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Destructions en Irak : la tabula rasa de l’Etat Islamique

Destructions en Irak : la tabula rasa de l’Etat Islamique

La semaine dernière, ils avaient détruit à coups de masse et de marteaux-piqueurs de nombreuses statues antiques au musée de Mossoul, et brûlé plusieurs milliers de manuscrits conservés dans la bibliothèque de la ville irakienne : les djihadistes du groupe Etat Islamique n’en sont pas resté là et ont ce vendredi rasé au bulldozer les vestiges de l’antique cité assyrienne de Kalkhu, fondée il y a plus de 3000 ans sur les rives du Tigre. Pourquoi ces terroristes s’obstinent-t-ils à détruire le patrimoine irakien ? Quelles sont leurs motivations ?

Faire table rase du passé

C’est la raison officielle de ces destructions, qui font l’objet de vidéos de propagande extrêmement bien réalisées, avec effets de ralenti et chœurs d’hommes en arrière-plan. Selon les militants de Daech, ces œuvres d’art préislamiques symbolisent l’idolâtrie qu’il faut absolument combattre : les représentations humaines sont principalement visées, car interdites selon l’Islam d’après eux, ainsi que celles des dieux païens, tels les lamassu, taureaux ailés à face humaine que l’on pouvait trouver sur le site de Kalkhu. Par ces destructions, les djihadistes entendent nier toute l’histoire préislamique, et faire table rase du passé, un passé où les hommes étaient détournés du « vrai Dieu ».

Soumettre les populations

Détruire leur patrimoine est également un moyen de dominer les Irakiens. La preuve en est que monuments et œuvres préislamiques ne sont pas les seuls à avoir été détruits : Daech s’est également attaqué à plusieurs mausolées et tombeaux musulmans, dont celui du prophète Jonas à Mossoul, et même à des mosquées, avec à chaque fois le même argument de l’idôlatrie. En réduisant à néant les monuments et œuvres d’art qui faisaient la fierté des Irakiens, le groupe Etat Islamique leur retire leur histoire, leur passé : ils n’ont d’autre choix que de se rallier aux djihadistes ou bien mourir.

Se financer

Étonnamment, aucune image ne montre de destruction de petites œuvres, comme des statuettes ou des bijoux. La raison en est toute simple : pour financer ses activités et son administration, l’Etat Islamique a organisé un grand trafic d’antiquités à travers la vallée de l’Euphrate, et de nombreuses pièces issues des musées et tombeaux irakiens se retrouvent sur le marché noir. Plusieurs témoins affirment ainsi avoir aperçu des militants de Daech piller les ruines de Kalkhu avant de raser le site, et emporter dans des camions de nombreux objets destinés à l’exportation : on estime que Daech aurait empoché près de 36 millions de dollars grâce à la vente de trésors archéologiques. Diffuser les vidéos de destructions est par conséquent un moyen de faire grimper les prix : celles-ci obéissent à une logique financière, et ces idoles vendues à prix d’or ne dérangent tout à coup plus ces mêmes hommes qui les combattaient si férocement.

Recruter

Les destructions perpétrées par le groupe Etat Islamique font partie intégrante de leur propagande. Les réactions indignées de la communauté internationale après chaque démolition de Daech ne font que servir leurs intérêts, et leur message est clair : « Vous voyez, quand des musulmans sont tués, personne ne bouge. Mais dès que l’on tue des otages occidentaux ou que l’on détruit des statues, tout le monde s’indigne ». Daech joue également sur la rivalité entre sunnites (majoritaires en Irak) et chiites : en effet, après la révolution islamique en Iran, le nouveau gouvernement chiite avait tout fait pour préserver le patrimoine du pays. A l’inverse, l’Etat Islamique, en le détruisant au nom de la religion, accuse ainsi les chiites d’idolâtrie, d’autant que la représentation du prophète Mahomet, interdite par le sunnisme, est autorisée dans le chiisme.

Ruines de l’antique cité de Hatra

Désormais, tous les regards se tournent vers Hatra, autre cité antique vieille de 2000 ans, qui pourrait bien être la prochaine sur la liste. Ce joyau archéologique, situé à une centaine de kilomètres seulement de Mossoul, est classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1985 et se trouve en plein territoire contrôlé par les djihadistes. Les experts internationaux sont plutôt pessimistes, et estiment que Hatra devrait connaître le même sort que Kalkhu. Déplorant cet anéantissement du patrimoine irakien, ils n’hésitent pas à le comparer à la destruction des Bouddhas de Bâmiyân (Afghanistan) par les Talibans en 2001.

[Edit : Le ministère irakien du Tourisme et des Antiquités a confirmé samedi que la démolition du site de Hatra avait commencé. Plusieurs témoins ont affirmé avoir vu les djihadistes faire sauter plusieurs bâtiments et en détruire d’autres au bulldozer.]

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Etudiant en double cursus "Sciences et sciences sociales" à Sciences Po Paris et à l'Université Pierre et Marie Curie. Passionné de politique et de nouvelles technologies.

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