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Independence Day Resurgence : une autoparodie insignifiante

Independence Day Resurgence : une autoparodie insignifiante

Nostalgie d’un âge d’or du cinéma de divertissement ou bien manque cruel d’inspiration des scénaristes ? Toujours est-il que la tendance à Hollywood depuis un an est aux suites de films cultes des années 1980-1990, avec la sortie en l’espace de quelques mois de Jurassic WorldMad Max Fury RoadTerminator GenisysStar Wars : Le Réveil de la Force, Creed, Ghostbusters 3… et Independence Day : Resurgence, la suite du film catastrophe réalisé en 1996 par Roland Emmerich, le maître incontesté du genre. Qu’a pensé Newsyoung de ce nouvel opus ? Pas grand chose à vrai dire, et on vous explique pourquoi.


Bigger is not better

Le scénario de Independence Day : Resurgence est on ne peut plus simple : vingt ans après les événements du premier film, les aliens sont de retour et bien destinés à se venger… mais cette fois-ci ils peuvent compter sur un plus gros vaisseau (et quand on dit gros, c’est gros : 5000 kilomètres de diamètre au bas mot !). Symptôme d’une époque où les films se doivent d’être toujours plus impressionnants que leurs prédécesseurs s’ils veulent marquer un public désormais rompu à la pyrotechnie et aux CGI caractérisant le blockbuster moderne.

La comparaison avec Jurassic World et Star Wars VII saute aux yeux, même si elle se révèle au final peu pertinente. De fait, bien que ces deux films reprennent en grande partie les prémisses des long-métrages originaux tout en cherchant à les dépasser en gigantisme, le côté méta de la démarche la justifie pleinement. Pour le premier, l’Indominus Rex est un dinosaure génétiquement modifié pour être plus grand, plus féroce et plus dangereux, afin de séduire un public pour lequel les dinosaures sont devenus d’une affligeante banalité vingt ans après l’ouverture du parc ; de la même manière, si les spectateurs avaient eu le souffle coupé en découvrant Jurassic Park en 1993, force est de constater que de tels effets spéciaux n’impressionnent plus vraiment aujourd’hui, forçant les scénaristes à imaginer des créatures toujours plus gigantesques. Pour le second, si la base Starkiller est bien entendu une Etoile Noire 3.0 (en plus grand et en plus puissante), elle s’inscrit dans un film fondé sur la notion d’héritage – héritage des événements de la trilogie originale mais également des films eux-mêmes, les deux se mêlant comme dans Jurassic World –, qui revendique son parallélisme avec l’épisode IV. Rien de tout cela dans Independence Day : Resurgence, qui refuse d’assumer l’héritage du premier film et rate la réiconisation des anciens personnages.

Des protagonistes insipides

Effets spéciaux et destructions en tous genres ne suffisent pas à faire un bon film catastrophe : des personnages attachants auxquels on peut s’identifier au milieu de l’apocalypse, telle est la clé. Hélas, Independence Day : Resurgence nous propose une brochette de nouveaux personnages tous plus unidimensionnels les uns que les autres : citons en vrac le pilote BG (joué par Liam Hemsworth, le frère de Thor et Gale dans Hunger Games), sa copine, son copain comic-relief qui veut sortir avec la pilote chinoise, la pilote chinoise, l’oncle de la pilote chinoise, le fils de Will Smith du premier film, la nouvelle Présidente (qui se fait tuer après 3 minutes à l’écran), le général qui la remplace, la psychologue jouée par Charlotte Gainsbourg qui ne sert absolument à rien, le chef de guerre congolais qui dégomme de l’alien au katana, le comptable comic-relief, et un groupe d’orphelins qui sort d’on ne sait où.

Tous ces personnages sont à peine esquissés, et peu ont droit à ne serait-ce qu’une scène d’exposition : beaucoup n’apparaissent même que quelques minutes au cours du film, et aucun ne connaît de réelle évolution. En bref, le spectateur que je suis ne s’est pas senti une seule seconde investi émotionnellement dans le film, ce qui est dommage. Pourtant Roland Emmerich nous a montré par le passé qu’il était capable de nous faire nous attacher à ses personnages, comme dans 2012, qui était avant tout l’histoire de la réconciliation entre un père ses enfants face à l’apocalypse.

Une autoparodie assumée ?

Independence Day : Resurgence est à 200 % un film de Roland Emmerich, en ce sens qu’il est un concentré de sa filmographie et des films catastrophes de manière générale. Certaines scènes sont par exemple extrêmement réminiscentes de 2012, comme le survol de Londres (qui rappelle la destruction de Los Angeles) ou encore le tsunami provoqué par l’atterrissage du vaisseau alien. De là à parler de parodie il n’y a qu’un pas, d’autant que le réalisateur semble s’amuser de ces topoï du genre, avec cette scène (ci-dessous) où la tour Burj Khalifa s’effondre sur le London Eye*, ou encore ce moment où un paquebot s’apprête à s’écraser sur la Maison Blanche (comme dans 2012) mais s’arrête à quelques mètres du bâtiment sans l’endommager. Dommage que Roland Emmerich n’explore pas davantage cette voie : il en aurait résulté un film beaucoup plus divertissant car moins sérieux, à l’image d’un Mars Attacks par exemple.

*A noter que le gratte-ciel le plus haut du monde devait à l’origine s’écraser sur la Tour Eiffel, mais que l’idée fut abandonnée en post-production à la suite des attentats du 13 novembre 2015 : force est de constater que les producteurs ont fait le bon choix, le film Bastille Day ayant été déprogrammé après l’attaque de Nice le 14 juillet dernier.

Le cinéaste n’a pas perdu son talent pour autant, et manie l’art de la destruction globale comme personne. Les effets visuels n’ont rien de révolutionnaire mais sont impressionnants, bien que le numérique ait tendance à banaliser la destruction, à l’inverse des effets spéciaux « pratiques » du premier film (l’équipe avait notamment fait sauter une maquette à l’échelle 1:24 de la Maison Blanche). Hélas, mises à part quelques fulgurances par moments, la mise en scène ne parvient pas à rattraper le manque de caractérisation des personnages et un scénario décousu, et ce n’est pas la lourdeur de l’humour du film qui nous le fera oublier.


Notre critique en bref :

Independence Day : Resurgence n’est donc pas un mauvais film, simplement un film insignifiant. Ne sachant sur quel pied danser entre gravité de ton et autoparodie, le film échoue sur les deux tableaux, la faute notamment à un trop grand nombre de personnages, souvent archétypiques et inutiles. Les quelques bonnes idées du film, comme celle de nous montrer le point de vue africain sur les événements de 1996 (ce continent étant largement sous-représenté dans les blockbusters, si l’on excepte la filmographie de Neill Blomkamp et la production nollywoodienne), ou encore d’introduire une autre race extraterrestre, immatérielle et ennemie de la première, proposant son aide aux humains, sont trop peu exploitées pour sauver un film oubliable, mais qui se laisse regarder comme divertissement pur.


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Etudiant en double cursus "Sciences et sciences sociales" à Sciences Po Paris et à l'Université Pierre et Marie Curie. Passionné de politique et de nouvelles technologies.

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