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Discours de politique générale : un bilan à nuancer

Discours de politique générale : un bilan à nuancer

C’est dans un contexte plutôt sombre que le Premier Ministre Manuel Valls s’est exprimé, mardi à 15h, devant l’Assemblée. Les scandales et autres événements déplaisants se sont en effet succédés ces derniers temps, au sein de la majorité : Le départ de l’aile gauche du gouvernement, le secrétaire d’Etat Thomas Thévenoud atteint de phobie administrative, l’ex-première dame accusant son  ancien compagnon de ne pas aimer les pauvres, le déficit revu à la hausse. Dans une telle ambiance, il n’est pas surprenant de voir du mouvement dans l’aile gauche du PS, qui était le danger du vote de confiance. C’est là qu’était tout l’enjeu du discours de politique générale.

Le ton est donné dès le début. «Dans ce moment de vérité pour la France je viens rechercher votre action pour poursuivre notre action». Aucune surprise donc, car « poursuivre notre action », est en quelques sortes une autre formulation de « maintenir notre cap ». Malgré les bouleversements de ces dernières semaines, l’objectif est toujours le même : assumer une politique économique libérale qui ne pourra être bénéfique que sur du long terme. En commençant ainsi, le Premier Ministre se lance un défi de taille. Obtenir la confiance, autrement dit assurer le vote positif des députés potentiellement frondeurs, en affirmant que ce contre quoi ceux-ci protestent n’est pas prêt d’être modifié.

C’est donc dans ce but que le discours est dirigé, c’est l’angle choisi par Manuel Valls : Convaincre en assumant.  Et il prend des risques. Au bout de trente minutes, il déclare par exemple que « ce sont les entreprises qui créent les richesses », obtenant ainsi les applaudissements bruyants et sincères des députés UMP.

Néanmoins, le but étant de réunir le groupe PS pour le vote de confiance, Valls n’oublie à aucun moment que la gauche du parti est l’enjeu principal du discours.

Ainsi, à cette volonté d’assumer, Valls lie avec force le concept de responsabilité. « Nous gouvernons, c’est un honneur et une immense responsabilité ». La responsabilité d’un gouvernement qui se doit d’affronter solidement les problèmes qui lui font face. La responsabilité des membres d’un parti qui se doivent de se soutenir mutuellement, dans le même objectif.

A cela s’ajoute rapidement l’idée que la politique menée n’est pas une politique d’austérité. « Jamais moins d’Etat, toujours mieux d’Etat » ; « Nous ne faisons pas de l’austérité » Il promet qu’il n’y aura plus « ni hausse d’impôt, ni économie budgétaire ». En présentant l’austérité comme l’ennemi de sa politique, il rassure progressivement les abstentionnistes PS potentiels.

Il insiste enfin sur l’unité qui doit être celle du parti socialiste. « Nous devons nous rassembler autour des valeurs que nous partageons tous ». De cette façon, il finit de rallier la gauche entière, continue d’affirmer que la politique menée doit être approuvée par le parti dans son ensemble. « Ce qui nous unit est bien plus fort que ce qui nous distingue. C’est une gauche moderne, qui a le courage de gouverner. » Cette phrase aux allures de sentence irrévocable provoque d’ailleurs les huées dans la droite de l’Assemblée – ce qui ne fait que lui donner plus d’ampleur, son objectif étant de faire de la gauche un bloc solide face une opposition qui nécessite d’être combattue.

C’est l’ambiguïté qui a donc été le fil rouge du discours de politique générale de Manuel Valls. Une ambiguïté qu’on peut qualifier d’équilibre fragile, le Premier Ministre ayant tenté d’allier deux idées : celle d’assumer la politique économique libérale menée, et celle de rassembler la gauche dans son ensemble – on retrouve d’ailleurs cette ambiguïté dans la forme, le discours préparé ayant été beaucoup plus modéré que les réponses aux questions posées dans l’Assemblée.

Deux idées dangereusement contradictoires, ce qui s’est ressenti dans le résultat final du vote. On retrouve en effet cet équilibre fragile dans le compte des voix.

269 voix pour, 244 voix contre, 31 abstentions.  Une victoire à nuancer, car le oui n’a pas eu la majorité absolue. Le nombre d’abstentionnistes PS a triplé par rapport au précédent vote de confiance, en avril, sans doute en raison des récents événements ayant déstabilisé la majorité. En outre, avec 269 votes positifs sur 577 députés, la majorité est simplement relative, ce qui n’était arrivé qu’une seule fois durant la Ve République – pendant le mandat de Georges Pompidou. On peut donc conclure, à l’issue de ce vote, que les députés qui approuvent entièrement la politique du gouvernement sont minoritaires.

Le bilan à présenter se doit d’être très nuancé. Il serait facile de déclarer que cette majorité seulement relative atteste d’une défection importante du parti socialiste vis-à-vis de la politique menée. Inversement, il serait naturel d’expliquer que cette majorité suffit pour montrer le soutien de la gauche au pouvoir exécutif.

Mais la conclusion à tirer est différente. Le Premier Ministre a pris un risque important en basant son discours sur la direction maintenue du gouvernement. Il a également insisté sur l’unité qui devait caractériser la gauche en France. Cet équilibre, précaire, ne l’a pas empêché de réussir à obtenir la majorité nécessaire à la poursuite de sa politique. Sans doute aurait-il pu obtenir plus de voix, et légitimer davantage son action, mais cela aurait été basé, soit sur un mensonge, soit sur un changement de cap, ce qui n’est absolument pas, semble-t-il,  l’optique de nos dirigeants actuels.

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