Salut ! Salut !

En purgeant l’AppStore, la Chine étouffe l’info

International / Médias / Récents / 18 août 2017

La Grande Muraille de Chine vient encore de s’étendre. Avec l’aide d’Apple cette fois-ci. Sous la pression gouvernementale, le géant du numérique a supprimé les VPN (Virtual Private Networks) de son kiosque d’applications, empêchant ainsi ses utilisateurs chinois de contourner la censure instaurée par le gouvernement chinois. Une nouvelle pour le moins critiquée par les défenseurs du droit à l’information à travers le monde qui accusent Apple de « valoriser ses profits plutôt que les droits humains ».

Parmi les critiques, celles d'Edward Snowden et du secrétaire général du parti libéral d'Hong Kong

Parmi les critiques, celles d’Edward Snowden et du secrétaire général du parti libéral d’Hong Kong.

La Chine, ce partenaire menaçant

L’on rappelle alors l’affaire du FBI en 2016 pour dénoncer l’hypocrisie de la firme de Tim Cook. Cette année-là, elle avait accusé une bataille juridique très médiatisée l’opposant à la police américaine. Cette dernière s’était vu refuser le droit d’explorer le contenu crypté des smartphones de suspects par Apple qui brandissait alors le « droit fondamental à la propriété privée ». La comparaison est toutefois à manier avec précaution. En effet, Apple aurait dû violer un contrat établi avec ses usagers pour répondre favorablement aux requêtes du FBI. Dans l’affaire des VPN en revanche, il n’existe aucune clause assurant le droit des usagers à accéder aux sites censurés par le gouvernement. Au contraire, l’entreprise est dans tous les pays sommée d’adapter ses pratiques, en rallongeant sa durée de garantie pour respecter la loi française par exemple.

Cette fois, la raison nationale est donc la meilleure. « Il faut se conformer aux lois locales », écrit d’ailleurs Apple aux développeurs de VPN pour expliquer son geste. Le risque encouru est trop dangereux ; représentant 62% de ses recettes, la Chine constitue le premier marché d’Apple. Or le pouvoir chinois n’hésite pas à agiter la menace économique. En septembre 2016, il avertissait qu’il pourrait mettre un terme aux importations d’iPhone si Donald Trump, alors candidat aux présidentielles américaines, ne cessait d’insulter la Chine. Face à des menaces économiques réelles, Apple s’est donc déjà pliée à ce gros client en avril 2016 en fermant ses applications iTunes Movies et iBooks.

Tim Cook tient par ailleurs à éviter un procès devant la justice chinoise, avec laquelle il a déjà des précédents. En 2016 toujours, la firme a ainsi essuyé trois plaintes majeures pour motifs de violation de brevet, d’utilisation frauduleuse de marque et de distribution illégale de contenu multimédia.

Les prudences économiques d'Apple le rendent-elles complice du pouvoir chinois ?

Les prudences économiques d’Apple le rendent-elles complice du pouvoir chinois ?

Considérant ces risques, Apple a donc cédé aux revendications du gouvernement qui avait lancé en janvier dernier sa traque aux VPN, ces connexions inter-réseau permettant de générer des connexions cryptées et sécurisées entre les internautes et les sites qu’ils visitent et qui rendent impossible l’interception des communications. Dans une stratégie plus large de contrôle d’internet et d’accès à l’information – le Great Firewall – le pouvoir chinois avait alors légiféré sur ces « réseaux privés virtuels » en leur imposant un contrôle préalable à leur mise en service dans le pays. Un contrôle fatal pour nombre de ces réseaux qui permettaient jusqu’alors de contourner la censure chinoise. Permettant à leurs utilisateurs de se connecter à des sites tels que Google et à des médias étrangers interdits par le gouvernement chinois, VyprVPN, ExpressVPN et leurs concurrents étaient utilisés quotidiennement, non seulement par les expatriés souhaitant accéder à leurs émissions télévisées nationales, mais aussi par les Chinois reliés d’une manière ou d’une autre au reste de la planète. Yuchen, étudiante chinoise dans une université française et adepte des VPN, explique : « C’est très facile d’accéder aux VPN à n’importe quel moment. Normalement on télécharge un et on paie l’équivalent de 8 ou 10 euros par mois pour pouvoir se connecter n’importe quand. » Une bouffée d’air pour cette jeune femme lorsqu’elle rentre en Chine : « Je consulte les sites sur lesquels je vais habituellement en France. Je me connecte sur Facebook, je regarde YouTube et Twitter. J’ai aussi besoin des VPN pour les sites reliés à Google, comme mon adresse email universitaire ». Google est en effet totalement banni par le gouvernement chinois qui impose ainsi à Android de s’associer à un autre système d’exploitation.

Patriotisme économique

Mais si cette nouvelle a fait réagir les journaux internationaux, elle a beaucoup moins remué les principaux concernés. Plus encore, elle a été reçue avec approbation par une grande partie de la population chinoise. Rien d’étonnant, tant le pouvoir chinois jouit d’un degré élevé de confiance de la part de ses citoyens. En 2017, il a même été placé en tête par le Edelman Trust Barometer dans son classement évaluant la confiance de la population envers le gouvernement. Beaucoup de citoyens voient donc en cette mesure, tout comme dans le Great Firewall dans son entièreté, un outil de l’Etat pour protéger sa population d’une interférence extérieure. Yuchen confirme ainsi : « Ma mère soutient cette protection […] Beaucoup de gens la soutiennent car ils pensent que les Chinois lambda sont des proies faciles face à la manipulation extérieure et que leur bloquer l’accès à ces informations est une bonne chose pour assurer la stabilité et l’intérêt du pays ». L’ennemi principal, ce sont les Etats-Unis, cette puissance à l’influence très forte, trop forte selon certains, en Asie du Sud Est. Face à cette influence, la population chinoise entretient un certain patriotisme économique. Depuis dix ans, l’Etat chinois a encouragé la croissance de ses développeurs technologiques proposant les mêmes services que les grosses compagnies américaines, made in China. Ainsi donc, la population chinoise utilise quotidiennement le fameux WeChat en lieu et place de Facebook, se délecte des vidéos postées sur Youku Tudou, l’équivalent national de YouTube et scrolle parmi les plus frais commentaires sur Weibo à défaut d’avoir accès à Twitter. Dans la même optique, les entreprises chinoises de téléphonie connaissent un réel succès : Xiaomi, Vivo et Oppo proposent en effet des smartphones à prix bien moindres que les iPhones. La majorité des Chinois se satisfont donc pleinement des services que leur offrent leurs entreprises nationales et ne sont pas émus par un changement dans le kiosque d’Apple.

La minorité concernée, dont fait partie Yuchen, ce sont les expatriés, les étudiants, le fragment de population dont l’ambition ne s’arrête pas aux frontières de la Chine. Ils le savent : « La fermeture des VPN est dirigée contre le citoyen éduqué avec de nombreuses questions, aspirations et critiques – contre moi, contre les 5% de la population que le gouvernement ne contrôle pas », assure Yuchen. Mais en dépit de ses inquiétudes, cette partie de la population ne s’oppose pas publiquement. Les manifestations sont rares en Chine, où les autorités locales et nationales encadrent de près les différents activismes. « Toute forme de résistance est inexistante et inutile », accepte l’étudiante.

Le Great Firewall de Chine, pas infaillible mais toujours plus solide.

Le Great Firewall de Chine, pas infaillible mais toujours plus solide.

Certes, la suppression des VPN de l’App Store ne signifie pas l’isolement total de ces Chinois des sites censurés par le gouvernement. « Si on le veut vraiment, on peut quand même trouver un VPN » indique Yuchen, qui utilise aujourd’hui celui offert par l’organisme international au sein duquel elle effectue un stage. Le gouvernement tolère toujours la mise à disposition des VPN par les entreprises internationales à leurs employés. Les citoyens peuvent également en trouver par d’autres biais; en possédant une carte sim internationale ou en téléchargeant un VPN via un App Store étranger par exemple. Mais la décision d’Apple complexifie considérablement l’accès des Chinois au reste du monde et réduit inévitablement le nombre d’internautes s’aventurant sur les sites étrangers.

Supprimer les VPN de son kiosque n’aurait donc pu être qu’une décision d’entreprise comme celles que prennent quotidiennement toutes les firmes pour assurer leur business à l’international. Mais elle a cette fois pour conséquence d’étendre la censure à l’élite de la population chinoise et de consolider le contrôle du gouvernement chinois sur l’information à laquelle accède sa population. Malgré tout, comment s’opposer à un gouvernement qui a les faveurs de sa population ? La Chine n’a aucune raison de craindre d’être inquiétée pour ses manquements à l’article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Derrière les blâmes, l’Europe s’inspire. Et rêve de soumettre ces mêmes multinationales dans sa lutte contre la fraude fiscale.






Claire Vérove




Previous Post

Game of Reviews #15 : Eastwatch

Next Post

Game of Reviews #16 : Beyond the Wall





0 Comment


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


More Story

Game of Reviews #15 : Eastwatch

Après un quatrième épisode pour le moins explosif, Game of Thrones se calme cette semaine, avec un Eastwatch riche en rencontres...

14 August 2017
UA-37872174-1
Tu aimes cet article ?
Tu aimes cet article ?
N'hésite pas à nous rejoindre sur les réseaux sociaux !
Faceboook
Twitter