Salut ! Salut !

« Clear, Loud, Bright, Forward » : Benjamin Millepied libère les corps

Culture / Récents / 8 novembre 2015

Fraîchement nommé directeur du Ballet de l’opéra de Paris, Benjamin Millepied présente en ce moment son spectacle « Clear, Loud, Bright, Forward » à Garnier. En s’inspirant des créations du chorégraphe russe Georges Balanchine et de Jerome Robbins (chorégraphe de West side story), l’ex étoile du New City Ballet insuffle un vent nouveau sur une institution vieille de plus de trois siècles. « J’ai trouvé en arrivant une approche des choses souvent raide, crispée, un climat de compétition qui sévit chez les danseurs depuis l’enfance, dès l’Ecole de Danse de l’Opéra » explique Benjamin Millepied dans L’Obs. Se libérer de l’image austère et « control freak » des ballets, c’est chose faite grâce à ce nouveau spectacle.

Sous la direction de Benjamin Millepied, les danseurs sont libérés de tous carcans. Tels des électrons libres, ils semblent se mouvoir naturellement. Sur fond de décor épuré, le chorégraphe met en scène des corps vivants qui ne cessent de se métamorphoser. L’opus 19 (« The dreamer ) de Prokoviev et les « Thèmes et Variations » de Tchaïkovski évoque une nature en plein bouleversement. On y retrouve les quatre saisons : une ballerine en fleur qui éclot pour le printemps ou des danseurs se laissant portés et vacillés comme des feuilles d’automne qui volent et tourbillonent. La nature à travers les saisons, c’est que Benjamin Millepied a voulu faire ressortir de cette musique classique : les violons imitent tantôt des gouttelettes de pluie, la grosse caisse, l’orage qui s’annonce… Les danseurs, vêtus d’un simple tee-shirt gris-argenté parsèment la scène tels des flocons de neige miroitant sous une lumière douce qui accentue les ombres et les mouvements. Les pas sont imprécis, faussement spontanés comme pour imiter une nature imprévisible. Au gré des saisons, les danseurs sont la personnification même de cette nature qui s’apparente à un cosmos libérateur.

On assiste dès lors à une libération des corps et une émancipation des danseurs. Affranchie de tous codes, une danseuse entame ainsi un solo libérateur alors que les autres danseurs la regardent, stoïque. Ils deviennent à leur tour, un public contemplatif, comme si la danseuse avait un besoin viscéral de reconnaissance de ses pairs pour donner le meilleur et se révéler. Tour à tour, les danseurs nous rejoignent, et deviennent eux aussi spectateurs. Est si ce nouveau spectacle était l’incarnation concrète de la nouvelle politique du ballet de l’Opéra de Paris ? Du respect, de l’écoute et de l’aide. Trois piliers qui transparaissent largement dans cette chorégraphie. Les vieilles légendes du milieu de la danse ont la peau dure et Millepied semble vouloir s’en débarrasser rapidement. Pour notre plus grand plaisir.

Benjamin Millepied revisite l’allégorie classique de la nature en l’assimilant à un mode qu’il connaît bien : celui de la danse. Le chorégraphe nous offre un spectacle splendide aussi beau qu’émouvant. Faire du neuf avec du vieux a toujours été preuve de génie chez les plus grand, et c’est ce que fait ici le nouveau directeur de Ballet avec brio. Une ère nouvelle semble débuter, sous l’œil vif et novateur de celui qui n’a jamais aussi bien porté son nom.


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Camille Bichler




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