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Facebook : notre kiosque 2.0 ?

Le meilleur de Newsyoung / Médias / Récents / Web / 19 juin 2016

 

Le mois dernier, Facebook présentait une remise en forme de sa page d’accueil, lui conférant des allures de Google Actualités. Derrière le nouveau « Trending Topics » (sujets à la une) s’exprimait la volonté du réseau social de proposer à ses utilisateurs un contenu médiatique qui les intéresse, donnant au nom du fil d’actualité plus de sens que jamais. En étant à l’origine de l’accès à l’information pour 40% des adultes américains, le site, qualifié de réseau social dès sa création, affirme expressément sa volonté de se muer en réseau médiatique. Avec un contenu original ne représentant plus que 42% des publications, Facebook se positionne donc toujours davantage comme un « infomédiaire » (intermédiaire de l’information en ligne), ce que viennent conforter les nombreuses innovations initiées par le site depuis plusieurs mois. Des articles instantanés à Facebook Live jusqu’aux récents chatbots encore en essai, le groupe de Mark Zuckerberg mène sa stratégie pour positionner le site aux 1,65 milliard d’utilisateurs en interface médiatique de premier choix.

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Opération séduction

Derrière ces multiples nouveautés, un souhait affirmé du créateur de relancer la fréquentation de son réseau social en perte de vitesse. Comme le souligne un récent quiz proposé par le journal Le Monde, Facebook est aujourd’hui boudé par les adolescents qui en laissent l’utilisation à leurs aînés. Face à cette perte d’intérêt d’un pan non-négligeable des internautes, une intégration plus soutenue du contenu médiatique serait en mesure de reprendre le contrôle de ces proies perdues. La capacité d’attraction respective des médias comme du réseau social bénéficie aux deux partenaires lors de collaborations. Ainsi l’apparition de Facebook Live aura-t-elle permis à des médias tels que Europe 1 ou 20 minutes de toucher une audience plus jeune que leur public habituel.

Grand manitou de l’info

Pourtant, derrière la stratégie de Facebook se cache probablement un dessein plus grand que celui de vouloir regagner de la popularité. Le tournant entrepris par Mark Zuckerberg vers une relation plus étroite avec les médias pourrait traduire la volonté de transformer le réseau social en grand manitou de l’information.

En effet, à l’issue de ses nombreuses innovations, Facebook fait l’acquisition de l’actualité partagée sur sa plateforme. Pour réduire le temps d’attente sur mobile, Facebook introduisait à la fin de l’année 2015 les articles instantanés (« instant articles ») : en accueillant directement les articles de certains médias, le réseau social supprimait la redirection vers le site d’origine. Cependant, derrière la volonté d’améliorer l’expérience de l’utilisateur se trouve également l’opportunité pour le site d’héberger et donc d’imposer ses conditions sur le fruit du travail journalistique. En parallèle avec les vidéos directement accessibles sur la plateforme, les articles instantanés font ainsi de Facebook le média omnipotent sur lequel l’internaute peut satisfaire toutes ses envies sans quitter le réseau à la bannière bleue.

Supprimer le temps d'attente de l'utilisateur en hébergeant le contenu médiatique: le judicieux pari effectué fin 2015 par la création des articles instantanés. Crédits: Facebook

Instant articles par Facebook.

Facebook veut ainsi tout posséder. Plus encore, tout maîtriser. Rien n’est laissé au hasard dans les choix du réseau social, d’autant moins le contenu à la une. Le mois dernier, Facebook présentait sa nouvelle page, « Trending Topics », proposant à ses utilisateurs d’accéder aux plus fraîches actualités. A l’origine de ces innovations, le fruit du travail de deux moteurs : d’une part, des algorithmes régulièrement mis à jour pour proposer toujours plus précisément aux internautes un contenu susceptible d’attirer leur intérêt ; d’autre part, une équipe d’éditeurs qui, comme pour les réseaux Snapchat et Twitter, encadre le contenu à la une sur Facebook. En 2013 déjà, la compagnie adaptait ses algorithmes afin de privilégier le contenu politique et médiatique, démontrant la capacité du groupe à maîtriser la hiérarchisation des publications qui circulent sur sa plateforme.

Censure et critiques

Mais de plus en plus, le soupçon d’un contrôle excessif vole au-dessus du groupe. En mai dernier, le site spécialisé dans les nouvelles technologies Gizmodo accusait les curateurs du réseau social d’intervenir dans le processus de hiérarchisation des informations et de priver les électeurs républicains d’articles qui pourraient les intéresser. Malgré un démenti des inculpés, ces accusations trouvent écho parmi les internautes dont le scepticisme envers les médias atteint déjà des proportions sans précédent aux Etats-Unis.

Des commentaires acerbes qui témoignent d'une méfiance des utilisateurs envers la hiérarchie des publications sur Facebook

Des commentaires acerbes qui témoignent d’une méfiance des utilisateurs envers la hiérarchie des publications sur Facebook.

Evidemment, l’intervention de l’arbitraire des ingénieurs du réseau Facebook pose question. Une telle influence dans la diffusion de l’information pourrait être comparable aux formes les plus critiquables de censure. Mais elle questionne surtout la manière dont il convient de retransmettre l’information sur internet. La présence de curateurs pourrait en effet être à l’origine de choix plus judicieux, pourquoi pas même d’un gain de qualité dans le contenu médiatique à la une. C’est d’ailleurs un des objectifs du groupe de Mark Zuckerberg qui annonçait en avril dernier le développement d’un nouvel algorithme calculant le temps de lecture de chaque article. Les plus rapidement parcourus seraient pénalisés afin de limiter les clickbaits, ces articles au titre racoleur et au contenu décevant. Dans l’histoire d’internet, les records d’affluence ont, il est vrai, rarement été associés à des contenus intellectuellement stimulants. Ainsi la vidéo Facebook Live la plus suivie reste celle diffusée par Buzzfeed mettant en scène une pastèque autour de laquelle deux personnes enroulent le maximum d’élastiques – 680 – avant que le fruit n’explose. L’intervention des algorithmes et curateurs de Facebook pourrait ainsi déterminer une nouvelle logique de classification du contenu basée cette fois sur la qualité et les choix du réseau social, contrant ainsi le traditionnel décompte de popularité basé sur le nombre de clics et de vues.

Est-il cependant légitime de privilégier ce qui est déterminé par certains comme du « bon contenu » au détriment de ce qui est populaire ? L’inclusion d’actualités sur Facebook prouve son efficacité en ce qu’elle engage les internautes à s’intéresser à l’actualité. Mais le réseau social peut-il décemment affirmer une mission éducatrice quand ses utilisateurs n’en font pas le souhait explicite ? Un tel système n’est-il-pas une forme détournée d’aristocratie allant à l’encontre d’une tendance qui dominait depuis l’avènement d’internet ?

Vers une segmentation de l’information ?

Les récents développements du groupe en matière de personnalisation de l’information tendent par ailleurs à repenser la communication de masse. Dans la perspective de séduire toujours plus son audience, le groupe Facebook a annoncé en avril la création de chatbots permettant à quelques médias traditionnels comme la chaîne d’information CNN d’atteindre leur lectorat en lui suggérant par le biais de messages personnels des résumés d’actualité et articles susceptibles d’attirer son attention.

Les médias au plus près des désirs des utilisateurs grâce aux chatbots de Facebook crédits: RTLnet

Les chatbots ou l’info à la carte.
Crédits: RTLnet

Aussi attrayantes soient-elles, ces innovations questionnent la manière dont la population appréhendera l’information. Algorithmes et éditeurs travaillent sur une personnalisation de l’information, au risque d’exclure chaque internaute de l’accès aux sujets qui ne l’intéressent pas.  La perspective d’un développement de l’information en niches n’a ainsi rien de déraisonnable. Comment convient-il dans une telle situation d’appréhender l’espace médiatique public : comme une seule et même audience ou comme un ensemble de consciences de plus en plus segmenté ? Il semble que la stratégie de Facebook privilégie le deuxième modèle. Bien sûr, l’ensemble de la population s’informait déjà par des biais multiples, chacun s’affirmait comme individu par son choix de magazine, de station de radio ou de chaîne télévisée ; mais était ensuite réceptif à l’ensemble des informations sur cette chaîne. Et surtout, était conscient du choix éditorial. Facebook peut ici brouiller les pistes, dissimuler derrière l’objectivité de la technique et le confort de l’utilisateur la réalité d’une audience fragmentée par la variation des informations diffusées. Il conviendra donc peut-être de repenser l’opinion publique non plus comme une entité nourrie par l’information de masse, mais bien comme un agrégat d’individus à la conscience médiatique diverse.

Facebook, modèle du réseau social ? Ce temps est révolu. Dans une stratégie extrêmement bien orchestrée, le site internet non seulement redéfinit sa qualité d’infomédiaire, mais éprouve également tout un système de diffusion de l’information à un degré sans précédent. Le groupe doit donc sortir de cet « état de déni » dans lequel il se conforte et assumer la responsabilité que lui incombe son rôle d’informateur des internautes. Une actualité peut-elle être innocemment distribuée sur ce réseau social ? Non, et penser Facebook comme une plateforme neutre serait une erreur.  A la compagnie maintenant de définir ses priorités et les affirmer de manière transparente, si elle ne veut pas faire subir aux médias eux-mêmes le poids de la méfiance toujours grandissante des internautes.






Claire Vérove




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