Salut ! Salut !

La France et la Ligue Europa, le désamour

Récents / Sport / 25 février 2016

Alors qu’il ne compte que deux petites coupes d’Europe, le foot français semble totalement se désintéresser de la Ligue Europa, n’ayant d’yeux que  pour la prestigieuse Ligue des Champions. Pourtant, sa petite sœur a beaucoup à offrir, à commencer par un parcours européen digne de ce nom.

L’Italie, l’Espagne, l’Angleterre, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Russie, la Suède, la Belgique, l’Ukraine et la Turquie ont vu l’une de leur formation remporter la Ligue Europa. Pas la France. Avec deux petites coupes d’Europe (Marseille a triomphé en Ligue des Champions en 1993, et le PSG la défunte Coupe des Coupes en 1996), elle fait figure de parent pauvre dans ce domaine. Est-ce le fruit d’une faiblesse de notre football ? Certainement. En Ligue des Champions tout du moins, où il est très difficile (hormis le PSG et sa puissance financière) de rivaliser avec les clubs dominants. Mais cette excuse ne tient pas pour la Ligue Europa.

Un quart de finale en 5 ans

Car si la France peine au classement UEFA, c’est à cause de ses performances dans l’antichambre de la compétition reine. Ainsi, si la France compte sept quarts de finale depuis 2010 en Ligue des Champions, avec cinq clubs différents, seul Lyon par une fois (2014) est entré dans le top 8 en C3. Et pourtant sur cette période, le PSG, Monaco, Marseille, Saint-Etienne, Bordeaux ou encore Lille, nos meilleurs clubs ont pris part à la Ligue Europa. Pour des résultats catastrophiques, comme l’attestent les éliminations de Saint-Etienne (2014) et de Lyon (2015) en barrages face à des clubs inconnus, ou en phases de poules de Marseille et de Bordeaux face à des adversaires loin d’être imbattables en 2014. Il faut remonter à 2004 pour voir la présence d’une équipe française dans le dernier carré (Marseille finaliste cette année-là).

Nombre, par pays, de représentants en quarts de finale de l'Europa League (depuis le changement d’appellation, en 2009/2010)

Nombre, par pays, de représentants en quarts de finale de l’Europa League (depuis le changement d’appellation, en 2009/2010)

Il parait absurde de penser que les clubs français n’ont pas le niveau, en analysant les performances supérieures de ces derniers en Ligue des Champions. Il en résulte donc un manque d’envie. Un désamour. Cette compétition ne fait pas rêver en France. Sans doute trop brillant notre football, pour s’intéresser à une coupe de seconde zone. Comme si la Ligue 1 n’était pas entrée depuis un moment dans la deuxième division européenne. Il suffit de regarder les affluences de l’OM cette saison, lors de ses quatre premiers matchs dans la compétition. Et même la réception de l’Athlétic Bilbao, club qui lui est supérieur en de nombreux points dans un passé récent, finaliste de la compétition en 2012, et ayant participé à la Ligue des Champions pas plus loin que la saison dernière, n’a pas drainé les foules au Stade Vélodrome où moins de 30000 personnes (sur 67 000) ont assisté à la défaite phocéenne (0-1).

Mais à sa décharge, l’OM a, au moins, pris l’épreuve avec sérieux, tout comme l’ASSE, tous deux qualifiés pour les seizièmes de finale. Ce ne fut pas le cas de tout le monde. Bons nombres de clubs français n’ont même pas daigné présenter un visage ambitieux. C’est le cas de la triste épopée de Bordeaux en 2013, où les Girondins n’ont pas toujours aligné une équipe type lors de leurs matchs européens. Résultat : une quatrième place dans un groupe plus qu’abordable (Francfort, Tel Aviv et Nicosie), avec une seule victoire pour cinq défaites.

L’exemple portugais

Le championnat portugais a longtemps été considéré comme inférieur à la Ligue 1. Aujourd’hui encore, la Liga Sagres bénéficie d’un désavantage financier certain par rapport aux clubs français. Pourtant, lors des cinq dernières éditions de la Ligue Europa, quatre édition ont vu la présence d’au moins un club portugais dans le dernier carré, dont celle de 2011 que le FC Porto a remporté. La qualification du club portugais en huitièmes de finale de la Ligue des Champions combiné à la quatrième place du Benfica dans cette même compétition a plombé les chances de ce pays l’an passé. Car c’est souvent les clubs lusitaniens reversés de la C1 qui font un bon parcours ensuite en C3. Mais les Portugais prennent eux la Ligue Europa au sérieux, et en sont récompensé. Ces dernières années, ils sont passés devant la France à l’indice UEFA, permettant au troisième de son championnat d’avoir un tour préliminaire de Ligue des Champions en moins à disputer.

L’exemple portugais en est un parmi d’autre, les clubs de l’Est étant également beaucoup plus performants en Ligue Europa que ne le sont les formations françaises. Une compétition qui a bien plus à apporter. A commencer par une épopée européenne fédératrice, et enthousiasmante, à l’image de celle vécue par Guingamp l’an passé, ou par l’OL en 2014. Cette année-là, les Gones ont avancé jusqu’en quart de finale, éliminés par la Juventus Turin lors d’une confrontation serrée face à une équipe qui ira en finale des Ligue des Champions la saison suivante. Une aventure européenne bien plus séduisante pour les supporters que la débâcle dans la grande coupe cette saison.

La défaite de Lyon sur un coup-franc de Pirlo avait eu le mérite de venir cloturer une campagne européenne intéressante à suivre en Rhône et Saône.

Une compétition pour apprendre

Le cas du club rhodanien est d’ailleurs très intéressant, et pose des questions sur l’avenir des clubs français dans la compétition. Lyon, même avec son ambitieux projet Grand Stade, n’a pas encore le niveau pour exister en Ligue des Champions. Distancés dans la course à la 2e place directement qualificative pour l’épreuve reine en Europe, les Gones ne devraient-ils pas penser à faire l’an prochain une grosse campagne en Ligue Europa ? Disputer une demi-finale européenne dans son nouvel écrin pourrait être l’acte fédérateur de cet OL nouveau. Et c’est toute l’institution qui pourrait apprendre de cette campagne, qui apporterait de l’expérience aux joueurs, et donnerait une réelle dimension continentale aux ambitions lyonnaises. Un club encore trop petit pour la grande scène doit faire ses preuves, prendre ses marques une classe en-dessous. Apprendre pour progresser, et exister au plus haut niveau.

Longtemps dans l’ombre des géants que sont le FC Barcelone et le Real Madrid, l’Atlético a profité de ses passages en Ligue Europa pour grandir. En remportant deux fois le trophée en trois ans (2010 et 2012), gonflant considérant son palmarès européen. Grâce à cette compétition, le club entraîné par Diego Simeone s’est fait un nom, et a progressé, jusqu’à atteindre pratiquement l’excellence en 2013-2014 quand les Colchoneros ont été sacrés champions d’Espagne, et sont passés à quelques secondes de remporter la Ligue des Champions.

Les clubs français ont donc tout intérêt à prendre au sérieux cette compétition intéressante. Si elle n’a pas l’aura ni le prestige de sa grande sœur, la Ligue Europa peut apporter énormément à des clubs français qui, mis à part le PSG, n’ont pas le niveau pour la grande coupe d’Europe. L’OM (en déplacement à Bilbao), et l’ASSE (à Bâle) ce soir, en seizièmes de finale retour, doivent montrer la voie.


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Dylan Carrencotte




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