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La contraception masculine, une innovation compliquée

La contraception masculine, une innovation compliquée

Si la contraception féminine fait beaucoup de bruit et occasionne de nombreuses polémiques, la contraception masculine, quant à elle, reste peu connue. État des lieux.

Les recherches sur la pilule masculine ne datent pas d’aujourd’hui. En effet, dès 1958, des travaux ont été réalisés par Heller inhibant la production de spermatozoïdes. Si les résultats n’étaient pas concluant du fait d’effets secondaires désagréables (diminution de la virilité, par exemple), dès 1976 un gynécologue français a opéré des recherches dans cette lignée mais en se concentrant tout particulièrement sur une administration de la contraception par voie orale. Puis, un traitement pilule-gel a vu le jour à l’issue d’études de l’hôpital Bicêtre. Ce traitement qui fonctionne bien, connaît tout de même des problèmes de commercialisation puisque les essais cliniques règlementaires ne trouvent pas de financement chez les industries pharmaceutiques. Pourtant, la demande venant des nombreux couples dont la femme souffre de problèmes dus à la contraception féminine est grandissante. Pour ne citer qu’eux, car en réalité la prise de la pilule contraceptive est une contrainte pour chaque femme. Ce traitement a été repris à travers le monde (Lyon, Rennes, Seattle, San Francisco, etc…), c’est dire l’intérêt que les recherches suscitent. Aujourd’hui, la pilule masculine est encore au stade de la recherche même si un traitement est déjà disponible. Cela nécessite plusieurs injections intramusculaires hebdomadaires en sachant que l’administration est limitée à 18 mois. La révolution n’est pas encore là.

Cependant, fin 2013 de nouvelles recherches ont été publiées dans la revue américaine, Proceedings of National Academy Of Science. Les chercheurs sont parvenus à inhiber par modification génétique deux protéines nécessaires à l’éjaculation de spermatozoïdes mais «sans affecter la viabilité à long terme du sperme ou la santé générale et sexuelle du mâle. Simplement, le muscle ne reçoit pas le message chimique lui indiquant de faire avancer les gamètes» selon le chercheur Sabatino Ventura. Les chercheurs, après avoir constaté des résultats très satisfaisants chez la souris, doivent maintenant trouver le moyen chimique d’obtenir les mêmes résultats chez l’homme. Cela prendrait, selon eux, dix ans. De plus, le Professeur Jacques Young, endocrinologue spécialiste des maladies de la reproduction expliquait, à l’époque, au Figaro que: «Les récepteurs visés par cette expérimentation ne sont pas spécifiques de l’appareil reproducteur masculin. Ils sont présents dans tous les muscles lisses du corps. Des molécules qui bloqueraient ces récepteurs auraient sans doute des effets secondaires.». Pour lui, la recherche de Martin Matzuk et ses collègues est plus prometteuse. Ils sont parvenu à isoler une protéine seulement présente dans le testicule et qui est essentielle à la spermatogenèse (production de spermatozoïdes). La stérilité se traduit, alors, par l’absence de spermatozoïdes chez les hommes. De plus, ils ont synthétisé avec succès une molécule, inhibant cette protéine en particulier et l’ont testé sur des rats.

Mais, la voie la plus prometteuse est encore celle du Vasalgel. L’ONG américaine Parsemus Foundation, spécialisée dans la “recherche médicale innovante et négligée”, a repris une théorie avancée par le docteur indien Sujoy Guha, il y a quinze ans: un gel contraceptif injecté dans le canal d’où s’échappent les spermatozoïdes. Ce gel permet de les bloquer à l’instar d’une vasectomie qui serait réversible et indolore. Une seule injection suffit à renverser les effets contraceptifs. Cette méthode a été testé avec succès sur des singes. Il demeure la nécessité de la tester sur des hommes et d’observer si elle ne comporte pas d’effets secondaires, chose que l’on ne pourra savoir qu’après plusieurs années. Or, le produit devrait arriver sur le marché en 2017.

Outre, les nombreuses difficultés physiologiques que rencontre la mise en œuvre d’une contraception masculine, des obstacles sociologiques entravent la motivation de commercialiser un tel produit. En effet, l’industrie pharmaceutique n’a jamais réalisé d’essai clinique pourtant nécessaire à la mise en vente d’un quelconque traitement. Ces considérations commerciales sous-tendent en réalité l’idée que cette contraception n’intéresserait pas vraiment les hommes car elle demeure une forme de castration médicamenteuse. Les effets secondaires font aussi encore peur. L’étude du CSA à ce sujet le révèle bien puisque chez les jeunes (18-24 ans) seuls 13% répondent « tout à fait » à la question de savoir s’ils seraient prêt à prendre la pilule si elle existait. Au contraire, chez les générations plus âgées (50-64 ans) qui ont déjà eu a priori des enfants l’on retrouve 41% de «tout à fait». Les femmes dans leur ensemble toutes générations confondues sont 61% à déclarer être prête à déléguer la responsabilité de la contraception à leur conjoint.     

Il ressort de l’étude un accueil favorable de cette contraception alors qu’elle a été envisagée comme d’application à grande échelle assez tardivement. En effet, rappelons que les recherches ont été motivées en premier lieu pour répondre aux problèmes des couples dont la femme rencontrait des complications hormonales. Aujourd’hui, elle est envisagée dans une vision plus globale offrant aux hommes et au femmes les mêmes droits et devoirs.

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