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Kavinsky à fond la caisse

Kavinsky à fond la caisse

La chanson parle d’un garçon sentimental à la voix mécanique, comme dans Phantom Of the Paradise, peut-être a-t-il vendu son âme au diable. Et il y a cette fille, qu’il veut conduire à travers le soir, en bas des collines, pour lui dire enfin ce qu’elle ne veut pas entendre. Nightcall, c’était LE tube électro français d’il y a un an et demi. Il a d’ailleurs mobilisé toute la grande famille de l’électro made in France : produit par Guy-Manuel de Homem-Christo (Daft Punk), mixé par SebastiAn, remixé par Xavier de Rosnay (Justice) et par Breakbot. Le titre a été popularisé par la B-O du road-movie spectral Drive en 2011. En même temps que le film, c’est-à-dire instantanément, la chanson est devenue culte, et a gagné la force vague et mystérieuse d’un hymne pour toute une certaine jeunesse noctambule et romantique.

Il serait pourtant triste de réduire Kavinsky à Nightcall, ce qu’il nous démontre avec brio dans son premier album, Outrun, l’œuvre de plusieurs années où se confondent parfaitement quelques titres déjà entendus et de nombreux inédits. Parfaitement parce que l’album a une cohérence. Il y est question du début à la fin de l’histoire du Deadcruiser. 1986. Un ado comme les autres est condamné à ne faire plus qu’un avec une Testarossa « de la même couleur que Mars », les yeux injectés de sang, errant à jamais sur les routes, à ruminer pour toujours un amour immortel. Un développement de Nightcall en quelque-sorte, mais un album-concept qui vaut le détour, son originalité étant d’abord de ne pas tout raconter. Si les albums-concept comme ceux de Gainsbourg par exemple reposent surtout sur des paroles abondantes et expressives, ici c’est justement l’inverse qui se produit, et sur treize titres, six sont vraiment dotés de « paroles », en anglais, pas forcément compréhensibles à la première écoute. Plus de la moitié du disque est donc constituée d’instrumentaux intégraux, qui évoquent immédiatement une ambiance sans imposer aucun scénario. L’auditeur a la bande-originale, à lui de tourner le film dans sa tête. Un film qui ressemblera au clip de Protovision : route de nuit, grande vitesse, lunettes noires, voiture rouge. Il est d’ailleurs intéressant de remarquer que depuis les ZZ Top, aucun musicien n’a été plus obsédé par les voitures rouges que Kavinsky – lequel partage avec les rockeurs texans un goût prononcé pour les gros sons bien baveux et les riffs qui tachent. Ajoutez à ça une bonne dose de synthé et de vocodeur daté eighties, et un soupçon de rap West Coast plus les cordes qui vont avec, vous obtenez un album sorti des entrailles d’un bouquin de Bret Easton Ellis, 1985.

« Il faisait encore jour à sept heures du soir, le ciel restait orange jusqu’à huit heures, des vents brûlants traversaient alors les canyons et le désert. Quand l’obscurité tombait pour de bon, la nuit était noire et brûlante ; mais parfois d’étranges nuages blancs traversaient lentement le ciel avant de disparaître à l’aube. Tout était silencieux. Conduire sur la 110 à une ou deux heures du matin était très étrange. Aucune autre voiture ne circulait et si je m’arrêtais sur le bas-côté de la route, si j’éteignais la radio et baissais les vitres, j’entendais seulement le silence. Et ma propre respiration, rauque, inégale, sifflante. Mais je ne faisais pas ça longtemps, car je repérais bientôt mes yeux dans le rétroviseur, leurs orbites rougies, effrayées, je prenais vraiment peur sans raison et je rentrais à la maison à toute vitesse. » (Trad. par Brice Matthieussent)

C’est drôle. J’ai l’impression que Kavinsky, le conducteur de Drive et Clay, le narrateur de Moins que zéro sont en fait le même personnage, d’autant que la silhouette sur la couverture du livre de poche aux éditions 10/18 fait beaucoup penser à Ryan Gosling. Ces trois personnages sont le même cow-boy juvénile et torturé, pourtant tout-puissant au volant de sa machine. Mais au-delà des grosses cylindrées, cet archétype du voyageur sans destination séduit à tous les coups. L’identification est facile. On a tous une raison de prendre la route.

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1 comment

  • Superbe article, ça donne envie, moi perso en écoutant l’album je peux pas m’empêcher de penser à « Lost Highway » de David Lynch…

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