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Ebola : les raisons de ne pas paniquer

Ebola : les raisons de ne pas paniquer

« Course contre la mort », « seuil des 10 000 cas dépassé », « le bilan se rapproche des 5000 morts », « première infection aux Etats-Unis », « le Canada ferme ses frontières », « des dizaines de personnes placées en quarantaine », « risques de pandémie »… : à en croire les médias occidentaux depuis plusieurs semaines, l’épidémie d’Ebola qui touche actuellement l’Afrique de l’Ouest serait sur le point de s’étendre et de contaminer le monde entier, telle une peste noire du XXIème siècle. Mais pourquoi ce virus inquiète-t-il tant, et surtout est-il si dangereux qu’on le pense ?

Pourquoi Ebola fait si peur

Si Ebola est aussi effrayant, c’est principalement à cause de son taux de mortalité : Ebola tue entre 60 % et 90 % des personnes qu’il infecte. Par comparaison, la grippe saisonnière, bien plus mortelle qu’Ebola puisque responsable de plus de 300 000 décès par an dans le monde, a un taux de mortalité mille fois inférieur, environ 0,087 %.

La maladie provoquée par Ebola est fulgurante : les premiers symptômes (fièvre, maux de gorges, fatigue) sont ceux d’une simple grippe, puis, environ deux semaines après l’infection, le malade souffre de vomissements, de diarrhées, et d’hémorragies internes et externes, qui généralement entraînent une perte de conscience, puis la mort.

Le virus Ebola a un mode d’action extrêmement pervers : comme tous les virus, il entre dans les cellules de l’organisme et en prend le contrôle, les forçant à produire des clones de lui-même ; mais il les fait aussi complètement dérailler, et elles se mettent à expulser des toxines qui perforent les vaisseaux sanguins, entraînant les hémorragies. De plus, Ebola s’attaque principalement aux globules blancs, ces cellules dont le rôle est justement de défendre l’organisme contre les microbes : résultat, le système immunitaire est affaibli, et le virus se reproduit de plus belle.

Autre sujet d’inquiétude : la transmission. Contrairement à d’autres maladies, Ebola ne se transmet pas par l’air, mais par les fluides corporels (sang, urine, selles, vomissures, salive, sueur). Si aucune précaution n’est prise, les proches s’infectent en prenant soin du malade, ou lors des funérailles, la tradition dans les pays touchés voulant qu’avant l’enterrement, la famille se retrouve autour du cadavre et le touche et l’embrasse pour l’accompagner vers l’au-delà.

Enfin, les images de l’épidémie contribuent à la panique générale : les visions de médecins et d’infirmiers en combinaisons étanches, munis de masques respiratoires, rappellent immédiatement tous ces films épidémiologiques plus ou moins zombiesques, tels Contagion (2011) ou World War Z (2013). Cette épidémie rappelle aussi les grandes pandémies de l’histoire, comme la peste noire ou la grippe espagnole de 1918, qui avec ses 100 millions de victimes, reste encore aujourd’hui la plus grande épidémie que le monde ait jamais connue.

Ebola semble donc invincible, et on pourrait se laisser aller à la panique ambiante… Mais non, car voici les raisons pour lesquelles Ebola ne dégénénera PAS en pandémie mondiale.

Pourquoi Ebola ne contaminera pas le monde


Parce qu’Ebola tue entre 60 % et 90 % des personnes qu’il infecte. Eh oui, étonnamment, la principale cause d’inquiétude est aussi la principale raison pour laquelle Ebola ne peut pas se développer à l’échelle mondiale. Imaginez que vous soyez un virus : avez-vous plutôt intérêt à tuer votre hôte le plus rapidement possible ou à le laisser contaminer le plus de personnes possible ? Evidemment, la deuxième solution est la bonne : ainsi, le haut taux de mortalité d’Ebola est ce qui l’empêche de se propager rapidement. Et tant mieux.

Parce qu’Ebola n’est transmissible qu’une fois que la maladie est visible. Cela signifie qu’une personne infectée n’est pas contagieuse tant qu’elle n’a pas développé de symptômes. Et comme ces symptômes la forcent généralement à rester chez elle clouée au lit, la transmission de la maladie s’en trouve grandement limitée, surtout si des mesures de confinement sont prises. Il est donc important de détecter très tôt les symptômes d’Ebola et d’isoler les malades, mais il n’y a cependant aucun risque d’attraper Ebola au contact d’un étranger dans la rue (même s’il transpire).

Parce qu’Ebola est très peu contagieux, malgré sa réputation. Et ce principalement parce que, comme nous l’avons vu, il ne se transmet que par les fluides corporels. En septembre, des biomathématiciens et des statisticiens américains ont réussi à estimer le R0 de l’épidémie. Mais le R0, kézako ? C’est le taux de reproduction de base (ou plus simplement taux de contagion) d’une maladie, et il désigne le nombre de personnes qu’un individu infecté est susceptible de contaminer jusqu’à sa mort ou sa guérison. Et bien sachez que le taux R0 d’Ebola a été estimé à entre 1,4 et 1,9, soit deux fois moins que celui de la grippe espagnole de 1918 (R0 = 4), six fois moins que celui du VIH (R0 = 10,6) et dix fois moins que celui de la rougeole ou de la coqueluche (R0 = 18). Parmi les principales maladies infectieuses, Ebola est celle qui possède le R0 le plus faible, avec l’hépatite C.

Parce que le Nigera a réussi à vaincre Ebola. Le virus est arrivé au Nigeria en juillet dernier, avec Patrick Sawyer, un Libérien-Américain qui a ramené la maladie du Liberia. Mort peu de temps après avoir atterri à Lagos, il a cependant eu le temps de contaminer plusieurs personnes. Au total, 19 cas ont été recensés au Nigeria, et dont 8 sont décédés des suites de la maladie. Mais depuis le 31 août, aucun nouveau cas n’a été signalé, et le virus a officiellement disparu du pays le 20 octobre. Comment le Nigeria a-t-il réussi à se débarrasser d’Ebola ? Il faut dire que le pays est l’un des derniers foyers endémiques de la polio, et lutte toujours contre cette maladie. Le Nigeria est donc habitué à faire face rapidement à une épidémie, et un dispositif médical d’urgence a été mis en place pour soigner et confiner les patients infectés, permettant rapidement de bouter Ebola hors du pays. L’exemple du Nigeria nous révèle une chose, c’est qu’il est possible de vaincre Ebola : si le Nigeria, un des pays les plus pauvres du monde, l’a fait, alors nous, pays occidentaux, pouvons le faire.

Bref, vous pouvez dormir tranquille, Ebola n’a aucun risque de se propager en Occident. Mais en Afrique de l’Ouest, la pandémie est une réalité : à la publication de cet article, on recense plus de 10 000 cas et près de 5000 victimes en Sierra Leone, en Guinée et au Liberia.

Aujourd’hui, tous les efforts doivent être concentrés sur la recherche d’un vaccin, tout en limitant la psychose ambiante, à l’image de la politique de double reassurance menée par le Royaume-Uni depuis la semaine dernière : s’attaquer à la maladie à la source, en envoyant des médecins dans les pays touchés, et rassurer la population en communiquant sur les véritables risques encourus.

N’oublions pas non plus que cette épidémie, qui sévit depuis décembre 2013, n’a (étonnamment) jamais fait autant parler d’elle depuis que le virus a touché l’Occident. Des milliers d’Africains meurent, et personne ne réagit ; un Américain tombe malade, et le monde entier panique.

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Etudiant en double cursus "Sciences et sciences sociales" à Sciences Po Paris et à l'Université Pierre et Marie Curie. Passionné de politique et de nouvelles technologies.

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