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Ecologie : Quand l’Afrique donne des leçons à l’Europe

Ecologie : Quand l’Afrique donne des leçons à l’Europe

La Namibie a agi en pionnière en inscrivant la protection de l’environnement dans sa Constitution. Des projets novateurs reliant tourisme et développement durable s’avèrent riche d’enseignements pour une Europe qui peine à faire de l’écologie une priorité. 

De récentes manifestations ont remis au devant de la scène médiatique les inquiétudes de la population concernant le changement climatique et la forte résistance de l’Etat à y répondre. De même, le projet d’un aéroport à Notre-Dames-des-Landes a soulevé une opposition d’abord locale puis d’ampleur nationale qui a mis des années à être entendue par le gouvernement.

La réticence des Etats à s’entendre pour prendre des mesures efficaces et volontaristes visant au moins à une stabilisation du réchauffement climatique pourra-t-elle se maintenir longtemps malgré les sombres prévisions des scientifiques ? L’écologie ne peut plus être associée à une politique loin des réalités, portée par quelques babas cool qui font rouler leur voiture au carburant végétal.

Miguel Arias Cañete, ancien ministre espagnol de l’agriculture vient d’être nommé Commissaire du Climat et de l’Energie (10/09/2014), en dépit des liens étroits qu’il a entretenu avec deux entreprises pétrolières. C’est d’ailleurs sous son autorité qu’a été accordée l’autorisation d’exploiter du pétrole au large des îles Canaries. WWF- Europe, Greenpeace et les Amis de la Terre se sont insurgés contre sa nomination récente. L’ONG Avaaz a récolté 600 000 signatures lors d’une pétition en ligne pour tenter de peser sur la décision de l’Union Européenne, contre celui que beaucoup considèrent comme un « baron du pétrole ». Rien n’y a fait.

Mais si en Europe, les gouvernements croient pouvoir s‘offrir le luxe d’ignorer les questions environnementales, ailleurs les enjeux peuvent s’avérer beaucoup plus palpables et dramatiques dès aujourd’hui.

En Afrique, la désertification ne cesse de gagner du terrain. Liée à une croissance démographique très forte, cette raréfaction des terres cultivables entraîne une montée des tensions entre les communautés nomades et les communautés sédentaires. Cette question s’est illustrée notamment dans le conflit du Darfour que l’on peut considérer de ce point de vue comme le premier conflit directement lié au réchauffement climatique. C’est ce qui a pu amener Harald Welzer à écrire en 2009 dans Les Guerres du climat : « Un regard vers le Soudan est un regard vers l’avenir. »

Pourtant, il existe des exemples prouvant que loin d’être utopiste, le développement durable peut s’avérer créateur de richesse pour les populations locales et de prestige pour le pays. Illustration une fois encore en Afrique mais cette fois ci en zone australe.

Dès son indépendance en 1991, la Namibie inscrit la protection de l’environnement comme un droit fondamental dans sa Constitution. L’article 95 précise que « L’Etat doit promouvoir activement et maintenir le bien être de la population en adoptant une politique internationale ayant pour but : la maintenance des écosystèmes […] et de la diversité biologique namibienne, l’utilisation des ressources naturelles vivantes sur une base durable pour le bénéfice de tous les Namibiens présents et futurs ».

Comme de nombreux pays africains à l’économie fragile après des décennies de colonisation, le tourisme apparaît comme un apport non négligeable économiquement. La Namibie, pays des Parcs Naturels et des Conservatoires, a donc donné un signal fort en associant tourisme et environnement dans un même ministère : The Ministry of Environment & Tourism (MET).

Initialement, le respect de l’environnement était peu avantageux pour les populations locales qui n’avaient plus aucun droit sur la faune et la flore et se voyaient donc privées des revenus de la chasse sans pour autant profiter du flux touristique. Après cinq années de tensions entre habitants et gouvernement,  une nouvelle législation donne aux communautés le pouvoir de créer leurs propres Conservatoires. Créés et gérés par la communauté locale, ce sont des zones de protection de la faune dont les revenus liés au tourisme, mais aussi les opportunités de carrière, bénéficient à ces mêmes populations.

Au nombre d’une soixantaine aujourd’hui, seuls cinq Conservatoires sont autonomes financièrement. Les autres reçoivent l’aide d’ONG principalement mais sont sur la voie d’une autosuffisance d’après Linda Backer, fonctionnaire du MET, interviewée par Travelnews. Recouvrant 19% du  territoire (soit 130 000 km2) et regroupant 230 000 membres, ils font figures de pionniers dans l’écotourisme qui porte ses fruits sur les deux tableaux.

Environ 75 % des espèces mammifères africaines sont présentes en Namibie. La moitié des espèces namibiennes sont l’objet de programmes de conservation. Le programme de gestion des ressources naturelles en lien avec les communautés, qui règlemente ces parcs, a généré 42 Millions de dollars namibiens (soit environ 3 Millions d’Euros) en 2008.

La Namibie n’est pas peu fière. Intervenante majeure dans les débats sur le développement, modèle à l’influence mondiale pour ses approches novatrices liant lutte contre la pauvreté et conservation de l’environnement …

Certes la Namibie n’est pas l’Europe. Sa très faible densité de population, sa situation géographique relativement excentrée à l’écart des grands flux migratoires, le développement très récent de son tourisme ne peuvent en faire un modèle facilement transposable. Mais la volonté politique inscrite dans la Constitution de cette jeune démocratie et ses réalisations concrètes, doivent nourrir notre réflexion et sont autant d’expériences positives riches d’enseignement. En effet, c’est l’association d’un volontarisme à l’échelle nationale et la participation des populations autochtones à la fois actrices et bénéficiaires de ces conservatoires novateurs qui assurent la réussite de projets locaux, qui ont vocation à se multiplier. Ainsi l’expérience namibienne pourrait-elle être source d’inspiration pour la gestion de nos politiques environnementales.

Mais l’Europe est-elle prête à être l’élève de l’Afrique ?

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