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Cinq enjeux pour 2016

Cinq enjeux pour 2016

Le champagne et les vœux de nouvelle année ont (enfin) fait tirer sa révérence à 2015 et son actualité pour le moins chargée. On pense bien sûr aux attentats de Charlie Hebdo et du 13 novembre qui ont tristement encadré l’année, mais également à la montée en puissance de Daesch, la percée du Front National aux régionales, la crise des réfugiés, les tensions européennes, le plan social d’Air France, la Coupe du monde de Rugby et la Cop21.  Mais l’Histoire n’est qu’une immense continuité et il serait naïf de croire qu’un changement d’année a changé la donne. Les difficultés ne disparaissent pas comme le carrosse de Cendrillon dès que sonnent les douze coups de minuit. Et la crise économique et le chômage sont encore là au 1er janvier.

On vous a (subjectivement) sélectionné cinq grands enjeux à venir pour cette année 2016. Histoire de savoir un peu à quoi s’en tenir et s’y préparer.

L’éducation

L’éducation est toujours un enjeu majeur. Former les esprits de demain et les préparer au monde extérieur est un défi considérable qui justifie sa place de premier foyer de dépense pour l’Etat. Malheureusement le système scolaire français ne fait pas l’unanimité et les réformes n’ont fait que se succéder ces dernières années. Quels résultats pour l’instant ? Selon une étude Ifop sur notre rapport à l’éducation en 2014, les Français estiment que les enfants apprennent en premier lieu à l’école « la peur de l’échec » (49%) et le « dégoût des études » (35%), ces deux opinions ayant bondi de +11% et +13% respectivement depuis 2007. Une opinion générale peu optimiste qui trahit la profonde crise que traverse l’enseignement français depuis de nombreuses années. Mauvais scores PISA, décrochage scolaire, creusement des inégalités, souffrance scolaire… Agir devient une nécessité.

A quoi doit-on donc s’attendre cette année ? La rentrée 2016 sera avant tout synonyme d’augmentation du nombre d’enseignants (25 000 postes) et l’application de la réforme des collèges. Cette réforme prévoit entre autre un changement des programmes (moins de géométrie en maths, moins de grammaire en français), la suppression des classes européennes avec l’avancement de l’apprentissage de la LV2 en 5e, la mise en place d’enseignements interdisciplinaires, ces fameux EPI (latin, langue régionale, citoyenneté, découverte de l’entreprise…) qui se substituent à des heures de cours « classiques », et l’accompagnement personnalisé pour chaque élève, un « coup de pouce » qui s’étend sur une à deux heures par semaine. Chaque collège acquiert une grande autonomie pour définir le volume horaire et le contenu des enseignements qu’il propose : autrement dit, le collège à programme unique disparaît. Place au collège à la carte.

Le gouvernement y voit une démocratisation du collège qui bien souvent se retrouvait accusé de trier les élèves plutôt que de les aider, et un moyen pour les élèves d’établir un lien concret entre ce qu’ils apprennent et le monde extérieur. Les opposants au projet y voient plutôt un appauvrissement en volume horaire et programme enseigné des matières fondamentales comme le français ou les mathématiques. Ils dénoncent la disparition des classes européennes qui pour certains va entraîner un transfert d’élèves du public vers le privé. L’avancement de la découverte LV2 en 5e laisse également certains parents d’élève sceptiques, considérant que les jeunes élèves de 6e et 5e n’ont pas encore terminé l’apprentissage du français et de leur LV1.

2016 sera donc l’année du changement (en bien ou en mal) pour les collégiens. Le gouvernement se penchera peut être également sur le cas du lycée afin de clore son cycle réformiste avant 2017.

L’écologie

La Cop21 de décembre 2015 a fondé beaucoup d’espoirs – concrétisés ou non – pour l’ensemble du monde et a été soutenue par de nombreuses mobilisations populaires et citoyennes. Les accords de Paris présentés à l’issue de deux semaines de négociations intenses devront être signés par les pays participants le 22 avril 2016, ouvrant la voie à une action antipollution globale.

La préservation du climat devient en effet plus que jamais un enjeu majeur pour notre avenir. L’année 2015 a été en France et même pour le reste du monde une des années les plus chaudes depuis des décennies, depuis 1900 en ce qui concerne l’Hexagone (en 3e position derrière 2011 et 2014). Certains coins de France ont enregistré des températures supérieures jusqu’à +14°C aux moyennes de saison. De quoi tirer sérieusement la sonnette d’alarme pour 2016 et inciter les pays à agir pour la réduction des émissions à effet de serre.

Mais l’écologie et la protection de l’environnement se limite-t-elle à la seul question du climat ? Aucune initiative internationale n’a pour l’instant produit des accords contraignants concernant la pollution des espaces terrestres et maritimes, la disparition des espèces ou encore la menace sur la biodiversité.  Le Brésil, terre d’accueil des futures Jeux Olympiques de 2016, a ainsi subi en novembre dernier une terrible catastrophe écologique suite à la rupture de deux barrages qui retenaient des déchets miniers dangereux. L’eau du fleuve Rio Doce a été polluée sur plusieurs centaines de kilomètres par la boue toxique qui s’est déversée dans la région. Autre exemple tout aussi frappant bien que plus proche de nous, le préfet de la région PACA a autorisé fin décembre l’entreprise Alteo à rejeter ses déchets industriels (dont de l’alumine) dans le parc des Calanques qui essaye cependant de préserver un riche écosystème terrestre et maritime.

Le Brexit

David Cameron a promis que le référendum sur la sortie ou non de la Grande-Bretagne de l’Union Européenne se tiendra au plus tard en 2017 et la date semble pour l’instant arrêtée au mois de juin 2016. Sortira, sortira pas ? L’intention de faire un référendum peut sembler louable sur le plan démocratique, si l’on considère que 42% des Britanniques ne se sentent pas Européens selon l’Eurobaromètre de mai 2015, un des scores les plus faibles au sein de l’Union. Il faut de plus souligner que si la population britannique se rallie à l’Europe en répondant « oui » alors l’Europe sera en position de force pour demander plus d’efforts d’intégration et de participation de la part de notre voisin d’outre-Manche qui jusque-là restait plutôt attaché à son indépendance.

Beaucoup de difficultés attendent encore Cameron. Lui qui était parti à Bruxelles pour négocier des aménagements spéciaux se retrouve évidement en position de porte-à-faux face aux dirigeants européens qui ne comprennent pas pourquoi ils devraient concéder des avantages à un pays qui risque de quitter l’Union d’ici quelques mois. Et l’avancement du référendum de 2017 à 2016 trahit la crainte de laisser trop de champ aux anti-européistes de l’UKIP pour faire campagne pour le Brexit.

Les primaires françaises et américaines

2016 verra s’affronter les concurrents au titre de 45e président des Etats-Unis. Rappelons que dans le modèle politique américain le président est le seul et unique chef de l’exécutif (à la fois chef de l’Etat et chef du gouvernement) et peut donc être considéré comme l’ « homme fort » du régime. Barack Obama, ayant déjà été réélu pour un deuxième mandat consécutif, ne peut se porter candidat pour ces nouvelles présidentielles qui seront donc synonymes de changement.

Des primaires seront organisées dans chaque parti politique (principalement les Républicains, les Démocrates et les Libertariens) dès janvier 2016 afin d’élire leur unique candidat représentant. En lice pour ses primaires, on retrouve notamment Hillary Clinton chez les Démocrates, Jed Bush et Donald Trump chez les Républicains et Gary Johnson pour les Libertariens. Les candidats élus à la suite de ce premier round de primaires s’affronteront ensuite lors de l’élection proprement dite le 8 novembre 2016.

Qui va succéder au règne de huit ans d’Obama sur la Maison Blanche ? La question se pose d’autant plus dans le contexte actuel où l’Europe réclame l’aide des Etats-Unis dans son action contre l’Etat Islamique et où la première puissance du monde doit gérer de nouveaux enjeux migratoires et environnementaux.

Les candidats américains ne seront pas les seuls à s’entre-déchirer férocement puisque leurs confrères français s’affronteront également dans les primaires de la droite et du centre en 2016. Le secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, maintient pour l’instant la question de primaires à gauche en suspens, repoussant la décision au conseil national de novembre 2016.

Du côté de l’ancien UMP, la date de l’élection n’a pas encore officiellement été fixée, même si plusieurs candidats se sont déjà signalés : Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Fillon, Bruno Le Maire. Un éventail de choix très masculin pour sélectionner le candidat unique qui montera au front pour les présidentielles en 2017, même si certaines rumeurs font état d’une possible candidature de Nathalie Kosciusko-Morizet après son éviction de la direction du parti en décembre. Quel intérêt de ces primaires ? Fédérer les voix des électeurs de droite autour d’un seul candidat afin d’éviter la dispersion des votes et les conflits d’égos, et présenter les Républicains comme un parti uni et rassemblé. En résumé, cumuler toutes les chances de remporter 2017 et revenir au gouvernement.

La sécurité

L’état d’urgence est devenu une réalité pour tous les Français depuis les attentats du 13 novembre 2015 et ses effets se font toujours sentir dans notre vie de tous les jours : fouilles des sacs à chaque entrée dans un lieu public, alertes quotidiennes au colis suspect dans les transports, pouvoirs accrus du corps policier… Là où il y a encore quelques mois on pouvait se promener sans crainte dans un pays en paix, flâner dans la rue sans se soucier de rien, une menace est apparue. Le pays en paix est devenu un pays en guerre et sortir source de danger. La nervosité ambiante s’est atténuée depuis le 13 novembre mais n’a pas disparu. Et les souvenirs affluent à nouveau alors que le pays commémore l’attaque contre Charlie Hebdo du 7 janvier dernier.

La sécurité est une préoccupation centrale qui soulève de nombreuses questions. Jusqu’où peut-on aller au nom de la sécurité ? Combien de libertés et de droits sommes-nous prêt à céder pour la garantir ? Doit-on laisser faire nos dirigeants ? Plusieurs voix s’élèvent pour approuver ou s’opposer aux conséquences collatérales de l’état d’urgence, comme l’interdiction de manifester qui a été imposée à Paris le 30 novembre 2015, les perquisitions et assignations à résidence abusives, le fichage d’activistes écologistes, la possible modification de la Constitution et l’institutionnalisation de l’état d’urgence.

La révision de la Constitution présentée par François Hollande après les attentats sera en effet débattue à partir de février 2016 par le Parlement réuni en Congrès (Sénat et Assemblée Nationale réunis). La révision concerne en particulier l’inscription et la définition de l’état d’urgence et la déchéance de nationalité des binationaux dans le texte constitutionnel. Le Parlement devra adopter le texte à la majorité des 3/5 pour que la révision soit adoptée. Rien n’est donc encore joué, d’autant que la clause sur la déchéance de nationalité fait particulièrement débat au sein de la classe politique, alors que la très grande majorité des Français y semblent favorables (85%) selon un sondage OpinionWay réalisé fin décembre.

Bonus: Les inégalités

Selon un rapport de l’OXFAM le niveau d’inégalité économique va atteindre un seuil inédit en 2016 : les 1% les plus riches de la planète détiendront alors plus que les 99% restant. En d’autres termes, le patrimoine économique des 80 personnes les plus riches de la planète dépassera celui des 50% les plus pauvres (soit 3,5 milliards de personnes). L’inégalité économique mondiale semble avoir atteint son niveau maximal. Espérons que 2016 signera à la fois leur victoire  et le début de leur chute.

Sources images : lesechos.fr, amnesty.fr, lanouvellerepublique.fr, ouest-france.fr, lexpress.fr, strasbourg.eu

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Etudiante en troisième année à Sciences Po Lille

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