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La lecture augmentée, l’avenir du livre ?

Culture / Médias / Récents / Web / 8 avril 2017

L’avènement du high-tech a vu l’émergence de la réalité augmentée, venant bouleverser notre utilisation des technologies de l’information et de la communication. Pour ceux qui l’ignorent, en quoi consiste la réalité augmentée ? Le principe est simple. Il s’agit tout simplement d’une incrustation d’images virtuelles dans notre réalité, par l’intermédiaire d’un smartphone, d’une tablette tactile ou de lunettes spéciales, que l’on appelle aussi « lunettes VR ».

Cet outil a notamment été adopté dans le domaine du jeu-vidéo avec – justement – l’utilisation des casques de réalité virtuelle et augmentée permettant aux joueurs d’être totalement immergés dans leurs univers préférés. Si l’objectif est de divertir, la réalité augmentée est également devenue un outil industriel et touristique incontournable. Dans le milieu du commerce par exemple, la réalité augmentée permet de visualiser des meubles dans sa propre propriété grâce à une simple photo. Il s’agit dans ce cas d’un élément d’aide à la prise de décision. Côté touristique, cela permet d’enrichir l’expérience du visiteur en lui proposant des contenus, de préférence associés avec ce qu’il est en train de faire ou de voir.

Et si aujourd’hui la réalité augmentée devenait l’avenir du livre ? Nous ne sommes pas sans savoir que ce secteur est en constante mutation vers le numérique. Il est désormais – et ce depuis un certain temps – possible de lire sur une tablette numérique. Cependant, l’industrie s’est rendu compte que ce si gros bouleversement n’a pas vraiment séduit le public. Ainsi, de nombreuses expérimentations sont tentées par différents acteurs afin de répondre au mieux aux attentes des lecteurs.

livre paris 2017

Récemment, je me suis rendu à la 37ème édition du Salon du Livre de Paris, et j’y ai fait la rencontre d’un auteur nommé Marc Frachet. Ce dernier, très avenant et sympathique, m’a abordé afin de faire la promotion de son roman de science-fiction : InCarnatis. Je suis un grand aficionado de lecture et le suis d’autant plus de ce genre spécifique. J’ai été très vite captivé par l’histoire de son roman – dont voici le synopsis : « Terre, deux siècles après les catastrophes des Lunes Sombres, les aéroplaneurs de la Guilde commercent dans le monde entier, entre teks et domas, agissant dans la plus grande neutralité face à la montée d’une nouvelle forme d’obscurantisme. Seul survivant du massacre de sa famille, Yarel Grinh, un jeune aérostier, cherche à se venger. Tourmenté par d’étranges visions depuis son plus jeune âge, il se découvre d’étonnants pouvoirs liés à un Art ancestral : la Science Arcanique… ».

IMG_4797Mais ce qui m’a beaucoup plus intéressé, c’est le concept en soit. En fait, son œuvre est un mélange entre lecture et interaction. Plusieurs QR-codes (NDLR : type de code-barres en deux dimensions) sont à retrouver au sein de cette œuvre littéraire, il suffit de les scanner à l’aide d’un smartphone. À partir de là, nous avons accès à une tonne de médias additionnels tels que des récits audio, des musiques originales, des illustrations ou encore des artefacts. Tout comme pour le jeu-vidéo, l’utilisation de cet outil a pour vocation de prolonger l’immersion dans l’histoire qui nous est proposée. On parle ici de livre augmenté, qui est en fait le même principe que la réalité augmentée. La notion de transmédia (NDLR : qui consiste à développer un univers narratif sur plusieurs médias) prend donc tout son sens.

Après avoir brièvement interviewé l’auteur dans le cadre d’un cours universitaire, ce dernier m’a expliqué que le déclic lui ayant donné l’envie d’écrire ce roman est venu très jeune. Mais c’est surtout en découvrant le RPG qu’il a eu envie de raconter une histoire sur différents supports et ce, simultanément. Par chance – en parallèle à l’écriture – l’auteur a pris connaissance de l’arrivée des QR-codes en 2011 et a donc décidé d’utiliser cet outil pour mettre en place tout son univers, que l’on retrouve dans ce livre – premier tome d’une trilogie.

Ce que j’ai trouvé vraiment étonnant c’est l’insertion de la réalité augmentée dans la littérature. S’il y a bien un domaine dans lequel je ne m’attendais pas à l’arrivée de ce « gadget », c’est celui du livre. Mais finalement, les échanges que j’ai pu avoir avec l’auteur m’ont donné à réfléchir. En fin de compte le livre augmenté offre une toute autre vision à la lecture et propose une nouvelle définition de ce qu’est la littérature.

Par définition, ce terme désigne « un ensemble des œuvres écrites auxquelles on reconnaît une finalité esthétique » et pourtant, désormais il ne s’agit plus seulement de lire mais également de voir et d’écouter.

Cela veut-il dire que le transmédia est l’avenir du livre ? Lirons-nous uniquement de cette façon ? Le format du « simple » livre peut-il survivre ? Tant de questions auxquelles il semble difficile de formuler une réponse juste.

Il est utile déjà d’expliquer ce que cela implique en termes de lecture. Comme je l’ai dit, le principe est d’avoir accès à divers médias en plus de celui de la simple lecture. Pour quelle(s) raison(s) ? L’intérêt, dans le domaine de la science-fiction, est de solidifier – et de rendre plus vivant – l’univers mis en place par l’auteur. Parfois, il peut être difficile pour les lecteurs d’imaginer visuellement ce que l’écrivain tend à décrire. L’immersion peut donc paraître compliquée. Là où le livre augmenté trouve un avantage, c’est qu’il donne accès à des illustrations ou des artefacts (visualisables en séquences animées), offrant une certaine proximité avec les lecteurs, ces derniers se sentant davantage familiarisés avec l’œuvre qu’ils lisent.

Vous allez dire que nous avons très bien pu vivre sans pendant des années, ce qui ne nous a pas empêché de faire fonctionner notre propre imagination. Je suis tout à fait d’accord. Moi-même j’ai eu ma propre interprétation de certains lieux ou de certains personnages de fiction d’après les descriptions qui étaient faites par le ou les auteurs. L’imagination du lecteur fait le charme de l’œuvre. Néanmoins, il est nécessaire de se placer dans le contexte actuel : la lecture n’est pas l’art qui attire le plus les jeunes aujourd’hui et si cette industrie ne souhaite pas être en déclin, elle a tout intérêt à renouveler le genre afin de séduire un nouveau public tout en maintenant la fidélité de son public habituel. La réalité augmentée est un procédé qui a eu énormément de succès dans les médias dans lesquels elle s’est imposée. Pourquoi donc ne pas l’utiliser dans l’art littéraire ? Tout le côté interactif permet aux lecteurs de prendre pleinement part à l’aventure. Non seulement le livre augmenté bouleverse la façon de lire, mais elle modifie totalement la manière de raconter une histoire. D’un côté le lecteur devient « acteur » de l’histoire et d’un autre côté, l’auteur ne pense plus son histoire comme destinée à être lue mais plutôt comme étant destinée à être lue, vue et entendue. Cela permet alors de créer un véritable univers, offrant de plus grandes libertés. Du coup, cela oblige également à penser son livre comme un film. L’intrigue doit plaire mais doit aussi justifier l’utilisation du transmédia.

Malgré tout, je ne pense pas que le format livre disparaîtra au profit du livre augmenté. Quand l’industrie littéraire a voulu nous imposer les liseuses électroniques, une grande partie des lecteurs n’a pas été séduite. Je pense qu’il en sera de même pour ce format-là. En effet, bien que l’intégration d’autres médias au sein d’un ouvrage paraît original et instructif, ce format ne plaira pas à tout le monde et est avant tout destiné à un public jeune. Comme dans tous les milieux, il y a ce qu’on appelle des « puristes », fidèles à l’œuvre originelle. Et pour cause, certains n’adhéreront pas au livre augmenté, ne voyant pas l’intérêt de la chose, d’autres encore souhaiteront conserver leur manière de lire et ne tenteront pas l’aventure. À noter que les médias présents au sein de l’ouvrage, écrit par Marc Frachet, sont complémentaires à l’histoire et ne sont donc pas essentiels. On peut donc s’interroger sur le bien-fondé du livre augmenté dans la mesure où, jusqu’à maintenant, c’est avant tout un outil supplémentaire à la lecture en elle-même.

Un autre facteur important me semble important à prendre en compte : le genre du livre. Eh oui, si le côté interactif est justifié dans la science-fiction, est-ce légitime d’utiliser la lecture augmentée dans des genres qui n’en ont pas réellement besoin ? Le livre augmenté se transformera-t-il en gadget – pas nécessairement utile – comme la 3D au cinéma ? C’est un risque.

Pour le moment, n’ayez crainte ! L’activité littéraire regorge encore de lecteurs attachés au format livre, qui n’est donc pas prêt de disparaître. Est-ce que le livre augmenté sera le livre de demain ? Seul le temps nous le dira. Même si le concept a le mérite d’être orignal et enrichissant, je pense que tant qu’il s’agira d’outils complémentaires, ce format servira avant tout de divertissement et n’occupera pas de place prépondérante au sein de cette industrie.


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Alexis Augusto
Étudiant en licence "Information et Communication" à Paris VIII. Passionné par le cinéma, les nouvelles technologies, la science-fiction et - de manière plus générale - par la culture dans son ensemble.




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