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La géopolitique face au retour des nationalismes

International / Politique / Récents / 12 avril 2017

Quand bien même la gravité de la situation des nationalismes contemporains semble n’avoir que des effets indirects sur notre quotidien, les altérations sur notre existence d’un point de vue politique et civil n’ont jamais été aussi évidentes.

La vague d’attentats meurtriers qui a frappé le continent européen entre janvier 2015 à Paris et le 23 mars 2017 à Londres, a catalysé une atmosphère anxiogène au sein de la vie citoyenne et engendré une poussée de la pensée nationaliste, traduite par une progression indéniable des partis d’extrême droite sur l’échiquier géopolitique mondial. 


Cette croissance fulgurante de ce courant extrémiste à été nourrie par les nombreux échecs des puissances néo-libérales a pallier aux inégalités sociales et économiques, à savoir le chômage, les salaires et les difficultés de certains secteurs de travail. 

La désillusion a été le fer de lance de ce courant, qui en dépit d’une rhétorique anti-immigration, ultra-conservatrice flirtant dangereusement avec le fascisme, s’invite aujourd’hui  dans les urnes avec plus ou moins de succès sous la forme de personnalités douteuses telles que Geert Wilders, le candidat anti-Islam néerlandais qui a manqué de peu la présidence il y’a deux mois, Marine Le Pen, et l’actuel président américain Donald Trump, qui a misé l’essentiel de sa campagne à dénigrer la religion musulmane et les communautés minoritaires. N’oublions pas de citer Vladimir Poutine, l’autocrate russe dont la discrimination envers les noirs, la communauté LGBT, les Baltes et bien d’autres, est tragiquement monnaie courante dans une Russie qu’il régente d’une main de fer, presque sans interruption depuis 2000.

La politisation exponentielle de l’islamophobie et de la haine envers le multiculturalisme a rencontré un public qui ne cesse de croître dans une Europe fragilisée par la menace de l’EI, et pointée du doigt pour son incapacité à contenir la crise migratoire qui a transformé nos océans en tombeaux à ciel ouvert.

Cette résurgence du courant populiste en Occident a généré les résultats dévastateurs que l’on connaît aujourd’hui : le Brexit, voté a 52% le 23 juin 2016, a été essentiellement approuvé par la volonté de contrôler les frontières et le taux d’immigration.

brexit-theresa-may-united-kingdom-european-union-free-tradeTheresa May, actuelle première ministre britannique et chef du parti conservateur des Tories, n’a d’ailleurs jamais caché son ambition de rendre sa souveraineté au Royaume-Uni au détriment des millions d’immigrés y résidant. D’ailleurs, selon un article publié par The Independent, une hausse de 57% des actes et crimes de haine contre les étrangers fut constatée depuis le vote fatidique et 6000 infractions a caractère raciste furent reportés entre le 16 juillet 2015 et  le 16 juillet 2016. De plus, une pétition anti-immigration publiée sur le site du Parlement Britannique a été signée 217 000 fois, soit plus du double des 100 000 requis entre sa publication en octobre 2015 et février 2016, cinq mois avant la proclamation du vote Leave.

La relative inaction du ministre May à garantir la basique protection de ses immigrés en dépit du Brexit, y compris les ressortissants de l’UE, est une preuve indéniable d’une volonté de privilégier les Britanniques « de souche » uniquement plutôt que les immigrés. Ces derniers, dont la citoyenneté était autrefois garantie, pourrait perdre bien des acquis une fois la sortie officielle entérinée en 2018.

Même si May se veut moins extrême et largement plus mesurée dans ses pensées, l’idée d’état-nation privilégiant ses citoyens au lieu de s’ouvrir au monde a pris le dessus sur la tolérance et l’ouverture libérale jusqu’à infecter l’Amérique. On en vient a Donald Trump.

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Le bombastique magnat de l’immobilier est devenu le 45è président des Etats-Unis le 9 novembre 2016 au terme d’une élection présidentielle décrite encore aujourd’hui comme la plus inhabituelle de la politique moderne. Le néophyte politique de 70 ans, au cours des 18 mois de sa campagne, à tout bonnement secoué le paysage géopolitique mondial, déjoué pronostics et sondages qui donnaient l’ex-Première Dame Hillary Clinton gagnante, fait plier les médias et renversé l’establishment de manière tonitruante et inattendue.

Malgré une campagne menée sur une aversion à peine voilée envers l’Islam, les Mexicains, l’OTAN et la crise migratoire, Trump a balayé les 16 candidats à l’investiture républicaine d’un revers. Les médias américains qui se sont joués de ses frasques tout en assumant un soutien à Hillary Clinton s’y sont cassé les dents et tout comme les instituts de sondage politiques ont vu leur légitimité remise en cause. 306 votes obtenus au Collège Électoral plus tard, les clés de la Maison Blanche pour celui dont personne n’avait compris l’envergure.

Une personnalité exceptionnelle, mégalomane et grandiose présente dans la culture américaine depuis plus de 40 ans, l’homme d’affaires scabreux a misé son accession au pouvoir sur la provocation, l’outrance, la critique des élites, les joutes verbales contre des célébrités et ses adversaires politiques et le rejet de l’autre, de par sa religion ou son ethnie. Il a également misé sur une répudiation de la politique migratoire mondiale, responsable selon lui de la recrudescence des actes terroristes en Occident, en appelant à une interdiction du droit d’entrée et de passage des Musulmans et réfugiés sur le sol américain.

Cette agressivité envers l’establishment néo-libéral qu’il éxecre, entre tweets intempestifs et discours crus, à décontenancé, écœuré, terrifié  et consterné le monde entier, jusqu’au Pape François. Cependant, cette formule a été payante et à trouvé son compte, de par le mépris viral de ces élites, véhiculé par ses supporters, blâmées pour avoir généré plus de clivages que d’égalités.

Ce dégoût s’explique par le fait que les États-Unis, premières victimes du terrorisme au 21ème siècle, ont observé une méfiance croissante envers certaines communautés au cœur des contrées profondes américaines.

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Le public de Trump : cette classe blanche oubliée qui a fait pencher la balance.


Ces habitants de la Rust Belt, états réputés pour leur relative précarité en comparaison avec New York et la Californie, souvent estimés ignorés par le « libéralisme bourgeois » d’Obama et Clinton, tendant à voter républicain, ont été portés par leur colère envers ce système, responsable de leurs maux et de l’immigration en pagaille, et l’ont utilisé pour porter Trump au sommet du monde. Parce qu’il s’est présenté à eux comme un celui qui allait les sortir de l’oubli, malgré son statut de richissime businessman listé par Forbes à la tête d’une fortune de 3,7 milliards de dollars, quand Clinton organisait des levées de fonds luxueuses avec le couple Clooney, Katy Perry, Amy Schumer, George Soros, Ellen DeGeneres et Beyoncé par exemple.

Ces peurs, ces inquiétudes sur la dégradation de leurs quotidiens, de cette Amérique profonde, rurale et si souvent négligée ont été adoptés par le malicieux entrepreneur, à travers son mantra « Make America Great Again » et son programme ultra-nationaliste, qui a malheureusement permis le retour sur la scène publique du Ku Klux Klan et la mise en avant de personnalités obscures d’extrême droite telles que Steve Bannon, David Duke et Ann Coulter, dont la notoriété a accru. Bannon, qui d’idéologue réactionnaire dirigeant de sites d’information à la fiabilité contestable, est passé éminent conseiller au sein de l’administration Trump.

La rhétorique anti-immigration véhiculée par Trump, dénoncée universellement, lui a néanmoins permis de devenir aujourd’hui leader du monde libre, succédant au premier président afro-américain de l’histoire des États-Unis.

Avec Trump, la cruauté envers les immigrés, boucs émissaires tenus responsables des maux sociétaux, a accédé au sommet du monde et continue de se répandre. Son récent Travel Ban de février dernier visant les ressortissants de 7 pays musulmans en fut une sordide preuve. La fin du libéralisme, autrefois utopique, n’avait jamais parue aussi possible qu’en ce moment.

L’ascension de cette personnalité particulière au plus haut poste de la planète a eu des répercussions. Et depuis le Brexit et Trump,  l’idée nationaliste se propage encore plus fort, cette fois-ci chez nous. Ce qui nous amène a Marine Le Pen.

French presidential election candidate for the far-right Front National (FN) party Marine Le Pen waves as she arrives on stage to give a speech during a campaign meeting on April 2, 2017 at the Bordeaux-Lac exhibition center in Bordeaux, western France. / AFP PHOTO / GEORGES GOBET

Marine Le Pen, la cristallisation de l’exclusion sociale et ethnique, qui trouve sa place.

La présidente du Front National, notoirement connu depuis plus de 50 ans pour sa véhémente politique de démonisation, de victimisation et d’irrespect des institutions et des immigrés, est devenue une des personnalités politiques les plus polarisantes de France au cours de ces six dernières années. Forte de 25% d’intention de vote en vue des présidentielles de mai prochain, son parti a enregistré une massive augmentation de son nombre d’adhérents chez les 18-25 ans et les plus de 40 ans.

Une popularité acquise par un vaste plan de dédiabolisation des idées originelles racistes du parti, autrefois contrôlé par son père, le fondateur du FN, le menhir Jean-Marie Le Pen.

Une tentative de dissociation d’avec le racisme pervers et assumé du patriarche qui, certes, a permis à Marine Le Pen de faire du FN plus qu’un sous-parti mais une force politique, mais qui s’avère trompeuse : la fille joue exactement sur le même créneau corrosif du père, visant à cibler les étrangers ; et adresse son message pour le « peuple »  et contre les institutions. Contre les élites. Contre l’Islam et le globalisme.

A la manière d’un Trump, Marine s’approche de la classe oubliée en jouant sur l’instinct le plus primaire et facilement manipulable de l’esprit humain : la colère. En jouant sur le ras-le-bol de son électorat, en l’instrumentalisant, la candidate FN qui se veut populiste et eurosceptique, espère accéder à l’Elysée pour rendre sa liberté à la France en la soustrayant de l’Union Européenne et en rétablissant la fermeture des frontières. Un plan visant à annihiler le néo-libéralisme mondial et refaire de la France un pays ayant le droit de décider de qui reste et de qui sort.

Se voulant malgré tout plus policée que son paternel, son approche tranchée sur le mondialisme et l’immigration fait d’elle un véritable danger dans cette élection, autant en France ou les droits aux étrangers pourraient disparaître sous son égide, que dans le monde ou sa proclamation d’un Brexit à la Française entraînerait la destruction totale de l’UE et l’avènement d’un nouvel ordre autocratique et souverainiste affranchi du monde et des traités internationaux.

La pensée nationaliste et populiste est un vaste voile camouflant les idées les plus discriminatoires et avilissantes de la politique. Derrière la volonté de contrôler nos frontières se cache en réalité un prétexte cruel pour permettre la normalisation de la maltraitance envers les minorités et de l’indifférence envers la souffrance des peuples moins aisés que nous. Il s’agit même parfois d’un véritable doigt d’honneur adressé aux règles démocratiques régissant nos systèmes.

Concevoir un monde ou l’autoritarisme, l’anti-multiculturalisme et l’exclusion puissent gouverner n’est plus une lointaine rêverie mais une terrifiante conception. Une conception aux portes du pouvoir et au-dessus de nos têtes.






Moïse Mensah




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1 Comment

on 15 April 2017

Article complet, sans nul doute rédigé avec une grande classe littéraire et de maîtrise de notre langue française. Une rédaction à son apogée. Bravo au rédacteur



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