Salut ! Salut !

Entre dialogue de sourds et combat de catch : débrief du débat d’entre-deux tours

Politique / Récents / Société / 5 mai 2017

À quatre jours du second tour de ces élections présidentielles, les enjeux du débat d’entre deux tours étaient cruciaux: convaincre les abstentionnistes hésitants pour Emmanuel Macron et persuader les électeurs récupérables pour Marine LePen.

Nous avons eu le droit à une entrée en matière pour les moins brutales de la part de la candidate du Front National qui n’aura pas résisté longtemps avant de mentionner son sujet favori: le fondamentalisme islamique. Elle entame ensuite ce qui se transformera en deux heures d’accusations incessantes à l’égard de son concurrent : enfant du système, produit des élites, partisan de la mondialisation sauvage. Ce qui surprend d’abord est le ton moqueur sur lequel la candidate s’adresse à son homologue, mais ce qui inquiète pour la suite est sa volonté ferme de  se fermer au débat et se concentrer sur les scandales (elle mentionne l’épisode de la Rotonde seulement quelques minutes après le début de son temps de parole) plutôt que sur les programmes. Compréhensible, vu le contenu du sien.

Le candidat centriste, probablement aussi dépité que les journalistes à ses côtés et les téléspectateurs de l’autre côté de l’écran, tente de recentrer l’argument vers un débat démocratique, après ce qui donnait l’impression d’être le début d’un combat de catch. Il essuie d’un revers de main les attaques qui lui ont été adressées en faisant de son poste au gouvernement une garantie d’expérience et une force. Il s’accroche à l’espoir d’un débat d’idées dans les règles de l’art en présentant quelques mesures phares de son programme, notamment l’aide aux TPE et PME ainsi que la différentiation par branche de la protection de l’emploi. Cela était sans compter sur son adversaire, bien résolue à montrer qu’elle ne se résignera pas à se soumettre aux contraintes du débat. Elle persiste à vouloir lui incomber tous les malheurs de la France, le plus souvent sans se soucier de savoir s’il était ministre ou non à l’époque. Elle martèle ses arguments concernant des dossiers qui ont eu lieu alors que le pauvre Emmanuel n’avait même pas encore intégré la vie politique.

Malgré ses efforts évidents, le candidat d’En Marche finit par rentrer dans son jeu en l’attaquant sur les valeurs xénophobes du Front Nationale, rappelées par les récentes polémiques autour du traditionnel rassemblement du 1er Mai mené par Jean-Marie Lepen. Il semblerait que l’ancien ministre de l’économie ne serait pas le seul à devoir porter l’héritage de ses mentors politiques.

Quelques approximation économiques et politiques plus tard, nous voilà lancés sur le sujet de prédilection de Marine Le Pen: le terrorisme. On aurait pu penser que cela serait pour elle l’occasion de présenter ses idées et d’expliquer son programme aux Français. Malheureusement, elle choisit de continuer sur sa lancée et s’entête à décrypter celui de son adversaire sans faire de vraies propositions. Elle en profite également pour mentionner quelques uns de ses sujets favoris : fondamentalisme islamique, expulsion des fichés S étrangers et déchéance de nationalité.

Tout compte fait, on aura beau avoir passé notre débat à se moquer d’eux, mais nous finirons ce débat-marathon dans le même état que ces deux pauvres journalistes : épuisés par si peu de fond et tant d’absurdité entre une Marine qui alterne colère et sourires et un Macron qui aura tenté tant bien que mal de ne pas se démonter malgré l’impossibilité manifeste avant-hier soir de débattre d’idées et de programmes.

On aura aussi une petite pensée pour les moments de solitude de la candidate d’extrême-droite: entre sa tentative d’explication de son système monétaire mi-euro mi-louis d’or, ces dix secondes de blanc lorsqu’Emmanuel Macron lui fait remarquer qu’elle ne regarde pas le bon dossier et sa perte totale de contrôle où on a vraiment cru la perdre.

Pour conclure, ce débat était sans doute un des pires auxquels les Français n’ont jamais assisté. Il a d’ailleurs enregistré les scores d’audience les plus bas depuis le début de la cinquième République. Ce qu’il faudra retenir c’est que nous avons pu avoir un avant-goût des cinq prochaines années si Madame Le Pen est élue : une conversation de sourds à base d’attaques infondées et d’accusations approximatives, sans vraies idées ni arguments. Pour ceux qui étaient encore indécis, le chaos démocratique auquel nous avons assisté hier soir montre bien qu’au libéralisme démesuré, il existe bien une alternative, mais celle-ci est des plus déplaisantes.






Fanny Chantereau Dabazach




Previous Post

Dix pour cent : quand les agents artistiques sont mis à l'honneur

Next Post

La tyrannie a failli frapper à notre porte





0 Comment


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


More Story

Dix pour cent : quand les agents artistiques sont mis à l'honneur

La multiplication des écrans télévisées et des plateformes de vidéos à la demande ont fait naître un nombre considérable...

5 May 2017
UA-37872174-1
Tu aimes cet article ?
Tu aimes cet article ?
N'hésite pas à nous rejoindre sur les réseaux sociaux !
Faceboook
Twitter