Salut ! Salut !

Interview : la galaxie Douchka

Culture / Récents / 2 juin 2016

A l’occasion des 24 heures de l’INSA, Newsyoung a rencontré Douchka, artiste décalé et figure phare du label indépendant Nowadays Records. Retour sur une rencontre intergalactique avec l’étoile montante de la scène électro française.



NY : D’où ça vient Douchka ?

D : C’était une blague avec le nom d’une chanteuse de Walt Disney qui faisait des chansons pour enfants, comme Dorothée par exemple. C’est le surnom qu’on m’a donné parce que quand j’étais à l’internat au collège, on avait droit à une sortie par semaine, et une fois on est allés dans un bowling. C’était l’époque de la «Ferme des Célébrités», je sais pas si tu te souviens de ce vieux reality show trop pourri, trop moisi là. Il n’y avait que des vieilles stars déchues des années 1980, et la chanteuse Douchka en faisait partie. Et, tu sais, quand tu joues au bowling, tu te donnes un nom. Nous on avait pris les noms de l’émission, sauf que moi après, c’est resté. (rires) Quand j’ai commencé à faire mes DJ-set, vers 16-17 ans, j’ai dû trouver un nom et j’ai gardé ce truc là. J’ai voulu changer il y a un an et demi, parce que sur Internet, c’était la galère. Et puis il y a eu la RedBull Music Academy où j’ai été sélectionné avec ce nom là, et là je me suis dit «Bon bah c’est cuit quoi, je suis obligé de le garder» (rires). Mais c’est devenu un peu une blague après donc ça va. J’espère que les gens arrivent à voir la différence !

NY : On a regardé tes clips et on a vraiment aimé le parti pris visuel. Comment en es-tu arrivé à ce choix esthétique?

D : Pour le dernier Maxi, Together, moi j’avais juste dessiné l’élément principal de la cover, qui était l’espèce de piano-escalier, j’avais fait ça dans un train. J’avais dit aux mecs, les Gentils Garçons, que je voulais que ce truc là apparaisse dans la cover. Après, ils avaient carte blanche pour tout, à part que ça devait être de l’image fabriquée. Fabriquée, c’était pas forcément de la 3D au départ, ça pouvait être du collage, de la peinture, etc… Mais pas de prise de vue réelle. Pareil dans les clips. C’est super dur de dire ça parce que  t’as un timing un peu limité entre le moment où tu commences à travailler sur le visu et la sortie. Ils ont opté pour de la 3D, mais on voulait quand même un truc qui soit vraiment chiadé quoi, super propre. Du coup ils ont fait un truc de fou. C’est deux gars, qui s’appellent les Gentils Garçons. Je les avais découvert avec un clip qu’ils avaient fait pour un pote qui est Dream Koala. Et j’avais trouvé ça super beau, une claque esthétique. J’aime bien le beau aussi, et j’aime bien quand les trucs sont vraiment bien faits ! C’est cool, parce que souvent tu vois des trucs un peu cheap dans la 3D et là c’était vraiment bien bossé.

NY : C’est un visuel que tu veux garder pour tes prochains clips?

D : Je ne sais pas du tout. Je l’avais déjà fait pour Joyful c’était une main comme ça. C’est un peu mon espèce de délire d’oiseau. Je sais pas si je vais le garder mais en tout cas j’aime bien l’idée de créer ton image, de pas juste prendre une photo ou de faire comme tout le monde des clips avec l’appareil photo en 5D. Toutes les textures d’image se ressemblent en fait. J’aime bien travailler avec des mecs qui ont vraiment une patte. En plus ça collait vachement bien au son. Là je commence tout juste à travailler sur le prochain maxi, je sais même pas si ça sera un maxi ou un album. Mais par exemple le logo qu’ils ont fait, c’est quelque chose qu’on va bientôt amener sur scène. Après on verra quoi.  

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NY : Sur ta page Facebook, tu décris ton style comme «Intergalactic beats». Qu’est ce que ça veut dire ?

D : (rires) Alors en fait justement ça veut rien dire. Souvent on nous associe, particulièrement chez Nowadays (le label dans lequel je suis, où il y a aussi Fakear, La Fine Équipe..), à un mouvement qui s’appelle «Future Beats». Moi, j’ai pas l’impression de faire des trucs du futur. Je fais juste mon truc de maintenant quoi, ce que j’aime. Mais quand les gens te demandent «Quelles sont tes influences ?», la question la plus difficile et la plus ingrate à laquelle répondre parce qu’il y a trop de trucs en fait, forcément tu vas aimer des trucs super mainstream comme Gorillaz ou même Black Eyed Peas, que je kiffe vraiment, et des trucs hyper perchés comme Nils Frahm ou Dorian Concept. Du coup, tu sais pas quoi : t’aime le hip hop, la musique classique, la pop, des trucs de rock… Donc c’est vraiment un mélange de tout ça et là c’est un truc de l’espace… Mais c’est vraiment plus une blague qu’autre chose, je suis pas dans le délire de Jacques qui cherche le cosmos et tout. Il y a rien de scientifique là dedans, fallait juste trouver un nom un peu bête et voilà.

NY : Tu as évoqué Fakear. Tu as fait une tournée avec lui récemment, comment vous vous êtes connus ? Est-ce que c’est un artiste que tu admires particulièrement?

: Que j’admire, non. Moi j’admirais surtout … enfin j’ai connu Nowadays avec La Fine Équipe, avec les Boulangeries. C’était le seul label de beatmakers indépendants à l’époque. Et Nowadays au même titre qu’On And On avec 20syl c’est des labels qui ont été créés par des crews de DJs pour qu’ils puissent sortir leurs sons eux-mêmes. Fakear, c’était la première signature de ça mais quand je l’ai vu la première fois c’était à Astropolis en tremplin. Il avait même pas de MPC (ndlr : Music Production Center, une machine pour produire de la musique), il avait qu’un truc, aucun décor, rien du tout. C’était au tout début. J’avais trouvé ça ouf en fait, l’énergie que le mec avait. Après dans les sonorités, je pense que Fakear a un background beaucoup plus pop-rock, groupe, que moi. Je ne me vois pas du tout avec des musiciens sur scène, par exemple. Alors que pour lui c’est vraiment devenu un truc indispensable maintenant. Mais après, tourner avec lui c’était génial. On a fait que des salles de ouf toute la semaine, complet tous les soirs, tu joues devant 2000 personnes dans des conditions de malade, donc ouais c’était génial. Par contre, j’admire vraiment beaucoup la personne qu’il est parce que pour son âge avec tout ce qui lui arrive, c’est juste incroyable l’humilité et la distance qu’il prend par rapport à ça. Il y a des mecs qui ont le dixième de sa notoriété qui se sentent plus. Lui, il est super sympa.

NY : C’est un truc difficile, ça, quand tu commences à être connu, de faire la part des choses entre ta notoriété et la personne que tu es ?

D : Bah moi c’est cool parce qu’en dehors de mes potes qui trouvent ça ouf parce qu’ils m’ont vu au tout début, personne ne me reconnaît. (rires).Et ça je trouve ça très bien. Moi tu vois un buzz… je sais pas comment tu peux réagir à un truc pareil. Fakear il pouvait même pas aller dans le public voir nos premières parties parce que les gens direct lui foncent dessus pour une photo et tout. Alors que nous on allait voir Fakear dans le public tranquille, on avait joué juste avant et personne ne nous reconnaissait ! C’est super plaisant quand tu fais une ou deux photos quand un mec a acheté ton vinyle à Bordeaux et qu’il te demande de le signer. T’es genre : «Waouh, trop dingue !». Après faut garder le truc relax. Moi je préfère justement le plan de carrière où tu prends vraiment le temps de construire le truc, d’arriver petit à petit et de poser les bases au fur et à mesure. Parce que quand t’as un truc énorme qui raboule comme ça direct, ça doit faire un  peu bizarre. Il faut être entouré des bonnes personnes.

Fakear à Garorock

Fakear aux platines à Garorock, photographié par Newsyoung.

NY : Et donc pour le moment, tu arrives à gérer ta vie personnelle et la musique à côté ?

D : Ouais, alors après c’est un peu chelou, tu fais aucun plan de projets… J’ai un autre truc aussi qui s’appelle LESKA avec Les Gordon, qui est avec moi ce soir. L-E-S-K-A, Les Gordon + Douchka, super compliqué, on a vraiment galéré pour trouver le nom. (rires) Mais du coup j’ai ça qui va prendre beaucoup de place à partir de la rentrée. Et après il y aussi le fait de rentrer en édition chez Warner : tu commences à travailler pour d’autres artistes qui cherchent des beatmakers, tu te retrouves à travailler avec des gens un peu ouf… C’est génial, mais derrière t’oublies pas que tu vis toujours à Rennes dans ton 20 mètres carrés. J’ai toujours les mêmes potes. Ça, ça n’a vraiment pas changé.

NY : Donc pour toi, la suite c’est Warner et ça ?

D : La suite vraiment sous Douchka ça va être une prochaine sortie. J’ai sorti deux maxi en moins d’un an, ce qui est pas mal, du coup je ne sais pas si on va ressortir un truc avant la fin de l’année… Il y aura autre chose avec LESKA à la rentrée, ça c’est sûr. Une tournée avec LESKA aussi, ça c’est sûr. Après il y a pas mal de dates cet été, des gros trucs comme le Garorock, le Dour Festival, ça c’est chanmé, des plus petits festivals qui sont en train de se confirmer maintenant…

NY : Et ça te plaît de jouer dans des festivals ? C’est un public que tu considères comme acquis?

IMG_2065D : J’en ai pas fait beaucoup, c’est un truc que je découvre. C’est facile d’arriver avant Fakear et de jouer, parce que les gens aiment ce son là, donc ils arrivent et ils kiffent. Mais ce n’est pas acquis non plus, parce que t’en as plein qui te connaissent pas. Mais par contre, ils comprennent ton son et l’apprécient. Quand t’arrives sur scène après un groupe de rock, les gens ne te connaissent pas, tu sais pas trop ce qu’il va se passer. Parfois, t’as des super surprises, comme t’as des bides énormes. Tu vois, j’ai fait des premières parties de Jabberwocky à la Gaieté Lyrique. J’en garde pas un mauvais souvenir mais c’est à dire que les gens étaient là «Mais qu’est ce que c’est que ce truc ?!», «On comprend rien», «Il tape sur une espèce de boîte là, c’est quoi ce délire», «Elle est où la guitare ?» … Mais c’est vachement bien de jouer aussi devant des gens qui viennent pas te voir toi. Je préfère mille fois avoir dix personnes sur cent qui vont avoir la découverte, trouver ça cool  et suivre tout ce que tu fais après, plutôt qu’en avoir 200 qui viennent juste pour le son, la soirée, qui savent qu’ils vont kiffer.

NY : Une question plus générale : un album ou un artiste que tu as découvert en 2016 et que tu as beaucoup aimé ?

D : C’est pas vraiment des découvertes, mais il y a juste tellement de bons albums qui sortent en ce moment … C’est de la folie ! T’as le nouveau Kaytranada, le nouveau James Blake, le Chance The Rapper qui est sorti hier et qui est juste incroyable… Je l’ai écouté dans le train en venant, c’est une tuerie. En fait, il y a trop de bons albums en ce moment, je sais pas ce qu’il se passe, s’ils ont tous décidé de rentrer en studio au même moment ou quoi.  Que j’ai découvert ? Moi je découvre des artistes, mais rarement des albums. Je vais aller écouter l’album quand je connais vraiment bien l’artiste. Il y a vraiment plein de trucs que j’écoute quoi.

NY : De la chanson française ? #questionrandom

Mars balnéaire, de Flavien Berger.

D : Ouais si si, carrément. Flavien Berger, j’aime beaucoup. J’aime vraiment ce qu’il fait, je trouve ça très très cool. Après en chanson française ça va plus être du rap. J’ai mes vieux classiques de rap, qu’on a qualifié d’ «alternatifs» à un moment, genre Klub des Loosers je suis archi fan. J’aime beaucoup ce que fait Grems aussi. En pop française, un groupe que j’adore à Rennes, mais qui chante en anglais et qui s’exporte mieux à l’inter’ qu’en France, c’est Her. Et c’est génial aussi, c’est mortel ce qu’ils font. Ils jouent pas mal en France, mais c’est juste que là à Londres et aux États-Unis, les gens sont fous sur eux, même Pharrell Williams qui les a playlisté. C’est juste dingue, les mecs sont Rennais quoi ! Mais ouais, il y a plein de trucs là. Et comme j’écoute la musique comme tout le monde sur YouTube, Soundcloud et tout, c’est plus des morceaux que j’apprécie vachement.

NY : Soundcloud qui devient payant d’ailleurs, t’en penses quoi ?

: Ouais bah moi je suis pas forcément contre tu vois. Je paye Soundcloud depuis que la plateforme existe, même si c’est surtout pour pouvoir avoir un compte artiste. Mais ce site, tu en profites, c’est vachement bien, super bien foutu, tu peux faire tes playlists … Je vois pas pourquoi à un moment ça devrait être complètement gratuit ! La musique c’est déjà gratuit, si en plus toutes les plateformes doivent êtres gratuites aussi… Je vois pas pourquoi Spotify devrait être gratos et pas d’autres. Et là du coup tu retrouves Monsieur Kanye West avec Life of Pablo dessus, c’est cool. Non, moi j’ai pas de problème avec ça.  Tout le monde crie au loup mais bon.

NY : Tu aurais quelque chose à ajouter?

D : Allez voir Les Gordon ce soir, c’est super sympa !

Douchka


Newsyoung aux 24h, ça donne ça :






Marine Idir




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