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Dix pour cent : quand les agents artistiques sont mis à l’honneur

Culture / Récents / 5 mai 2017

La multiplication des écrans télévisées et des plateformes de vidéos à la demande ont fait naître un nombre considérable de séries. Il y en a pour tous les goûts : des fictions policières, des sitcoms, de la science-fiction… Et les plus productifs sont les américains. Mais en France, on sait y faire ! Certes, nous ne sommes peut-être pas les meilleurs dans le domaine mais notre originalité se démarque totalement de ce qui se fait habituellement. C’est pour cela que je vous propose aujourd’hui de traiter d’une série – qui connait un succès phénoménal – proposant un concept pour le moins original : « Dix pour cent ».


Le concept : raconter le quotidien d’agents artistiques ayant – par moment – des complications sur la gestion des contrats de leurs clients, de leur agence ou encore de leurs vies privées. D’où le titre de la série justement, le « Dix pour cent » correspond au pourcentage que les agents touchent sur le cachet d’un artiste. Le processus est donc inversé puisque les agents deviennent alors « acteurs », ce sont eux qui sont mis en avant. Quant aux artistes qui apparaissent dans chacun des épisodes, ils jouent leurs propres rôles. En fait, c’est une mise en abyme de la réalité à travers la fiction. C’est donc une réalité fictionnelle : une fiction qui s’inspire du réel, se faisant passer pour réelle. Le concept est juste dingue quoi ! Pour ma part, j’ai immédiatement adhéré – bien que j’ai découvert cette série sur le tard.

« Chaque jour, Andréa, Mathias, Gabriel et Arlette, agents dans l’agence artistique ASK (Agence Samuel Kerr), jonglent avec de délicates situations et défendent leur vision du métier. Ils mêlent savamment art et business. Vie privée et vie professionnelle en viennent à se croiser.

Tout en se débattant pour sauver leur agence secouée par la mort subite de son fondateur, les quatre agents nous entraînent dans les coulisses du monde sauvage de la célébrité, où le rire, l’émotion, la transgression et les larmes se côtoient constamment. »

 Je n’ai non pas découvert « Dix pour cent » à la télévision lors de sa diffusion sur France 2, mais lors d’un cours d’analyse de scénarios télévisés en janvier dernier. L’objectif était d’analyser la construction de l’épisode pilote de la première saison. Comme beaucoup, j’associe souvent les productions françaises à certains stéréotypes. Je ne m’attendais absolument pas à apprécier cette production télévisuelle. Croyez-moi, j’ai été sidéré par sa grande qualité. Depuis, je n’avais pas pris le temps de visionner le reste de la saison. Ce n’est que tout récemment – lorsque la saison 2 a débutée – que j’ai décidé de m’y remettre. À l’heure où j’écris ces lignes, j’ai fini la première saison et ai presque terminé la deuxième – les deux derniers épisodes n’ont pas encore été diffusés.

Cette série est totalement novatrice dans le sens où elle nous propose quelque chose d’entièrement différent avec un aspect réel. Bien que ce soit romancé, nous suivons quatre agents artistiques au sein d’une boîte proche de la faillite de par la mort de son fondateur – et ce, dès la fin du pilote.

fanny-herrero-creatrice-de-dix-pour-cent-avec-la-saison-2-tire-les-fils_0En termes de personnages, il me semble nécessaire de les caractériser. Je ne développerai que sur les agents artistiques. Nous avons tout d’abord Mathias Barneville (joué par l’imminent Thibault de Montalembert), un agent sans scrupules et peu apprécié de ces associés. Il n’hésite pas à mentir à ses clients pour satisfaire ses besoins et son compte bancaire. Nous continuons ensuite avec Andréa Martel (interprétée par Camille Cotin). Elle possède un fort caractère et rentre souvent dans le conflit. Elle se bat pour ses clients, pour ses convictions et ne met pas de gant pour dire ce qu’elle pense. C’est un personnage qui plaît à beaucoup de monde. Nous avons également Arlette Azémar (Liliane Rovère) qui – je dois bien le dire – est assez en retrait. On ne sait pas grand-chose sur elle finalement. C’est une femme qui a également du caractère, mais qui se comporte de manière plus diplomate qu’Andréa. Et enfin, nous avons mon personnage préféré : celui de Gabriel Sarda – qui est joué par Grégory Montel. On sent que c’est quelqu’un de sympathique, qui favorise l’honnêteté au mensonge, qui cherche à éviter le conflit et qui partage de vraies relations amicales avec ses clients. Il n’agit pas par intérêt. Et lorsqu’il ment, on sent qu’il le fait parce qu’il n’a vraiment plus le choix et qu’il ne le fait pas par plaisir. Des quatre agents que nous suivons, Gabriel est le plus humain. C’est celui en qui n’importe lequel d’entre nous pourrait se reconnaître.

Camille Cotin et Nicolas Maury (qui joue le rôle d’Hervé, assistant d’agent) sont les deux acteurs qui – à mes yeux – sortent vraiment du lot. D’ailleurs, l’interprète d’Hervé occupe un rôle nettement plus important dans la deuxième saison – ce dernier ayant tellement plu au public au cours de la saison une.

En outre, « Dix pour cent » nous offre une ribambelle de célébrités. Dans la première saison, nous avons eu droit aux apparitions de François Berléand, Joey Starr, Julie Gayet, Cécile de France ou encore Line Renaud. Pour la deuxième saison, ce sont les stars elles-mêmes qui ont demandées à participer tellement le succès de la saison précédente a été conséquent. Ainsi, nous y voyons – entre autres – Ramzy, Virginie Efira, Julien Doré, le YouTubeur Norman Thavaud ainsi que le fameux Fabrice Luchini.

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On ne sait en aucunes façons si ce qui est dit sur ces artistes dans la série est vraie. Il est difficile de démêler le vrai du faux. Mais ce qui est certain, c’est que les artistes acceptent de jouer des travers qu’on leur prête. Ils jouent leurs propres rôles mais de manière caricaturale. L’autodérision occupe un rôle non-négligeable dans « Dix pour cent ».

Cette série française nous permet de prendre conscience du travail monstre réalisé par les agents artistiques. Ce sont eux qui se battent pour que les acteurs-actrices se retrouvent dans le long-métrage de tel ou tel réalisateur. Exemple tout bête, dans le deuxième épisode de la nouvelle saison, l’agent Gabriel essaie de placer Norman dans un rôle dramatique afin de casser son image de YouTubeur. Ce n’est qu’une histoire, qu’une fiction. Mais le scénario s’inspire du réel puisque ce genre de chose se produit assez souvent. Lorsqu’un acteur est catalogué dans un rôle, c’est au travail de son agent artistique de « casser » son image. Finalement, cette série nous place dans l’envers du décor ! On comprend à quel point ce peut être difficile pour les agents de manager leurs clients car ils doivent gérer absolument tout – notamment les galères personnelles de stars – et doivent également se démener pour leur obtenir les meilleurs rôles. À travers la série, on découvre à quoi correspond ce métier qui peut paraître obscur pour ceux qui ne sont pas initiés. C’est une profession délicate, un oubli de leur part ou un mauvais choix peut se transformer en catastrophe. Chose qui arrive d’ailleurs dans la série avec une erreur commise par Mathias il y a des années concernant le scénario d’un jeune réalisateur envoyé à Isabelle Adjani. À l’inverse, la bonne rencontre et les bons choix peuvent être synonymes de jackpot.

assaad « Dix pour cent » permet par la même occasion de casser les stéréotypes que l’on peut avoir sur le métier d’agent. Car non, un agent ne se préoccupe pas que de l’argent et des contrats. Ce qui prime avant toute chose, c’est la confiance. La confiance entre un agent et son artiste est primordiale. On peut donc se demander pourquoi le réel est si perceptible au sein de cette production sérielle ? Eh bien je pense que c’est parce que l’idée originale est née dans l’esprit de Dominique Besnehard et Michel Feller, qui ont été agents et qui – de surcroît – connaissent bien ce milieu assez complexe. Du coup, bien que la série soit énormément romancée, c’est logique que l’on retrouve une part d’authenticité : on croit à ce que l’on voit, rien ne sonne faux. Entre négociateurs et conseillers, les agents d’ASK disposent de différentes casquettes qu’ils changent en permanence.

En somme, « Dix pour cent » est ce qui se fait de mieux en termes de séries françaises depuis longtemps. Parfois elle peut surjouer, emprunter la mauvaise route ou proposer une intrigue – le temps d’un épisode – qui semble légèrement moins intéressante qu’à l’accoutumée, mais cette production audiovisuelle ne manque pas d’authenticité. « Dix pour cent » ne ridiculise personne, bien au contraire. Malgré la romance, la série produite par France 2 tente de rester au plus proche du réel et de montrer le véritable défi qu’est d’être agent artistique. Le casting joue beaucoup sur le succès de la série tant ce dernier est à la hauteur. Si on peut reprocher à Norman de ne pas être totalement crédible – y compris dans son propre rôle – la plupart des artistes invités sont excellents. Ils se prêtent totalement au jeu et font vivre la série. « Dix pour cent » joue avec les codes ainsi que les idées reçues afin d’offrir une visibilité accrue sur les dilemmes que nous ignorons. Les dialogues sont parfaitement bien écrits, on ne s’ennuie pas une seule seconde. Pour ma part, les intrigues secondaires – essentiellement liées aux agents – sont très intéressantes. Ce que j’aime par-dessus tout dans « Dix pour cent », c’est l’inversion du processus – comme j’ai pu le dire en début d’article – puisque les agents deviennent « acteurs » malgré eux.

La première saison est disponible sur Netflix et la deuxième est actuellement en cours de diffusion sur France 2 depuis le 19 avril.

Je vous conseille vivement de regarder cette série télévisée, ne serait-ce que par curiosité. Les thématiques abordées sont originales. Le concept de la série est sincèrement novateur et est très bien traité.


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Alexis Augusto
Étudiant en licence "Information et Communication" à Paris VIII. Passionné par le cinéma, les nouvelles technologies, la science-fiction et - de manière plus générale - par la culture dans son ensemble.




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