Salut ! Salut !

Interview : Seiho nous parle Japon et « interzone sonique »

Culture / Récents / 21 juin 2017

La Magnifique Society, ce n’était pas seulement Vitalic et autres habitués des festivals français. C’était également l’occasion de découvrir, un peu à l’écart des grandes scènes, une véritable bulle nippone: le Tokyo Space Odd. Dans ce curieux espace se sont succédés dégustations de sucreries, battles de jeu vidéo mais surtout concerts d’artistes locaux. Seiho, DJ calme et souriant originaire d’Osaka nous a fait le plaisir de nous conter son destin d’artiste japonais, entre influences jazz et descentes de police.


Bonjour Seiho ! Votre concert d’hier sur la scène Club était très léché, très travaillé… Comment avez vous préparé cette tournée comparé à la façon dont vous l’auriez fait au Japon ? 

Il se trouve que je viens très peu souvent jouer dans votre pays. Du coup ce que j’essaie de faire, c’est de prendre le meilleur de ce que j’ai fait lors de mes précédentes tournées, notamment au Japon et aux Etats-Unis et d’amener ça ici, en France.

On a également vu qu’au Japon, les relations entre forces de police et artistes pouvaient être compliquées*. Comment votre travail s’en est-il trouvé impacté ? Comment cela influe-t-il sur le quotidien des artistes japonais de manière générale?

En fait c’est dans les années 2008/2009 qu’ils ont changé la loi, au moment où je finissais mes études. J’étais à Osaka, et il se trouve que le premier patron de club qui s’est fait arrêté était justement à Osaka, dans mon quartier. J’ai commencé ma carrière dans le contexte de ces lois et n’ai du coup pas expérimenté « l’avant » en tant qu’artiste. Du coup j’ai vraiment développé ma manière de faire avec ces lois et avec le public. Nous avons beaucoup échangé avec ce dernier pour trouver comment entrer dans le cadre du légal. La police vient néanmoins souvent nous rendre visite. Le côté positif est que cela crée une solidarité entre la foule et l’artiste ! Evidemment il faut s’arrêter… Mais une heure plus tard on recommence, avec un son plus bas, pas plus fort que celui d’un iPhone parfois ! C’est positif en cela que ça renforce notre relation avec le public…


  • Depuis 1948, danser en club après minuit était interdit au Japon. A l’approche des JO de 2020 et en prévision d’un afflux conséquent de touristes , le pays hôte a été  fortement poussé à adopter une position plus ouverte à l’amusement. La loi a donc été abrogée en 2016. 

Plus d’informations en cliquant ici.


Pour en revenir à votre style musical, la musique japonaise est encore peu connue du public en Europe, comment définiriez-vous votre musique pour un non initié, quelles sont ses influences? 

Je crois que je souhaite une musique qui traverse à la fois les frontières physiques et les frontières de soi, une « interzone sonique »…

Mes influences ? Depuis tout petit, mon père adorait le jazz, ma mère était aussi amatrice de musique d’origine noire américaine, tout en étant tous deux japonais. J’ai donc mélangé ces inspirations. Les musiques de mes prédécesseurs japonais déteignent aussi sur mes morceaux. Mais je ne sais pas si ce que nous, artistes japonais, partageons est réellement de l’ordre du musical. Je me demande si ce n’est pas plutôt notre environnement social commun qui a influencé notre musique de façon similaire.

Au Japon, ce sont souvent des groupes qui trouvent le succès, est-ce que ça a été plus difficile d’émerger sur la scène japonaise en tant qu’artiste solo?

Çà dépend de la définition qu’on a du succès. En ce qui me concerne, en tant que compositeur, producteur, je peux également faire des projets pour les autres, ça ouvre mon champ des possibles. J’essaye de partager ce que je ressens à travers ces projets aussi. En réalité, il y a aujourd’hui au Japon assez peu d’artistes solo. Ils ne connaissent pas forcément un grand succès mais cela peut être suffisant pour vivre de leur art. En Europe il y a des gens qui ont un boulot à coté et restent artistes, c’est moins le cas au Japon. Au final, je pense que c’est vraiment une question de perception du succès…

Vous avez récemment collaboré avec Nike pour une publicité. Quelle forme a pris cette collaboration ? Est ce que vous voyez votre travail d’artiste comme quelque chose allant plus loin que votre musique « seule »? 

Oui effectivement ! Nike nous a donné une réelle liberté de création, c’était une vraie collaboration, pas seulement une commande où ils nous auraient dit « tiens, fais nous une musique », c’est d’ailleurs cela qui était réellement intéressant. Après, en dehors de la musique, en tant que producteur et compositeur, j’aime aussi exprimer mes messages à travers des installations par exemple. Vu que je suis tout seul, il est d’autant plus aisé de changer le format de mon expression artistique, je suis libre !


Pour revoir l’aftermovie de Newsyoung à La Magnifique Society, c’est par ici !


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Anaïs Richard




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