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En guerre : nouveau coup d’éclat du réalisateur Stéphane Brizé

Laurent Amédès demeure, seule. Pour la première fois depuis longtemps, le silence. Calme pesant. Sa pensée vagabonde périlleusement, libre : heurts, cris, un combat … l’échec. Le regard perdu dans le vide, il se contente de rouler, se laisse porter. Son visage et ses traits préoccupés. Son expression apaisée. Les yeux fixes, dans un soupir inattendu, une larme perle sur sa joue. Seul, en silence, Laurent Amédès invite le lâcher-prise, accueille le soulagement teinté d’amertume. Il était En Guerre, et l’avait perdu.

Cannes 2018, tapis rouge et paparazzi : le film En Guerre s’invite sur la croisette. Stéphane Brizé raconte Agen, une usine en berne qui demain sera scellée. L’injustice exacerbe l’incompréhension du licenciement. Ainsi, la lutte pour la survie. Avec une intense simplicité, Vincent Lindon (Laurent) et Mélanie Rover (Mélanie) incarnent les leaders de cette offensive acharnée, véritable mouvement de solidarité.

Le métrage encercle le spectateur de son huit clos. À droite, à gauche ; Devant, derrière : les revendications des travailleurs acerbes. Cette tâche harassante est plus que complexe. Vectrice de discorde, elle engendre agitation, parfois division. La tension et le malaise sont omniprésents, moteurs d’une adrénaline enragée. Un rythme souligné minutieusement par une bande originale, drapant à la perfection la silhouette exclusive du film (de Bertrand Blessing).

À cela s’ajoute le naturel spontané du jeu de l’acteur. Vincent Lindon n’hésite pas à hausser le ton, employer un langage familier, bégayer de colère. Tant dis que Mélanie Rover nous délecte de son accent, ses expressions plus qu’authentiques. Corps et âmes sont employés à la tâche. Chaque protestation engendre un soulèvement physique, une fatigue morale. Le spectateur est conquis.

Sublimant le jeu de l’acteur, ondulant au rythme de la bande original : les prises de vues. Réalisées à la perfection, elles s’adaptent subtilement à chaque mouvement, donnant presque l’illusion d’un film amateur. La caméra en mode « Travelling » permet ainsi de suivre à la fois les personnages et l’environnement dans lequel ils évoluent. Tout ceci souligné par un cadrage harmonisant le tout : gros plans révélateurs d’émotions.

En Guerre a l’allure d’un grand. Il évoque la frontière précaire entre solidarité et division. Il invite à la compassion. Convie à la projection. Et, avec beauté et tristesse éperdues, il prouve mille fois que « Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà tout perdu » (Bertolt Brecht – citation du générique).

 

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