NEWSYOUNG
Now Reading:

Dieudonné: « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté »

Une semaine après les attentats terroristes à Charlie Hebdo et à l’Hyper-Casher de la Porte de Vincennes coûtant la vie à 17 citoyens français, le polémique Dieudonné a été placé en garde à vue pour « apologie du terrorisme ».

En effet, après la marche réunissant plus de quatre millions de français, il déclarait sur sa page Facebook se sentir « Charlie Coulibaly » faisant ainsi référence à Amedy Coulibaly, le preneur d’otage et tueur de l’épicerie casher. Suite à ces propos qui ont scandalisé le premier ministre Manuel Valls, farouche opposant de l’ « humoriste » et le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve, une enquête a été ouverte.
Dieudonné M’bala M’bala – qui n’en est pas à sa première provocation – a été placé en garde à vue ce mercredi 15 janvier. Il sera convoqué au tribunal correctionnel le 4 février, selon son avocat Maître Mirabeau. Après avoir supprimé sa publication, il a posté sur sa page Facebook une lettre destinée au Ministre de l’Intérieur où il justifie l’association des deux noms par son sentiment d’être traité comme un terroriste tel que Coulibaly alors qu’il ne se sent pas différent de Charlie, lui aussi porteur de la liberté d’expression.

La « Liberté » a ses limites

De nombreux internautes ont dénoncé cette garde à vue par le biais de mots-dièses tels que #JenesuispasCharlie ou #JesuisDieudonné pour exprimer leur incompréhension.
« Pourquoi la liberté d’expression est-elle évoquée lorsque Charlie Hebdo représente le prophète Mahomet alors que Dieudonné est censuré ? » est le genre d’interrogations redondantes sur les réseaux sociaux, pointant ainsi du doigt une liberté qui serait à double vitesse.

La réponse à cette question est donnée par la loi. La liberté d’expression est une liberté portée par la Révolution française, ancrée dans les racines de notre pays. Pourtant elle présente des limites. Aucune liberté n’est absolue, comme André Maurois le disait « Les abus de liberté tueront toujours la liberté ».

L’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 proclame la liberté d’expression mais en énonce aussi ses limites :
« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. »

La liberté d’expression peut donc se soumettre à des restrictions qui appartiennent principalement à deux catégories : l’injure et la diffamation d’un coté et l’incitation à la haine de l’autre, comprenant le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie ainsi que l’apologie du terrorisme.
La liberté n’est donc pas le fait d’agir sans contrainte. Dieudonné étant accusé d’ « apologie publique d’actes de terrorisme » cela ne peut donc plus être considéré comme de la liberté d’expression. Depuis la loi du 14 novembre 2014 sur « la lutte contre le terrorisme », le délit d’apologie d’un acte terroriste est inscrit dans le code pénal avec la possibilité de passer en comparution immédiate devant la justice.
Pour rappel, l’apologie publique d’actes de terrorisme est passible de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 € d’amende. La propagation de ces messages sur Internet porte, elle, les peines à sept ans d’emprisonnement et 100 000 € d’amende d’après l’article 421-2-5 du code pénal.

Dieudonné n’est pas Charlie

Ce pourquoi Dieudonné est poursuivi est différent de ce que faisait et continuera de faire le journal Charlie Hebdo. Les caricatures du prophète sont de l’ordre du blasphème, tout comme le sont certaines caricatures sur le catholicisme ou le judaïsme. Le blasphème est défini comme une « parole ou un discours qui outrage la divinité, la religion ou ce qui est considéré comme respectable ou sacré » Cela touche l’idéologie et non les citoyens qu’ils soient chrétiens, musulmans ou juifs. Les articles 10 et 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen suppriment la notion de blasphème du droit français, réintroduite sous la Restauration, elle est supprimée définitivement par la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. En droit, même si les caricatures de Charlie Hebdo ont souvent fait du bruit et entraînées des protestations, elles sont parfaitement légales. C’est ce qui les différencient fondamentalement des propos de Dieudonné.

Le plus choquant dans cette ultime provocation est que les derniers évènements semblaient avoir soudé les français de manière exceptionnelle. Les quatre millions de citoyens qui ont marché dimanche 11 janvier représentent un espoir pour la France. Sous ces mots : « Je suis Charlie » se trouve représentée l’union des citoyens et l’exaltation de l’appartenance à la nation française. Pourtant derrière ce beau tableau, se dressent des zones d’ombres. Cette semaine, 54 procédures ont été ouvertes pour apologie du terrorisme. Sur twitter, des mots-dièses comme  #JenesuispasCharlie représentent cette bile infâme.
Dans cette histoire, Dieudonné participe à cette odieuse haine. Il clive la société et attise les tensions alors que l’unité nationale est de rigueur.
La plupart de ses contradicteurs diront qu’il faut arrêter de parler de lui pour qu’il soit oublié, mais ce qui reste le plus inquiétant sont ses ardents défenseurs, qui boivent ses paroles, participent et l’encouragent à se représenter en martyr. Martyr d’un gouvernement qui serait prêt à tout pour le faire taire, lui qui a le courage de dire ce que les autres pensent tout bas.
S’il est évident que la pensée unique est un fléau et que le débat participe à la démocratie, ici les limites ont vraisemblablement été dépassées.

Share This Articles

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Input your search keywords and press Enter.