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Des Verts en devenir

Des Verts en devenir

Les premiers partis écologistes apparaissent en Europe entre la fin des années 1970 et le début des années 1980, en réaction contre l’extrême pollution, le début d’épuisement des ressources et la croissance effrénée des Trente Glorieuses. L’influence des chocs pétroliers de 1973 et 1979 ainsi que mai 68 sont des éléments intéressant à prendre en compte pour l’émergence de ces partis. Mai 68 rappelle le côté contestataire, libertaire et réformateur, la volonté d’organiser autrement la société en replaçant l’homme et la nature au centre des préoccupations ; le choc pétrolier, le mouvement réactionnaire face à une croissance jugée trop forte et la logique capitaliste. Le parti écologiste tend ainsi naturellement à se rattacher à une politique de gauche, et l’écosocialisme fondé dans les années 1990 illustre cette proximité politique. A l’inverse il s’accorde mal à la pensée capitaliste de droite.

Ces partis politiques, bien que se nourrissant de diverses influences empruntées à d’autres mouvements (féministes, tiers-mondistes, pacifistes et non-violents, libertaires…) et variant d’un pays à l’autre, d’un parti à l’autre, possèdent cependant un programme politique commun : la défense de la démocratie et la prise en compte des enjeux écologiques dans l’organisation politique et sociale (défense des écosystèmes, relocalisation, sortie du nucléaire, préservation des ressources, agriculture respectueuse de l’environnement).

Comment est-il accueilli en France ? Le parti écologiste enregistre quelques bons scores dans les années 1992-1993 ; le sommet de Kyoto en 1997 ravive la flamme écologiste dans l’opinion, qui demeure globalement positive, bien qu’avec une petite marge, jusqu’en 2012. Le sommet de bonne opinion se situe en 2009 avec une percée spectaculaire aux élections européennes (16,3% des voix). Ce succès, né de la création du parti Europe Ecologie sous l’impulsion de quelques membres du parti les Verts (Cécile Duflot, Nicolas Hulot, Daniel Cohn-Bendit ou encore Eva Joly), est à l’origine de la création du parti français actuel Europe Ecologie Les Verts (EELV). Le mouvement est pourtant retombé depuis la fin des présidentielles, et l’opinion est même négative en ce premier trimestre 2013 (39% de bonne opinion contre 57% de mauvaise). Pourquoi une telle retombée, alors que ce parti avait concentré autant d’espoirs ?

Une particularité du parti écologiste, particularité qu’appréciaient les Français, était de se placer au-dessus du clivage politique gauche-droite pour proposer une nouvelle manière de faire de la politique, de dépasser le concept classique du programme et du parti politique. A l’heure où la classe dirigeante est de plus en plus désavouée, le concept paraissait séduisant. Mais le parti a assez vite perdu de son unité et s’est scindé en deux grandes tendances, l’une plus radicale et l’autre plus concessive qui s’est allié avec le Parti Socialiste. Plutôt que se regrouper, les forces écologistes se sont donc éparpillées.

De plus l’identité du parti est devenue assez floue, du fait de la diffusion de la pensée écologiste dans des partis politiques traditionnels : beaucoup de mesures écologistes se retrouvent aujourd’hui dans d’autres partis comme le Front de Gauche. Vaut-il alors mieux parler de parti ou de mouvement écologiste ? On pourrait penser que le rôle du parti écologiste n’est pas au fond de composer une force politique à part entière, mais de maintenir une pression « verte » sur les autres partis, d’exercer une influence plutôt qu’exercer un pouvoir. Une majorité considère cette alternative comme plus réaliste, car les préjugés à l’encontre de l’EELV demeurent encore forts : un reproche récurrent demeure le manque de légitimité politique. Certains préfèrent alors voter pour un parti qui reprend des mesures écologistes plutôt que pour le parti écologiste lui-même.

Le parti semble actuellement travailler à un changement d’image. La nomination d’Eva Joly comme candidate à la présidentielle de 2012, si l’on compare avec la nomination à la même candidature de José Bové pour la présidentielle de 2007, est significative. Ainsi le choix de passer d’un candidat issu de la Confédération Paysanne à une candidate magistrate démontre une volonté de se poser comme un parti « sérieux », écologiste et original mais avec une réelle légitimité politique.

Il ne faut enfin pas négliger le fait que, avec le Front de Gauche, le parti écologiste est actuellement un des partis de gauche les plus dynamiques. Prochain enjeu ? Les européennes de 2014, où EELV, selon un sondage Harris Interactive publié par le Figaro, serait crédité de 10% des intentions de vote : un score ambivalent, en recul par rapport à 2009 certes mais en progression par rapport à 2004. Part d’avenir et parti en devenir à surveiller de près.

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Etudiante en troisième année à Sciences Po Lille

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