NEWSYOUNG
Now Reading:

Jusqu’où l’Europe peut-elle s’élargir ?

Jusqu’où l’Europe peut-elle s’élargir ?

L’Union Européenne, depuis sa création, n’a eu de cesse de s’élargir. Elle a ainsi débuté avec 6 pays, membres de la CECA, puis de la CEE, pour être rendue aujourd’hui à force d’élargissements à 28 États-membres, atteignant une population totale de 500 Millions d’habitants. Ainsi, se pose une question inévitable, et qui est l’un des thèmes de campagne de ces élections Européennes du 25 mai, qui est la suivante : jusqu’où l’Europe peut-elle s’élargir ? Cette question soulève bien des problèmes auxquels l’UE doit faire face, et au cœur de ceux-ci, un profond problème identitaire.

En effet, si l’on est aujourd’hui face à un multiple identitarisme des individus (c’est-à-dire le fait qu’un même individu appartienne simultanément à plusieurs communautés, et s’identifie à elles : États, régions, associations, religions…), il faut afin de décider ou pas de l’adhésion d’un État candidat à l’UE, définir sur quels critères l’on se base pour dire qu’un pays peut être ou pas “Européen”. Mais quelle définition prendre en compte ? Une définition purement géographique ? Une telle définition serait obsolète, à l’heure même où les théoriciens en relations internationales affirment que dès la création de la CEE, l’objectif était de se servir de l’intégration économique afin de créer une intégration politique (ce que les spécialistes appellent le “spill-over” politique). Alors pourquoi pas une définition culturelle ? L’UE reposerait alors sur des valeurs communes, un héritage commun à tous les États-membres. Mais le problème fondamental de cette définition est qu’elle reste très subjective : il est donc très difficile de définir clairement les limites de l’Europe avec celle-ci. D’ailleurs, un groupe de travail a été créé en 1964 par la Commission Européenne afin de définir clairement les limites de l’Europe : les membres de ce groupe travaillent toujours. Ce problème est d’ailleurs illustré par la candidature de la Turquie à l’UE : depuis 1964, le pays frappe à la porte de l’UE, et n’obtient aucune réponse claire sur sa demande d’adhésion.

Enfin, les gouvernements des États-membres ont, lors du Sommet de Copenhague en 1993, tentés de définir des critères objectifs afin de régler cette problématique du refus ou de l’acceptation des pays candidats, telle la Turquie (voir les Critères de Copenhague ici en Français, et dans sa version complète en anglais ici).En résumé, ces critères sont que le pays candidat devrait respecter les droits de l’homme, être une démocratie, avoir une économie de marché et être apte à faire face à ses responsabilités d’État-membre s’il venait à être intégré à l’UE. Si ces critères englobent bel et bien différents types d’intégration (politique, sociologique, économique), ils soulèvent néanmoins beaucoup de questions. Par exemple, la Turquie peut-elle réellement être considérée comme laïque, alors que c’est l’armée qui doit veiller au grain de cette laïcité ?

De plus, ces élargissements ont des effets et des conséquences sur l’Union Européenne, effets malheureusement pas toujours positif. En effet, l’adhésion d’un État candidat repose sur le modèle “gagnant-gagnant” : l’UE comme l’État doivent tirer profit de cette adhésion. Or, ce modèle a ses limites. De plus, aujourd’hui la taille ne fait plus la puissance (le parfait exemple étant l’exemple du Qatar), tout comme le fait que la puissance, qui reposait auparavant uniquement sur le domaine militaire, tend à être redéfinie aujourd’hui en prenant en compte différents paramètres économiques, politiques, culturels… Ainsi, une Europe plus large ne serait pas forcément une Europe plus puissante.

Déjà, l’UE est critiquée pour sa lenteur dans sa gestion des crises internationales. Ceci vient de la difficulté qu’ont les différents États-membres à s’entendre et à définir une orientation commune, et on peut penser que de nouveaux pays-membres ne feraient qu’accentuer le problème. Enfin, et on ne peut faire l’impasse là-dessus : une adhésion peut coûter à l’UE, car cela fait plus de subventions et d’aides à donner. C’est malheureusement aussi un critère qui ne va pas dans le sens d’un élargissement de l’UE. Alors, quelle réponse donner aux États candidats à l’adhésion à l’UE ? Comme le prônait Hubert Védrine en son temps dans un article du Monde (article du 6 décembre 2002), il faudrait proposer une alternative à l’adhésion aux États dans la périphérie de l’Union. Des accords de partenariats stratégique, politique et militaire, afin que ce ne soit pas “l’adhésion ou rien”.

Ce débat sur l’élargissement de l’Union Européenne, qui divise les différentes listes inscrites aux élections de 2014, est donc loin d’être terminé, et ne pourra pas être terminé tant que l’Europe ne se sera pas trouvé d’identité propre, et de limites clairement définies.

Share This Articles
Written by

Etudiant à Sciences Po Paris, et en Droit à Paris II - Panthéon Assas. J'aime la politique, l'économie, le droit, la philosophie, et tout ce qui peut me permettre de comprendre un peu mieux ce qui se passe dans notre monde qui tourne de moins en moins rond.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Input your search keywords and press Enter.