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Detroit, voyages et catharsis

Detroit, voyages et catharsis

       « L’impossible écoute innocente »serait la malédiction de Bertrand Cantat d’après le blogueur D ‘A Peu Près Rien , 8 ans après la mort de Marie Trintignan, il serait désormais impossible de ne pas écouter l’artiste au prisme de Vilnius, et de la mort de Marie Trintignant. Qu’on approuve son retour ou non, on ne peut que reconnaitre la justesse de cette réflexion: « De toutes les prisons, il en est une dont il ne sortira jamais vivant : Bertrand Cantat. », concluait JD Beauvallet dans l’interview poignante accordée aux Inrocks par l’ex-chanteur de Noir Désir, à jamais prisonnier de son nom. Nous ne nous appesantirons pas sur cet évènement qui a été traité selon nous, pleinement par les Inrocks, « avec complaisance » selon le Figaro, à vous d’en juger. L’éternel débat « Faut-il distinguer l’artiste de son œuvre? », nous le laissons aux lycées et aux philosophes de comptoirs. Parlons Musique

       « Horizons » est taillé dans le rock mais ciselé comme du cristal, l’album est souvent d’une noirceur carcérale mais ses moments de clarté en sont sublimés, toutes les chansons évoluent dans une tension renouvelée, soutenue par les cordes de Pascal Humberg et Catherine Graindorge, qui oscillent en permanence entre l’harmonie et la dissonance, imaginant aussi bien des paysages chaotiques que des tableaux intimes. L’album n’est pas à l’image de « Droit dans le soleil » morceau envoyé en éclaireur qui a fait l’unanimité par sa modestie (autant dans l’arrangement que dans les paroles) et par sa beauté pâle. Non l’album n’est ni un mea culpa massif, ni un petit retour timide: les amplis vibrent, les cordes se distordent, les voix s’écorchent, l’album est ce qu’il doit être, il vit.

Sur cet album, Cantat démontre encore sa capacité à insuffler à ses textes et à ses mélodies une tension presque pesante qui file des frissons et change ce qui pourrait être de simples balades en fresques quasi épiques. L’exemple parfait sont les sœurs ennemies que constituent « Droit dans le Soleil  » et « Ange de Désolation ». Les deux sont des chansons à l’arrangement simpliste et aux textes volontairement poétiques, l’une met l’accent sur la sensibilité  et l’autre sur la passion mais les deux donnent une impression de densité, de non-dit, comme le hors champ au cinéma, on sent qu’il y a plus que ce qu’on nous donne à voir. Cette impression de vécu dans les chansons atteint assez logiquement un climax dans « Horizon » chanson que Bertrand Cantat a décidé de consacrer frontalement à la prison. Jamais la prison n’a été racontée d’une telle manière, Cantat la chante, la crie, il découpe les syllabes au couteau de chasse, extrayant la poésie et l’espoir de paroles d’angoisses, de culpabilité et de solitude.

L’attachement de Bertrand Cantat aux guitares abrasives et aux riffs sans concessions transpire encore dans cette album (pour notre plus grand plaisir). »Le creux de ta main » sonne comme un hommage nostalgique à ces années où tout était encore ici et où Noir dés’ se déchainait devant des millions d’hommes pressés, c’est presque plus triste que les plus larmoyantes balades de l’album, comme une larme acide roulant sur la joue mal rasée d’un punk de 40 balais. « Ta majesté » est, sur un riff hypnotique de basse, une bien plus pertinente réponse aux envies de révolte sous sous-jacentes de 2013.

       Cantat signe son retour avec panache et trempe sa plume dans son sang, c’est son être le plus profond qu’on perçoit à travers cet album. On dit que quoi qu’un peintre peigne il fera toujours un autoportrait, c’est d’autant plus vrai avec la musique où les artistes les plus pudiques se mettent à nus, exposant à l’air libre leurs nerfs à vifs, leur névroses les plus honteuses, leurs obsessions. « Avec le temps » clôt l’album, cette reprise dissonante de Léo Ferré substitue à la tristesse infinie de l’interprétation de l’insoumis, un chaos noir, étriqué et grandiose comme on a rarement l’habitude d’en entendre. Quand on connait la relation de Bertrand Cantat avec les textes de Ferré, on comprend que « Horizons » c’est un road trip introspectif, un voyage dans les méandres de l’âme humaine, une catharsis.

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