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François de Rugy : « Les dégâts environnementaux du gaz de schiste sont désastreux »

François de Rugy : « Les dégâts environnementaux du gaz de schiste sont désastreux »

Nous avons rencontré François De Rugy, député Europe Écologie Les Verts de Loire Atlantique et président du groupe écologiste à l’Assemblée Nationale.

Newsyoung : Un peu de politique politicienne pour commencer, est ce que vous faîtes toujours partie de la majorité présidentielle ? Vous semblez prendre de plus en plus vos distances.

François De Rugy : On est dans la majorité, mais on a de nombreux désaccords notamment pour les questions environnementales mais aussi des réformes majeures, le travail du dimanche par exemple..

En ce moment, la réforme territoriale est un chantier majeur du gouvernement. Elle a divisé de nombreux élus et pourtant la Bretagne et Les Pays de la Loire ne sont pas concernés. Le rattachement de la Loire Atlantique à la Bretagne se fait attendre. Pouvez-vous me donner votre avis sur ce redécoupage territorial ? Selon l’Elysée, il permettrait une meilleure cohésion territoriale …

Il n’y a eu aucune concertation avec les élus locaux, on a voté deux fois non, et on se demande quel est le sentiment d’appartenance aux régions nouvellement bâties. Dans ces nouvelles régions, les habitants n’ont aucun sentiment d’appartenance fort. Et puis on n’a pas vraiment divisé par deux le nombre des régions. On est passé de 22 à 13, mais là n’est pas le problème. Personne n’a été au courant et l’avis des gens n’a pas été pris en compte. La réunification de la Bretagne n’est pas faite, c’est incompréhensible, alors que la Loire Atlantique est historiquement bretonne. Alors que la réunification de la Normandie est actée avec la fusion de la Basse et la Haute Normandie, on aurait pu faire une Bretagne à 5 départements voire 6 avec la Mayenne et faire une région Val de Loire.

 A ce propos, on parlait de vouloir des régions françaises de mêmes dimensions que les länder allemands …

Les länder allemands sont de tailles très différentes, avec notamment Berlin ou Francfort qui sont des villes-länder. Les régions françaises étaient beaucoup plus peuplées que la moyenne des régions européennes. Le problème c’est au niveau budgétaire. En Allemagne c’est plus de 3500 euros consacrés par habitant dans les länder alors qu’en France ce chiffre ne dépasse pas 400 euros soit quasiment dix fois moins. La deuxième loi de réforme territoriale ne va pas arranger les choses concernant le redécoupage de notre pays. Il faut une dimension de proximité et d’efficacité. Par exemple le Limousin une région faiblement peuplée, il aurait fallu fusionner les départements pour en faire une seule entité territoriale.

Récemment s’est tenue la conférence environnementale à l’Elysée : on a l’impression que l’écologie en France ou au niveau mondial (avec la conférence de Lima qui s’est achevée récemment avec un accord à minima) ne sont que des paroles mais très peu d’actes ?

La prise de conscience collective a augmenté au fil des années, avec les accidents divers de ces dernières décennies comme la catastrophe du Bophal en Inde, Tchernobyl, AZF, Fukushima. Mais par ailleurs les changements climatiques amènent les gens et les pouvoirs publics à se questionner, et à revoir la structure des installations à risque. Au Japon c’est le tsunami qui a le plus affecté la centrale et non le séisme. La population et les pouvoirs publics prennent conscience mais a minima.

C’est dans cette optique que la France veut aller au delà des 20% d’énergies renouvelables fixés par le paquet énergie au niveau européen avant 2020. Tiendra-t-elle ses objectifs ? Notre pays dispose du deuxième espace maritime mondial, mais pourtant les énergies marines peinent à émerger, pensez vous que c’est par manque de réelle volonté des pouvoirs publics ?

On vit sur nos acquis : le nucléaire, le chimique, l’industrie pharmaceutique qui est souvent chimique, et c’est malheureux. On a le groupe Total qui est l’un des leaders mondiaux dans le domaine pétrolier. De fait nous sommes souvent amenés à repousser les changements et cela amène parfois à des décisions radicales. Il y a d’autres aspects. Concernant SEVESO 3 notamment, parfois les entreprises n’ont pas les moyens de se mettre aux normes et ferment tout cela parce que la décision était trop brutale et les coûts difficiles à supporter pour des entreprises. On peut prend l’exemple de la Raffinerie de Donges, des travaux ont été faits à la suite d’une fuite due à des tuyauteries vieillottes, qui a provoqué une marée noire dans l’estuaire de la Loire. On se dit que ce risque n’est pas totalement écarté.

L’Europe essaye justement de montrer le bon chemin, pourtant il a fallu attendre 1992 pour que les questions environnementales soient intégrées au traité de Maastricht. Quel est votre sentiment par rapport à ce double langage ?

La question de l’environnement est quand même une des questions abordées en Europe avec de nombreuses directives. La législation européenne a tiré la France vers le haut. Aujourd’hui la législation française se veut plus ambitieuse que la législation européenne et c’est un facteur d’amélioration.

La question du risque est centrale.

On a deux choix. Soit on pratique la politique de l’autruche en négligeant la sécurité, en sachant qu’il y a un risque important. Ou bien on décide de ne pas cacher le risque aux populations, et là il faut faire toujours la transparence totale du risque, il faut regarder le risque en face. Par ailleurs, il faut associer la population autour du risque. C’est bien pour cela que cela se passe au niveau des entreprises soit pas des fermetures ou bien des mises aux normes qui sont souvent coûteuses. Il faut toujours chercher un compromis entre l’activité économique et la sécurité, car si un accident se produit et qu’aucune mesure de sécurité n’a été prise, il y aura des scandales. Par exemple la sanction pour le maire de Faute-sur-mer n’est pas assez sévère pour quelqu’un qui s’est opposé aux service de l’Etat. On avait le choix de construire ou de ne pas construire.

Autre sujet sur lequel j’aimerai avoir votre avis c’est le verdissement de la Politique Agricole Commune l’année dernière. Sa dernière réforme qui essaye de concilier développement durable et économie, pensez vous que sur le long terme cela peut fonctionner ?

Tout ce qui va dans une logique de verdissement, c’est positif. Malheureusement l’UE a poussé vers une agriculture de plus en plus intensive avec des installations plus grandes (élevage laitier, porcins) et des rejets qui ne sont pas maîtrisés. Aujourd’hui le problème, ce sont les trop grands rejets d’effluents dans l’environnement avec par exemple le nitrates, les pesticides. On a supprimé le cycle naturel des végétaux au nom de l’idéal économique. L’exemple concret qui suscite beaucoup d’interrogation c’est l’élevage des milles vaches avec un méthaniseur géant en Picardie qui montre à quel point l’UE est sur un double discours.

On va parler à présent de questions internationales et notamment des questions autour de la politique énergétique européenne : l’Europe importe les ¾ de ses énergies, et elle parle de préservation de l’environnement. Mais quand on lit un rapport de l’ONG «les amis de la Terre» paru en 2011, on se rend compte que la réalité est toute autre avec la mise en cause des multinationales pétrolières comme l’italienne l’ENI qui était au courant des dangers provoqués par les fuites d’oléoducs et le torchage du gaz au Nigeria. Assiste-t-on à un droit de l’environnement inégal ?

Il n’y a pas une bonne gestion de la chaîne de production. Prenons l’exemple de l’interdiction de l’exportation de déchets. La législation européenne est très sévère à ce sujet . Cependant, tout n’est pas rose avec l’importation des produits pétroliers, il y a encore des choses à faire et l’Europe devra y remédier et savoir si elle veut assumer cela ou favoriser la concurrence par le bas. C’est le cas dans de nombreux domaines comme la délocalisation dans des pays avec un coût du travail bas.
Dernière question, vous avez du remarquer, comme de nombreux Français, que le prix du gazole a baissé. Les USA ont relancé l’exploitation du gaz de schiste et se replacent premiers producteur de pétrole au monde. C’est une première depuis 1991 selon l’Agence Internationale de l’Energie, alors on attend quoi en Europe pour en faire de même ?

L’expérience américaine peut être tentante, mais elle est aussi révélatrice de deux choses. D’une part, les prix baissent et les calculs économiques ne sont plus valables aujourd’hui. Les autres pays producteurs ne veulent pas lâcher leur bras de fer avec les USA et ne veulent pas baisser leur production. Ils veulent casser les entreprises américaines qui on fait ce choix. D’autre part l’expérience montre que les dégâts environnementaux sont désastreux, enfin si on envisageait ce schéma en Europe, les prix seraient trop bas pour équilibrer le financement de l’exploitation.

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