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« Frances Ha » : la vague de fraîcheur de cet été

« Frances Ha » : la vague de fraîcheur de cet été

Greta Gerwig risque bien d’être la révélation du cinéma indépendant américain avec Frances Ha. Non seulement interprète de l’héroïne éponyme, elle semble la véritable muse de Noah Baumbach. Jusqu’à ce que tout s’explique : l’actrice -et compagne du réalisateur- est également la coscénariste du long-métrage.

La trame ? Les tracas quotidiens d’une fille -ou une femme, c’est là l’interrogation majeure- qui s’approche de la trentaine et donc un peu paumée entre deux rives, celle de l’adolescence et celle de l’âge adulte. Frances Ha reprend le thème très en vogue de la génération Y, comprenez les 15-30 ans, en pleine crise économique et psychologique qui n’est pas sans rappeler la série à succès Girls. Impuissants, on assiste à la descente de l’héroïne qui va d’échec en échec tant sur le plan amoureux que professionnel (elle est danseuse) et social mais le ton n’est jamais dramatique, servi par le charme généreux de l’actrice et une photographie travaillée.

Ce décalage, souhaité par le réalisateur, entre l’esthétique du film et son propos n’est pas manifeste mais subtil, presque imperceptible. Le sujet actuel contraste avec l’aspect rétro et élégant qu’apporte le noir et blanc, et la gaucherie lourde de Frances devient presque fascinante devant la caméra qui la porte aux nues.

En parlant de rétro, cette oeuvre pourrait bien être perçue comme une réminescence de Manhattan avec ses accents alléniens et sa célébration de la ville de New York…et dans ses diverses interviews, Noah Baumbach ne se défend pas de faire référence à Woody Allen. Car en plus d’être un film de génération, c’est un film inspiré : le choix de la bande originale, où se côtoient des compositions de Georges Delerue pour le cinéma (Le Mépris de Godard, Le Roi de coeur de Philippe de Broca) et la musique « L’école buissonière » des Quatre Cents Coups de Trufffaut, marque l’attachement flagrant du cinéaste pour la Nouvelle Vague. Enfin la course effrénée de Greta Gerwig dans la rue, sautant et dansant sur « Modern Love » de David Bowie, rend -peut-être involontairement- hommage à la célèbre scène de Mauvais sang de Leos Carax, où Denis Lavant s’élance de la même façon énergique.  Ce passage emblématique fait office de coupure dans la vie de Frances, comme une pause au milieu de tous les soucis qu’elle voudrait fuir.

On ne peut que saluer le jeu de l’actrice, rayonnante, qui porte sur ses épaules toute la magie du film. Le personnage lui colle tellement à la peau qu’on finit par se demander si elle n’est pas ainsi « en vrai » et en effet : «  Frances, je la portais en moi depuis longtemps » dit-elle. Mickey Sumner est aussi parfaite dans le rôle de la bonne copine plus « intello new yorkaise ».

[Spoiler] L’histoire n’a pas de prétentions morales ou tragiques : Frances trouve enfin sa voie, chorégraphe, et sa place. Mais la dernière scène où le titre prend tout son sens tend à démontrer que l’être humain n’est jamais achevé : enfin installée dans son propre appartement, la protagoniste tente vainement de faire rentrer son nom en entier sur sa boîte aux lettres et n’en laissera que le début : « Ha ».

Au final, Frances Ha n’est pas le récit d’une dégringolade mais la mise en scène virtuose d’une quête de soi.

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Étudiante en histoire à Bordeaux. Adore être en pyjama. Newsyoung & cinéma.

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