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J’ai mal à ma France

Nous ne sommes ni politiciens ni journalistes. Nous ne sommes que des lycéens, de de droite et de gauche, insurgés par la montée fulgurante d’un parti d’extrême-droite. Cet article a été coécrit non dans le but d’influencer, mais uniquement dans le but de faire valoir une de nos libertés individuelles : notre liberté d’expression.

 

Une affiche du Front National au lendemain des résultats des élections européennes de 2014.

Une affiche du Front National au lendemain des résultats des élections européennes de 2014.

A.T

Dimanche, je suis tombée de haut. Très haut.

En voyant le score du FN, j’ai compris. J’ai compris que les Français ne sentaient plus écoutés, qu’ils cherchaient à montrer leur désaccord avec les politiques menées par le Gouvernement, et ce par n’importe quel moyen, quitte à renier les valeurs de la Vème République.

En ce qui me concerne, j’attribue ce désastre électoral et même civique à la crise. En effet, une crise économique a des effets dévastateurs dans une société. L’augmentation foudroyante du chômage de masse implique forcément un affaiblissement de la cohésion sociale, avec un repli sur soi très important. C’est ce que nous dit Robert Castel. Mais laissons un peu la sociologie de côté. On peut également l’attribuer à ce qu’on pourrait appeler l’inactivité de François Hollande ou encore la déception de l’électorat de gauche face aux mesures d’austérité menées par Manuel Valls. Mais je pense que ces éléments ne font que s’ajouter aux répercussions de la crise.

Nous en arrivons là aux prémices du drame. Il faut trouver un coupable. Un coupable qui doit endosser  les fautes des politiques, des banques, des acteurs généraux de la crise. Et ce coupable type, bien qu’il n’existe pas en soi, est largement instrumentalisé par les partis populistes. En effet, ces partis (pour ne pas citer le Front National bien évidemment) donnent l’image d’un parti conservateur mais ayant une dimension sociale et cherchant -soit disant- le bien-être des Français. Et là est le piège. Ces partis se décrivent comme étant les justiciers de la France, « ni de gauche ni de droite » (ce qui rappelons le, était le slogan de Mussolini), luttant contre les méchants fonctionnaires de l’Etat, Enarques ou Polytechniciens. Ainsi, l’image du populisme d’extrême droite se « dédiabolise », non sans l’aide précieuse des médias de masse. Né alors un racisme décomplexé, une homophobie assumée et pour ajouter la cerise sur le gâteau, une admiration envers Vladimir Poutine. Oui, Vladimir Poutine, vous vous souvenez, le Président de la Fédération de Russie (qui est d’ailleurs plus un despote qu’un Président étant donné les multiples fraudes durant les élections russes) qui impose une lutte absolue contre l’homosexualité et qui a cherché à réduire à néant la liberté d’expression (qui est une liberté individuelle défendue par la démocratie) des Pussy Riot en 2012. En effet, quel homme !

Ces valeurs communes rapprochent les électeurs potentiels. Ils se découvrent des semblables, partageant les mêmes convictions, assumant ce même populisme décomplexé. Certains vont se dire « Eh puis merde, je vote FN ! », histoire de contester le gouvernement en place, de montrer leur colère, leur désespoir, puis militeront. Seulement, est-ce qu’un seul d’entre eux aura lu le programme de Marine Le Pen (encore faudrait-il pouvoir le trouver) ? Est-ce qu’un seul d’entre eux pourrait me définir la notion de protectionnisme économique « intelligent » ?

Et là, c’est le drame.

Un électorat jeune, quasiment 1/3 des moins de 35 ans selon le sondage Ipsos-Steria ont voté pour l’Horreur. Une horreur masquée, dédiabolisée. Une horreur qui nous rappelle un peu un parfum de krach boursier des années 1930, un parfum d’années sombres. Bon sang mais où va la jeunesse ? Où est passée la jeunesse sartrienne, politisée, aux idéaux révolutionnaires ? A quel moment avons-nous cru que la République était acquise ? Bon sang mais à quel moment nous sommes-nous perdus ?

J’ai l’impression qu’aujourd’hui la France est malade. Malade de mensonges, de démagogie, de haine et d’individualisme. J’ai perdu foi en la justice sociale et je perds peu à peu fois en l’Humanité. A quoi servent nos cours d’Histoire ? Comment peut-on voter pour la haine ?

J’ai honte de ce que sont devenus les fils de la Démocratie et de la Résistance.

Antoine Desferet

Le titre de cette tribune n’est pas une simple phrase lancée en l’air, ce n’est pas une simple invective qui ne porte finalement aucun sens, loin de là. Ce titre est bien plus que cela et il dépasse chacun d’entre nous. Par ces élections européennes, c’est la France qui souffre, c’est l’Histoire qui souffre, c’est l’âme de notre peuple qui souffre et qui exprime son désespoir.  Alors ne nous méprenons pas et sachons tirer les conséquences et les leçons de cette élection. Tout d’abord, il semble particulièrement évident que le résultat de cette élection est un message direct au gouvernement et au président de la République, mettant encore plus en lumière le mécontentement des français face à une gestion totalement irresponsable du pays. Toutefois, ne nous voilons pas la face, ne fuyons pas ou plutôt ne fuyons plus la vérité de notre monde. Ce message, en plus d’être adressé au pouvoir en place, s’adresse à l’ensemble de la classe politique. Le message est clair : « mesdames et messieurs les dirigeants, il est grand temps de mettre de l’ordre dans vos affaires, il est grand temps de remettre de l’éthique en politique ». Voilà le message principal de ces élections et sachons respecter le mécontentement des français et en tirer les conséquences.

Nous sommes en réalité à l’aube de la naissance d’un nouveau monde face à ce bouleversement politique. La gauche ne s’en sort plus et est plus que certaine de continuer à baisser dans les scores des prochaines élections, le centre n’arrive pas (encore ?) à s’imposer comme alternative politique majeure, la droite, et plus particulièrement l’UMP, est en décomposition avec les dernières révélations qui mettent encore plus à mal la crédibilité d’un parti qui aurait pourtant dû s’élancer dans le boulevard du mécontentement des français, et pour finir, le FN, force politique marginalisée fut un temps mais qui s’impose aujourd’hui comme le premier parti de France aux européennes. Le tableau de notre paysage politique est bien maussade pour une nation qui s’imposait encore, fut un temps, comme moteur de la construction européenne. Voulant éviter de tomber dans l’idéologie, je n’entends pas parler ici de la relation franco-allemande durant le mandat de Nicolas Sarkozy, mais de l’Histoire de la France qui est liée à celle de l’Europe car l’une ne va pas sans l’autre, je veux parler de Victor Hugo quand il s’exprimait sur « les Etats-Unis d’Europe », je veux parler de nos pères morts pour la France mais aussi pour un idéal de liberté et de paix, je veux parler de tous les hommes et les femmes qui se sont engagés dans la construction de cette Union.

François Hollande disait « sortir de l’Europe, c’est sortir de l’Histoire ». Il avait raison, nous ne pouvons pas sortir de l’Europe, c’est impossible. Néanmoins, le score du Front National révèle un manque d’intérêt de la part des médias français pour l’Europe.  Je ne prétends pas tout connaitre sur l’Europe mais comment voter, en connaissance de cause, aux élections européennes pour un parti dont le slogan est « Oui à la France, non à Bruxelles » ? La vérité c’est que nos médias préfèrent prophétiser la montée de ce Front National plutôt que de faire des émissions et des reportages de manière régulière sur l’Europe, son fonctionnement et sur comment elle impacte nos vies. Cette simple décision, aussi simple soit-elle, aurait pu faire baisser l’abstention.

Je ne veux blâmer personne en particulier pour l’échec de ces élections en France et je ne tiens surtout pas à affirmer que les Français sont bêtes car ils agissent en connaissance de cause et ont toujours écrit l’histoire de notre nation mais nous sommes à la frontière d’un monde qui meurt et d’un autre qui nait. Dès lors, la France doit se relever, comme elle l’a toujours fait, et avancer. Au-delà des partis politiques, qui doivent se relever, et de nos idées qui nous sont propres, les dirigeants de notre nation doivent tirer les conséquences de cet échec et le montrer par des actes en instaurant de l’éthique en politique, en évinçant les personnes qui ne méritent pas ou plus la confiance des français, en retrouvant leur dignité et en avançant pour construire l’avenir de notre France.

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