Salut ! Salut !

Counter Phrases: hybridité contrastée

Culture / Récents / 26 février 2016

Le projet Counter Phrases est un pari fou. Celui de réunir l’art de la danse, de la musique et du cinéma. En 2003, la chorégraphe Anne Teresa de Keersmaeker et le réalisateur Thierry De Mey décident d’élaborer un spectacle en inversant le schéma traditionnel de la danse. Ce n’est plus les pas qui s’inspirent de la musique, mais c’est à la musique de donner vie aux mouvements, immortalisés par la caméra de Thierry De Mey. Cette création ambitieuse réunit des compositeurs de renommée internationale comme Jonathan Harvey, Robin de Raaf ou encore Fausto Romitelli. Une démarche singulière pour mettre en lumière les arts contemporains.

Après un voyage en Afrique, Thierry De Mey pousse l’expérience plus loin en mêlant la musique contemporaine occidentale et africaine. En 2015, la Maison de la musique de Nanterre lui propose de représenter une nouvelle version de Counter Phrases avec l’orchestre symphonique de Mulhouse en invitant, cette fois-ci, trois musiciens maliens. Parmi eux, Ballaké Sissoko, considéré comme l’un des meilleurs joueurs de kora du monde, une harpe mandingue dont les vingt et une cordes offrent un son doux et profond. Le but du spectacle ne se limite alors plus à la louange des arts contemporains. Par sa forme hybride Counter Phrases 2015-2016 prône le melting pot artistique.

Sur scène, l’orchestre symphonique de Mulhouse s’agite. A gauche, sur le côté, les trois musiciens maliens sont vêtus du boubou traditionnel. Les danseurs apparaissent sur le grand écran, au dessus de l’orchestre. Le ballet des violons, très présents, est angoissant. Doublés par des cuivres graves, ils semblent imiter le bruit d’un cyclone qui nous plonge dans une atmosphère oppressante. Une musique qui semble cristalliser à elle-même l’angoisse et le stress, mal existentiel de la société occidentale. Une tension palpable qui tranche avec la douceur et la simplicité du trio africain. La kora offre un son délicat et profond, semblable à une bouffée d’air. Les notes chaudes et feutrées du xylophone contrastent avec la froidure de la musique contemporaine occidentale. Traditionnellement réservée aux conteurs et aux poètes, la musique africaine est avant tout, une tradition orale. Ce qui explique sans doute l’absence totale de partitions pour les musiciens maliens.

À l’écran, les plans de Thierry de Mey sont saisissants de calme. Malgré des mouvements francs et vifs, le réalisateur donne à voir des images colorées et poétiques. Les pièces filmiques apaisantes détonnent avec le son inquiétant de l’orchestre de Mulhouse. Les pas flottants des danseurs, soulignés par les tissus des costumes vaporeux signés Dries Van Noten mettent en valeur les mouvements tourbillonnants et hypnotiques des corps. L’alternance de plans larges et serrés permet de donner chair à l’image, tout comme l’utilisation du split-screen qui la fracture et la rend plus profonde. Pour autant, la musique africaine est-elle vraiment en parfaite symbiose avec ces chorégraphies ? Si la musique africaine se mêle agréablement au froissement des tissus, au bruissement des arbres et aux pas des danseurs, ne se suffit-elle pas à elle-même ? Voir ses trois artistes maliens jouer sur scène est déjà un spectacle en lui-même. L’hybridité de Counter Phrases, qui se voulait homogène, ne prend pas vraiment. On ne mettra pas en cause la qualité des trois entités artistiques présentés. Vouloir à tout prix mettre en perspective trois pièces que tout oppose rompt fatalement le charme de la symbiose forcée.

Counter Phrases a le mérite de promouvoir une expérience digne d’une véritable synesthésie. Mais éveiller les différents sens des spectateurs dessert cependant les trois pièces artistiques du spectacle, qui se suffisent amplement à elle- même. Cette surenchère du melting-pot protéiforme perd en cohérence car il manque un fil conducteur fort. Au delà de la qualité de chaque art distinct, c’est l’hybridité artificielle et lourde du spectacle qui pêche.

Counter Phrases

Mardi 17 mai à la Philarmonie de Paris, 20h30.


Étiquettes : , ,



Camille Bichler




Previous Post

La France et la Ligue Europa, le désamour

Next Post

Bruno Le Maire lance sa campagne : et si c'était lui?





You might also like



0 Comment


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


More Story

La France et la Ligue Europa, le désamour

Alors qu’il ne compte que deux petites coupes d’Europe, le foot français semble totalement se désintéresser de la Ligue...

25 February 2016
UA-37872174-1
Tu aimes cet article ?
Tu aimes cet article ?
N'hésite pas à nous rejoindre sur les réseaux sociaux !
Faceboook
Twitter