007.

Pour comprendre l’origine de ce procès, il faut en premier lieu remonter à sa source…

Du Danemark à la France : situation initiale

L’histoire débute au Danemark en 2005 lorsqu’un un écrivain danois, Kåre Bluitgen, lance un concours appelant à dessiner Mahomet. L’auteur peinait à trouver des illustrations accompagnant sa biographie de Mahomet, c’est pourquoi il a organisé ce concours. Parait alors dans le journal danois Jyllands-Posten douze caricatures du prophète. L’affaire fait grand bruit au Danemark, et déclenche de vives oppositions au sein des communautés musulmanes. Le monde de la presse s’empare de la polémique et Charlie Hebdo décide de republier les 12 caricatures dans son journal avec à la une de l’hebdomadaire une caricature de Cabu. Son dessin a pour titre Mahomet débordé par les intégristes et représente Mahomet, la tête enfouie entre ses mains, qui déclare « C’est dur d’être aimé par des cons ». En publiant ce numéro, Charlie Hebdo a voulu dénoncer les dérives islamistes au nom de la religion sans stigmatiser les croyants pour éviter l’amalgame entre les musulmans et les fondamentalistes islamistes.

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A la suite de cette publication, Charlie Hebdo est poursuivi par la Grande Mosquée de Paris, l’Union des organisations islamiques de la France (UOIF) et la Ligue islamique mondiale en raison de deux des caricatures de Mahomet republiées et du dessin de Cabu en couverture. Pour ces institutions, certaines caricatures n’ont pas un dessein très clair et offensent l’islam, notamment la deuxième caricature représentant Mahomet avec une bombe…

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Le procès : une alternance de points de vue

La situation initiale exposée, le documentaire alterne avec habilité les témoignages des différents protagonistes du procès qui sont interviewés par Daniel Leconte. Les acteurs du procès interviewés sont aussi bien du côté de Charlie Hebdo que du bord qui lui est opposé.

Ainsi interviennent beaucoup Philippe Val, en première ligne des accusations car il était alors directeur de Charlie Hebdo, Richard Malka, son principal avocat, mais également les dessinateurs Cabu, Charb, Tignous et Wolinski dont le nom ne nous est malheureusement plus inconnu. A ceux qui accusent Philippe Val de souffler sur les braises et de provoquer explicitement, ce dernier réplique que la provocation ne vient pas des caricatures mais des actes terroristes en eux-mêmes. Il revendique son engagement de la liberté d’expression par le rire et pointe du doigt les intégristes qui pour lui n’ont pas d’humour.
Parmi les fervents défenseurs de Charlie Hebdo, on retrouve Elisabeth Badinter et Caroline Fourest, deux femmes engagées plus que jamais au nom de la liberté d’expression mais également le réalisateur Claude Lanzmann. Dans le camp opposé, on trouve évidemment le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur et son avocat Francis Szpiner mais aussi Le Père Lelong et le représentant de la ligue islamique mondiale.

Sont présents également certains grands dirigeants de la classe politique française qui étaient en 2007 en pleine période de campagne électorale. Parmi eux, François Hollande, alors président du Parti Socialiste, et François Bayrou manifestent leur soutien au journal. François Bayrou explique que la liberté d’expression, même religieuse, a été proclamée pendant la Révolution française en 1789, alors même que la religion était le pilier de la société d’Ancien Régime. Contre toute attente, Nicolas Sarkozy participera lui aussi au procès de manière inattendue en envoyant un fax de soutien à Charlie Hebdo qui sera lu lors de l’audience par l’avocat de Charlie Hebdo.

Finalement, en 2008 la République a réaffirmé l’un de ses valeurs fondamentales à savoir la liberté d’expression en concluant ce procès par la relaxe de la poursuite entreprise contre Charlie Hebdo.

Au-delà du procès

Dépassant l’anecdote, le réalisateur Daniel Leconte nous éclaire sur les enjeux du procès. En effet, si Charlie Hebdo avait été condamné, la liberté d’expression aurait perdu de son sens. Elisabeth Badinter ira jusqu’à dire que si ça avait été le cas, le silence se serait abattu en France et que la situation aurait été terrible. Bien avant l’heure, elle déclare que les membres et dessinateurs du journal sont des héros. Car malgré les menaces qu’ils recevaient en permanence, ils n’ont cessé d’exercer leur métier au nom de leurs convictions et valeurs constituantes de la République. Il est très intéressant de voir ce documentaire maintenant car il montre que la satire, la dérision, l’irrévérence, l’insubordination, le rire et la liberté d’expression ont fini par gagner en France lors de ce procès dont l’issue a été annoncée en 2008. En somme, un documentaire qui fait écho à ce que vit la France maintenant. Après l’attentat contre Charlie Hebdo, notre pays revendique toujours la liberté d’expression. Le documentaire est parfois à l’image de l’esprit de Charlie : très amusant ! Si vous avez l’occasion de le voir, n’hésitez pas. Car même si le procès eut lieu en 2007, il nous permet de prendre l’ampleur de la situation et de l’engagement des membres du journal.

Diffuser ce film aujourd’hui est alors un bel hommage rendu à ces hommes qui sont tombés tels des héros au nom de la liberté et qu’il ne faut pas oublier.

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Étudiante en deuxième année de licence d'études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle. Pratique le théâtre dans un conservatoire. Passionnée de théâtre mais également de toute forme d'art... Animatrice et amatrice de jolis mots bien formulés.

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