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Etudier en prison : quand l’enfermement devient ouverture

Etudier en prison : quand l’enfermement devient ouverture

 Au premier janvier 2015, il y avait en France plus de 77.000 détenus. Dans les médias se pose souvent la question de leur réinsertion future dans la société. Pour parvenir à se réintégrer, étudier en prison semble une option majeure. Quand elle est accessible.

Régulièrement l’actualité se pose, de façon plus ou moins aigüe voire tragique, la question des vertus de l’incarcération. Que la prison fabrique des récidivistes, qu’on y passe de petit délinquant à grand bandit, qu’on s’y radicalise au plan religieux ou qu’on s’y abîme dans la folie, force est de constater que trop souvent la condition carcérale aggrave plus
qu’elle ne résout la rapport de l’individu condamné avec la société. C’est l’équation perdant/perdant qui enferme individu et société dans un cercle infernal au coût humain et financier exubérant.

On le sait, les jeunes détenus cumulent souvent toutes les inégalités : originaires de milieux défavorisés, peu ou pas diplômés, immigrés mal intégrés.

Dès lors, l’accès à l ‘éducation en prison paraît comme l’une des solutions pour faire échec à cette mort sociale annoncée.

Etudier en prison : un parcours d’obstacles

A cet égard, l’expérience menée par la région Ile-de-France depuis 2013 mérite d’être saluée, à contre courant des approches populistes du tout-sécuritaire.

Car au delà des préoccupations de justice sociale et d’égalité face à l’acquisition des savoirs, le simple constat qu’un individu plus diplômé saura plus facilement se réinsérer, diminuant le risque de récidive, fait de l’éducation en prison une solution économiquement et socialement rentable.

Or, étudier en prison est moins accessible qu’il n’y paraît, pour de multiples raisons qui sont aussi financières. Un détenu qui n’a pas d’argent doit « cantiner », c’est à dire travailler pour payer ce qui est nécessaire à son quotidien (produits d’hygiène, télévision, etc.). Par ailleurs, les études supérieures impliquent le paiement des droits d’inscription à l’université et l’achat de livres. Enfin, étudier nécessite aujourd’hui l’accès aux médias numériques.

Des bourses d’études pour les détenus

L’expérience menée par le Conseil Régional d’Ile-de-France à l’initiative d’Isabelle This Saint-Jean, Vice Présidente en charge de l’enseignement supérieur et de la recherche, répond à ces différents obstacles dressés sur la route du détenu motivé par les études.

Le dispositif offre en effet une aide globale comportant une bourse d’étude (200 euros par mois) permettant au détenu qui étudie de ne pas cantiner. Elle lui procure aussi un soutien financier pour acheter des livres et la gratuité des frais d’inscription dans les universités partenaires. Elle accorde en outre une subvention à l’établissement pénitentiaire pour l’équipement informatique. Elle offre enfin aux établissements d’enseignement et aux associations des subventions pour des programmes d’accompagnement des étudiants incarcérés et des formations qui leurs sont destinées.

C’est donc tout un réseau de partenaires, judiciaires, pénitentiaires, universitaires et associatifs, qu’il s’agit d’impliquer et de faire travailler ensemble.

Cette expérience menée à la Maison d’Arrêt de Fleury Mérogis, premier établissement pénitentiaire d’Europe, s’adresse ainsi à des hommes et des femmes incarcérés qui soumettent volontairement leur dossier à une commission. Les critères de sélection sont le besoin impératif d’un soutien financier, la crédibilité du projet et leur motivation. Cela implique aussi que Fleury Mérogis s’engage pour ces étudiants à ne pas faire de mobilité forcée qui ferait sortir prématurément le détenu du dispositif.

Quand les détenus se muent en étudiants brillants

Le premier bilan de cette expérience sur l’année 2013/2014 apparaît déjà très positif. Ainsi sur 79 détenus (9 femmes et 70 hommes) ayant déjà bénéficié d’une bourse régionale, la moitié a réussi son examen (88% de ceux qui s’y sont présentés), qu’il s’agisse du Bac, du DAEU (diplôme d’accès à l’université), d’un BTS, d’une licence etc.

Ces résultats, comparables à ceux des personnes non détenues, sont donc très encourageants. Au delà de la reconduction du dispositif pour cette année, ils font espérer qu’au terme de nouvelles évaluations, cette offre puisse progressivement s’étendre et se généraliser. D’autant plus que les témoignages de détenus participants et des personnes qui les ont suivis montrent que le bénéfice des études va bien au-delà de l’acquisition d’un diplôme.

La prison, un nouveau départ ?

Car c’est aussi un processus de construction de l’individu, d’élaboration d’un esprit critique, d’acquisition d’un nouveau positionnement par rapport au savoir. Cela constitue ainsi une formidable opportunité de compréhension de leur situation personnelle et des raisons qui ont amené la société à les mettre en détention. Cette réflexion qui place le détenu en position d’acteur est en elle-même le gage de meilleures possibilités de réinsertion.

Enfin, la poursuite d’études, qui entraîne une amélioration des conditions d’incarcération, a démontré qu’elle était aussi un facteur de pacification de la vie pénitentiaire, créant au sein de la détention un espace de liberté.

Cette expérience témoigne du fait qu’une politique volontariste peut permettre que la peine de prison soit autre chose qu’une simple sanction. L’objectif à poursuivre est que l’incarcération ne soit plus une impasse mais une passerelle vers une intégration professionnelle et sociale. Transformer l’enfermement en ouverture sur le monde de la connaissance, c’est faire de la prison l’occasion d’un nouveau départ.

Article rédigé à la suite d’une interview d’Isabelle This Saint-Jean, Vice Présidente de la Région Ile-de-France en charge de l’enseignement supérieur et de la recherche

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