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Dilma Rousseff réélue : la gauche restera au pouvoir au Brésil

Dilma Rousseff réélue : la gauche restera au pouvoir au Brésil

Résultat annoncé aux alentours de 20h au Brésil, soit approximativement vers minuit en France : Dilma Rousseff, candidate sortante, est réélue Présidente de la République du Brésil avec 51.64% des voix. Décryptage des tenants et aboutissants de ce scrutin, qui par ailleurs est très révélateur de la situation politique, économique et sociale au Brésil.

Premièrement, il faut mentionner que le scrutin fut très serré : 51.64% pour Dilma Rousseff, Présidente sortante, candidate du Parti des Travailleurs (PT : Partido dos Trabalhadores), et 48.36% pour son rival Aécio Neves, candidat du Parti Social-Démocrate (PSDB : Partido da Social Democracia Brasileira). Ce fut le scrutin le plus serré de l’histoire de la démocratie brésilienne, après la dictature militaire, qui dura de 1969 à 1985. Les seules élections comparables seraient celles de 1989, où Lula avait perdu de cinq points face à Fernando Collor de Melo, comme nous l’indique le quotidien Brésilien O Globo.

Par ailleurs, ces élections de 2014 opposaient deux « modèles ». D’un côté,  Dilma Rousseff, candidate socialiste, au pouvoir depuis 2010, candidate portée par le milieu ouvrier et la partie la plus pauvre de la population Brésilienne. Elle est la candidate des réformes sociales et s’inscrivait dans les pas de son charismatique prédecesseur Luiz Inácio Lula da Silva, qui bénéficiait lui d’un immense soutien de la part des couches populaires. Dilma Rousseff bénéficia aussi de son soutien lors de son élection il y a quatre ans, mais celui-ci s’est aujourd’hui quelque peu essouflé, d’où la courte avance obtenue par Rousseff hier soir. De l’autre côté,  Aécio Neves, candidat libéral, était soutenu par la partie un peu plus aisée de la population, majoritairement concentrée dans le sud du pays, candidat des réformes économiques. En effet, l’économie est l’un des points noirs du bilan de Dilma Rousseff : si le taux de chômage est revenu à 7%, son plus bas historique depuis de nombreuses années, la croissance n’est plus ce qu’elle était durant les années 2000. Le Brésil connaît aujourd’hui une situation de « stagflation », c’est-à-dire de croissance faible, combinée à une forte inflation. Mais la candidate sortante pouvait à l’opposé de cela se vanter de son bilan sur le plan social : le chômage a connu une diminution sans précédent, et l’on estime que la politique du gouvernement brésilien ces dernières années a permis à 40 millions de Brésiliens de sortir de la pauvreté. Par ailleurs, elle fut l’initiatrice de programmes très appréciés par la population, telle la « Bolsa Familia » (Bourse Familiale).

Le Brésil apparaît donc aujourd’hui comme un pays divisé, en témoigne la très courte avance de la candidate du PT face à son rival social-démocrate. Schématiquement, on pourrait séparer le nord « pauvre » du sud plus aisé (ne disons pas riche, car ce serait pour le coup oublier les 65% de jeunes au chômage, les seulement 8% de jeunes dans l’enseignement supérieur à São Paulo, avec un salaire minimum au Brésil d’environ 700 reais, soit un peu moins de 300€, alors que le PIB Brésilien est comparable à celui de la France avec 2300 Milliards de dollars). Le pays est donc divisé, certes, mais ce n’est pas tant une division politique qu’une division sociale : les inégalités sociales creusent le gouffre entre les différentes classes de la population et entraînent pauvreté et insécurité. Elles sont les défis majeurs que le pays devra relever s’il veut effectivement s’imposer comme un pays leader dans l’économie mondiale. On peut par ailleurs penser que les fractures sociales sont une des causes de la division politique. Ainsi, si elle veut retrouver une confortable majorité, Dilma Rousseff devra encore et toujours miser sur le côté social de sa politique. Mais ceci prévoit de se révéler de plus en plus compliqué, quand l’économie se ralentit et que la croissance devient stagnante : comment alors financer les dépenses publiques ? Réside ici le délicat exercice d’équilibriste auquel Dilma Rousseff devra faire face lors des quatres années à venir.

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Etudiant à Sciences Po Paris, et en Droit à Paris II - Panthéon Assas. J'aime la politique, l'économie, le droit, la philosophie, et tout ce qui peut me permettre de comprendre un peu mieux ce qui se passe dans notre monde qui tourne de moins en moins rond.

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