NEWSYOUNG
Now Reading:

INTERVIEW – Gilles Jacob tire sa révérence au Festival de Cannes

INTERVIEW – Gilles Jacob tire sa révérence au Festival de Cannes

Il est l’homme qui, vêtu de son smoking, a accueilli toutes les stars du cinéma au sommet des marches du palais du festival de Cannes. L’illustre chambellan du « plus grand festival du monde », comme il aime le rappeler, tire sa révérence à la Croisette après 38 années passées à la direction du festival. Emu par la gigantesque et -méritée- standing-ovation que lui a offert le public cannois lors de sa dernière cérémonie de clôture, Gilles Jacob, 83 ans, peut être fier du travail accompli.

Interview avec celui qui a tant œuvré pour le succès du festival.

Le jury de ce 67e festival de Cannes a décerné la Palme d’Or au réalisateur Turc Nuri Bilge pour son film Winter Sleep. Que pensez-vous de ce choix ?

C’est un jury cinéphile qui a couronné un très beau film, intense et exigeant. Si l’on aime le cinéma et que l’on accepte de passer trois heures dans une salle, on découvrira une belle œuvre.

Vous avez assisté aux délibérations du jury présidé par Jane Campion, le jury s’est-il mis d’accord facilement sur les différents prix à remettre ?

Le jury a bien travaillé et beaucoup discuté. Un bon jury est un jury qui a des avis différents, il s’agit de concilier les ressentis de neuf personnes différentes. Les membres avaient décidé que tout film ayant plus de cinq voix serait primé. Il y a eu des jurys nettement plus longs que celui-là qui a été raisonnable. Les délibérations ont eu une bonne longueur.

En début de soirée vous avez remis le prix de la Caméra d’or avec Nicole Garcia, quel a été votre sentiment à ce moment-là ?

Je voulais absolument ne pas me laisser submerger par l’émotion ! Mon seul problème était de veiller à ne pas éclater en sanglots. L’émotion est très forte quand pendant de longues minutes les gens sont debout devant vous pour saluer trente-huit années de travail. J’étais aussi très heureux d’être accompagné de Nicole Garcia que j’aime beaucoup. La présence de Jane Campion à la présidence du jury m’a beaucoup ému puisque c’est moi qui l’ai découverte dans un court métrage ; elle a ensuite eu la Palme d’or, et puis maintenant elle préside du jury. La boucle est bouclée.

« On doit maintenir toute l’année des relations avec les grands artistes du monde entier »

Vous occupiez le poste de directeur de festival de Cannes depuis 1978, puis de Président depuis 2000. Comment définiriez-vous ce métier pas comme les autres ?

Diriger Cannes c’est faire plusieurs métiers à la fois. Il y a un métier artistique consistant à choisir les films. Nous en voyons environ 1500 et nous devons en choisir 20. L’autre métier est celui de gestionnaire, assurer au festival son indépendance économique, ce que je suis arrivé à faire en quelques années. Il faut ensuite gérer les relations avec les artistes, les producteurs, les différents partenaires, la presse, la mairie de Cannes… Quand vous avez fait tout ça, la journée est bien remplie !

Quelles sont les exigences de cette fonction ?

Indépendance, honnêteté, et puissance de travail.

Quelle est la « face cachée » de votre métier ?

La face cachée du métier est de maintenir toute l’année des relations avec les grands artistes du monde entier de telle sorte qu’on crée un lien de pérennité qui fait que Cannes reste le plus grand festival du monde.

Votre meilleur souvenir de ces 38 années passées à Cannes ?

Le 50e anniversaire du festival, où j’ai réuni sur scène 28 Palmes d’or alors qu’il y avait dans la salle toutes les stars mondiales qui étaient de simples figurants en train d’applaudir.

Et le pire ?

L’arrivée dans le nouveau palais en 1983, où rien ne marchait… on avait failli arrêter le festival !

« Je tweete beaucoup de photos pour que les gens puissent participer au festival »

Quel a été le temps fort de cette 67e édition selon vous ?

Je serais tenté de dire mon départ mais ça serait un peu vaniteux, ce n’est pas mon genre. Le temps fort aura été ces nombreux applaudissements de la salle, notamment du public cannois qui représente environ 8% du public.

Nous vous avons vu beaucoup tweeter pendant ce festival… Quel est votre usage de Twitter ?

Je me sers de Twitter pour différentes choses. Le cinéma m’ayant comblé de ses bienfaits, j’essaye de lui rendre ce qu’il m’a donné. Je tente donc de participer à la vie du Festival sur les réseaux sociaux, et de faire découvrir aux jeunes twittos le grand cinéma classique d’autrefois qu’ils ne connaissent pas forcément. Je tweete aussi beaucoup de photos, prises dans les coulisses du festival, afin de les faire participer même s’ils ne sont pas à Cannes. L’idée est d’amener le festival dans les provinces et les villages pour que les gens puissent voir autre chose que la montée des marches ou les cérémonies.

Après toutes ces années passées auprès des plus grands noms du cinéma, comment quittez-vous la présidence du festival ?

Je quitte la présidence mais je ne quitte pas le festival ! (rires) Je reste au conseil d’administration, j’ai été nommé président d’honneur. Je suis aussi à la tête de la ciné-fondation, une action que j’affectionne tout particulièrement puisqu’elle porte directement sur la jeunesse. Je vais également former Pierre Lescure mon successeur. Après ces trente-huit années passées à la direction du festival, je ne peux pas me désintéresser de son avenir, le conseil d’administration l’a bien compris.

Que pouvons-nous vous souhaiter désormais ?

Une bonne reconversion ! Je passe à l’écriture, j’ai écrit quatre livres en cinq ans et suis actuellement en train de rédiger un nouveau roman. J’ai bien préparé ma reconversion pour ne pas rester sans rien faire, ça serait très mauvais pour un homme de mon âge !

Propos recueillis par Benoît GALLAND

Photo : AFP

Share This Articles

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Input your search keywords and press Enter.