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Des 13 novembre partout

Des 13 novembre partout

Un bilan humain qui s’alourdit et avec lui la certitude presque blasée que la danse des nombres morbides ne sera qu’ascentionelle. Et l’habitude terrible qui déjà interdit la surprise. 34 morts aujourd’hui, 40 peut-être demain, et voilà l’Europe plongée à nouveau dans un deuil qui toque avec insistance à la porte de sa vigueur toute relative.

C’est aujourd’hui la belle Bruxelles qu’on a frappée, la ville au coeur de l’échiquier européen tel qu’il est souvent rêvé. A deux pas du métro soufflé par la bêtise frustrée et la haine aveugle, on trouve la Commission Européenne et le Conseil de l’Europe, leurs élus et leurs technocrates. Au bout des rails, à quelques encablures des débris et du sang de l’arrêt Maelbeek, un quai porte le nom de Schuman, comme celui qui sans doute aurait rêvé de voir l’Europe se lever et savoir s’adapter aux maux qui la gangrènent. Plutôt sommes-nous forcés de constater les lacunes européennes, qui souffrent de façon toujours plus criante d’une structure entre-deux-tailles caduque car sclérosée et écartelée par l’incapacité des uns et des autres à outrepasser l’intérêt personnel pour des questions aussi urgentes que la lutte anti-terroriste. Jamais demain la construction européenne, oeuvre nécessaire de décennies incomplètes, n’aura semblé aussi fragile.

La terreur s’internationalise bien plus vite que la cohésion. Les bombes qui nous tombent dessus nous en font prendre la mesure, à force de parvenir à cliver dans les pensées autant qu’à meurtrir dans les chairs. Avant Bruxelles, Paris ; et avant Paris, Londres et Madrid souffraient du même expansionnisme mortifère niant tout humanisme, ennemi de la civilisation. L’asymétrie émotionnelle que déjà nous évoquions ici demeure pourtant prégnante, l’incongruité et la proximité de certaines visions d’horreur transcendant plus les esprits que d’autres. Pourtant, partout et tout le temps, des gens disparaissent emportés par les torrents de la folie meurtrière.

De Molenbeek à Maelbeek, de Sevran aux vallées Syriennes se tisse un réseau de la haine et de l’envie qui rend efficace ses recruteurs en tirant profit de la défaite de nos instituteurs. Les loups solitaires tuent puis s’échappent, cavalent et planifient sans doute de nouvelles attaques alors que la meute des hommes en noir est vivace, sans cesse nourrie par le flot des incompris. Sans doute les jeunes pousses djihadistes prennent-elles racines dans un terreau irakien, engraissées qu’elles sont par la propagande immonde de ceux qui revendiquent les exactions de l’état islamique. Le problème réside dans la résistance de notre sol face aux délires charriatiques. Bien trop meuble est-il, bien trop en friche, labouré et rendu fertile par nos dissensions et des ségrégations toujours effectives.

Depuis novembre et c’est heureux, nos regards évoluent et s’emplissent de compassion, quand on apprend qu’à l’autre bout du monde les mêmes fous ont frappé et pris des vies qui valent les nôtres. C’est tout de même après des attaques qui me sont presque voisines à l’échelle de la planète que je prends la plume pour épandre un peu du ressentiment dont elle est emplie. Les mauvaises habitudes ont la vie dure, il paraît. Pourtant la fraternité d’entre les hommes, celle dont justement ceux qui nous haïssent ne peuvent se targuer, ne doit connaître de limites et de déséquilibres. Pour tous ceux qui ont à affronter leurs 13 novembre, quotidiens ou inattendus ; pour Istanbul comme pour Ankara et de Bruxelles à Grand-Bassam, sans oublier les victimes de Boko Haram ou celles des dictatures dont on ne connaît que l’obscurantisme, espérons la paix. Pour que jamais plus un pas qui vous mène vers un stade, une barraque à frites ou une institution politique soit un pas de plus vers la mort. Avant de chercher des coupables et de chasser les irresponsables, vient le temps de saluer la mémoire de ceux qui meurent.

Lire la presse effraie aujourd’hui encore davantage qu’hier. L’ambition journalistique est fatiguée déjà par les perspectives guerrières du reste de nos existences, par les tensions liberticides, qui sont une guerre à mener face à la peur, comme par l’instabilité du monde moderne. Elle est transcendée, aussi, par la perspective inverse : l’époque est complexe, continuons à la raconter.


Crédits photo de couverture : AFP / Lionel Bonaventure

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Joyeux rédacteur en chef de ce beau monde libre, jeune et conscient.

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