NEWSYOUNG.FR
Now Reading:

Et si la France creusait du côté du cannabis thérapeutique?

Largement éclipsée des intérêts présidentiels, la dépénalisation du cannabis est pourtant une mesure politique qui intéresse. Défendue par Benoît Hamon aux élections passées et fortement préconisée par les experts, cette dernière donne des idées alternatives. C’est le cas d’Éric Correia, conseiller régional de Nouvelle-Aquitaine, qui propose de faire de la Creuse le premier laboratoire thérapeutique français de cannabis.

C’est dans le cadre d’un plan de revitalisation du territoire, lancé par le président de la République, que l’idée a mûri. Demandeur de propositions innovantes « voire même extralégales » Emmanuel Macron avait laissé aux Creusois jusqu’au 15 décembre 2017 pour faire part des premières idées au préfet de Creuse. L’une d’elle cherche à faire du département un véritable territoire d’expérimentation pour la légalisation du cannabis à usage médicinal et récréatif. Une proposition annoncée sur les ondes de Radio Nova en février 2018, quelques jours seulement après l’officialisation de la mise en place d’une amende délictuelle pour les usagers de cannabis par le gouvernement.

Éric Correia, soignant anesthésiste et auteur de la proposition, explique que la question est davantage d’ordre sanitaire que moral. « Le cannabis a des vertus thérapeutiques et peut être perçu comme adjugent. La plante a la possibilité d’améliorer la vie et d’incarner un substitut de médicaments » Le cannabis pourrait être une alternative importante à la morphine à laquelle certains patients sont parfois intolérants. Fortement influencé par son milieu professionnel ainsi que certaines pathologies dans son entourage, il explique que le cannabis aide pour le bien-être de la vie quotidienne, atténue la douleur et peut accompagner en fin de vie dans les cas de sclérose en plaques, cancer ou maladies dégénératives. « Il faut casser l’idée que l’on se fait des fumeurs de cannabis qui ne sont pas tous des jeunes à dreadlocks qui fument comme des pompiers » dit-il, expliquant que dans un cadre thérapeutique, il est préconisé de ne pas fumer et de consommer sous d’autres formes, comme de la pâte ou des cookies, afin d’éviter d’altérer les poumons.

En France, la consommation de cannabis représente 80% de la consommation de l’ensemble des drogues. 3,9 millions de consommateurs sont concernés, dont 1,2 million sont réguliers. Pour Éric Correia, passer par une dépénalisation au profit d’un usage médicinal permettrait à certains usagers d’éviter de soulager leur douleur dans des marchés illégaux ou d’avoir recours à l’auto-culture, à l’instar de 80 000 usagers français. Et les dangers de l’émergence d’un nouveau trafic en Creuse, il ne s’en inquiète pas. Un protocole serait instauré. « N’importe quel médecin ne peut pas le prescrire par ordonnance. Il y a des questions à poser »

Pour lui, le constat est clair : la France est très en retard. « [Ici], les produits ne sont pas disponibles sur le marché, contrairement en Suisse, en Italie, en Allemagne et en Angleterre. De plus, les Indiens et les chinois utilisaient les vertus thérapeutiques du cannabis depuis des millénaires et il serait temps que la France prenne en compte ses capacités » Premier pays consommateur d’Europe et sixième à échelle mondiale (5 millions d’usagers en 2016 selon l’ODT) la France est l’un des pays les moins permissifs et productifs sur le sujet. De nombreux pays cherchent à prochainement l’autoriser ou à développer davantage d’essais cliniques dessus. C’est le cas de l’Israël dont le « père du cannabis », le professeur Raphaël Mechoulam, cherche à isoler le composé actif provoquant l’effet psychotrope du cannabis, le tétrahydrocannabinol (dit THC) du cannabidiol (CBD) qui présente, quant à lui, des avantages médicaux.

S’il devait voir le jour, ce projet permettrait à un département sous-peuplé comme la Creuse de trouver de nouvelles idées pour la création d’emploi dans ce secteur. Cela favoriserait le développement de l’économie du territoire et inciterait, par la même occasion, la France à éventuellement se lancer sur le marché médical du cannabis.Malgré les moqueries et critiques suscitées, celui qui est à la tête de l’agglomération du Grand-Guéret affirme que les retours sont positifs. Plusieurs agriculteurs, faisant déjà pousser du chanvre pour le textile, seraient prêts à en cultiver. Et que son projet de revitalisation du territoire aboutisse sur une règlementation ou un marché extérieur, Éric Correia reste persuadé d’une chose: cela finira par arriver.

Share This Articles
Written by

Rédactrice contributrice au pôle société, adepte de l'actualité et de la politique.

1 comment

  • pLineSmaug

    Sujet intéressant, qui mériterait une visibilité médiatique accrue. Cela permettrait de combler le vide juridique à propos du CBD en France.

    J’aimerais juste apporter une précision sur « le professeur Raphaël Mechoulam, cherche à isoler le composé actif provoquant l’effet psychotrope du cannabis » ; il est déjà possible de séparer le THC et le CBD de façon industrielle, ce qui est fait en Suisse par exemple, comme mentionné dans votre article.

    De plus il faudrait prendre en compte l’augmentation de l’offre pour les E-liquides au CBD qui hypocritement ne peuvent être vendus comme produit thérapeutique (c.f. condamnation de Kanavape)
    Sans parler des débouchés économiques en matière d’emploi et de taxes.

    Un thème vaste… !

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Input your search keywords and press Enter.