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Corée du Nord : menace imminente ?

Corée du Nord : menace imminente ?

Il est évident que la semaine qui s’est achevée a été riche en actualité géopolitique, plus ou moins tragique : attentat de Peshawar, dévaluation du rouble, normalisation des relations entre les Etats-Unis, nouvelles crispations de la communauté internationale avec la Corée du Nord…   Autant de sujets qui ont alimenté les rédactions et qui ne font que renforcer l’idée selon laquelle le monde de l’après Guerre Froide semble être devenu plus instable.

Néanmoins, il convient de s’attarder sur un problème hérité du temps où la planète était divisée en sphères d’influence rivales : les tensions que suscitent l’existence de la Corée du Nord. Il ne s’agira pas de dresser, ici, un historique du conflit qui se déroula de 1950 à 1953, ni de revenir sur les frasques mégalomanes de son leader Kim Jong-Un, mais de cerner un paradoxe géostratégique : malgré des crises récurrentes, le statu quo ante demeure et le régime de Pyongyang reste le dernier régime totalitaire d’inspiration stalinienne.

Le dernier épisode des tensions causées par ce petit état d’Asie du Sud-Est s’inscrit sur fond de guerre cyber-électronique, avec l’attaque du groupe Sony, producteur du film « The Interview » d’Evan Goldberg et Seth Rogen. Ce piratage informatique de grande ampleur a poussé la production à annuler la sortie du film, provoquant un véritable tollé outre-Atlantique. Le scénario se résume en quelques mots : le présentateur TV Dave Skylark, joué par James Franco (mesdemoiselles, s’il vous plait, n’interrompez pas la lecture de cet article), obtient un entretien avec Kim Jong-Un, mais, la CIA lui demande de l’assassiner.

Outre que cela confirme le fait que les dirigeants de Pyongyang n’ont pas d’humour, cet événement constitue la forme moderne d’une censure exercée par un État étranger sur un autre État souverain. Aux États-Unis, la décision de Sony a été unanimement condamnée, que ce soit à Hollywood, au Congrès ou à la Maison-Blanche. Le Président Obama a d’ailleurs promis de riposter face à cette violation manifeste du droit international. Et pourtant, amateurs de films catastrophes, passez votre chemin : la nouvelle Guerre de Corée n’aura pas lieu (du moins, pas dans les mois à venir…).

Les régulières démonstrations de force du régime communiste s’inscrivent dans un cadre stratégique bien défini : vitupérer, menacer, effectuer des manœuvres stratégiques agressives… Mais ses dirigeants savent bien qu’ils ne doivent pas franchir la ligne rouge. Et il semblerait que cela arrange les quatre grands acteurs du dossier, à savoir la Corée du Nord, la Corée du Sud, la Chine et les Etats-Unis.

Pyongyang utilise les crises à des fins de politique intérieure et de stratégie commerciale : tout en ressoudant la population autour du chef suprême, elles permettent de montrer aux adversaires de l’Occident que le pays est disposé à vendre des armes et à s’allier avec eux.

Séoul, malgré sa puissance économique considérable acquise depuis plusieurs décennies, semble encore assez peu favorable au fait de sacrifier une part de sa croissance à une réunification avec l’un des pays les plus indigents du monde.  

Pékin ne peut pas imaginer une seule seconde la disparition de la Corée du Nord pour une raison simple : une défaite du régime signifierait la présence de forces américaines à la frontière chinoise, et constituerait une épine dans le pied des dirigeants du Parti Communiste Chinois.

Washington semblerait également se satisfaire plus qu’il n’y paraisse du statu quo ante, et voit dans les différentes tensions une occasion de sanctuariser ses dépenses de défense d’année en année.

Comme nous venons de le voir, le problème coréen semble inextricable, tant, une fois de plus, les intérêts géopolitiques sont multiples. Assisterons-nous un jour à une normalisation des relations entre Pyongyang et Washington, telle celle qui s’est déroulée avec la Havane, ou, en 1972, avec Pékin ? Cela semble peu probable… A suivre.

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Amateur inconditionnel de géopolitique. Lycéen de Terminale ES à temps partiel, dégonfleur de baudruches sur l'actualité internationale à temps plein.

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