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« La seule réponse, c’est l’Union, c’est l’Europe » : Interview avec Elisabeth Morin-Chartier

« La seule réponse, c’est l’Union, c’est l’Europe » : Interview avec Elisabeth Morin-Chartier

Newsyoung a rencontré Elisabeth Morin-Chartier, députée Européenne affiliée PPE/UMP, Premier Questeur au Parlement Européen et membre de différentes commissions au sein du Parlement Européen. L’occasion d’aborder différents thèmes d’actualité, tels que les contraintes économiques imposés par Bruxelles aux pays-membres, les élections départementales, l’espace Schengen et l’immigration, ou encore la lutte contre le terrorisme.  Pour elle, aucune ambiguïté : la réponse à la grande majorité se trouve dans l’Union, et pas n’importe laquelle : l’Union Européenne. Interview.

On assiste aujourd’hui à un bras de fer entre Bruxelles et l’Elysée en ce qui concerne les efforts français pour la réduction du déficit public français à 3% du PIB, pensez-vous que la France arrivera à tenir ses engagements d’ici 2017, qui constitue la nouvelle échéance ? Selon vous, quelles sont les réformes nécessaires pour atteindre cet objectif ?

Honnêtement, je suis très sceptique sur les capacités de la France à répondre dans les temps aux exigences européennes de réduction des déficits. Le Gouvernement ne cesse de demander et d’obtenir, pour le moment, le report de ces objectifs ; mais ne nous leurrons pas, le couperet tombera et il faudra bien faire les réformes nécessaires. La dette est un fardeau pour notre pays et surtout un cadeau empoisonné fait aux générations futures. Cette responsabilité est collective, nous avons voulu faire croire qu’il était possible et facile de vivre au dessus de nos moyens ! Aujourd’hui, ces erreurs nous rattrapent. Je ne veux pas entrer dans la polémique des réformes à faire, car chacun y va de sa solution miracle… Mais je crois qu’il y a des comportements à changer, des stéréotypes à modifier.Nous devons arrêter de faire croire que le travail, c’est dur ; non c’est important ! Que gagner de l’argent, c’est sale ; non c’est nécessaire pour créer de nouvelles richesses qui seront profitables à tous. Il est temps d’en finir avec ces clichés qui pourrissent l’âme de nos concitoyens. Dans notre pays nous devons redonner du sens à la liberté d’entreprendre, à la possibilité de se tromper, sans que nous ayons un État censeur ou un État providence au dessus de nous. La crise a eu un effet traumatisant sur les Français, en partie parce que les politiques ont fait des promesses intenables. Les dernières en date du style « le chômage baissera à la fin de l’année » ou encore en détricotant les bonnes réformes des gouvernements précédents par dogmatisme comme la suppression des heures supplémentaires défiscalisées, ont eu un effet dévastateur sur l’opinion publique. Tout cela a créé un choc dans le pays qui désormais ne croit plus en rien ou trop en la parole des extrêmes qui surfent sur ce malaise en proposant des recettes populistes.

On assiste aujourd’hui à une montée flagrante de l’euroscepticisme, non seulement en France, mais aussi dans bien d’autres pays (UKIP au Royaume-Uni, Jobbik en Hongrie par exemple), à quoi est due cette montée selon vous ?

L’euroscepticisme, c’est la réponse simpliste de ceux qui ne veulent pas avoir à régler leurs problèmes nationaux. On accuse l’Europe de tous les mots. Soit-disant elle s’occupe de tout, mais arrêtons de dire n’importe quoi ! L’Europe ne fait que ce que les textes autorisent à faire et pas plus. Ce sont les gouvernements qui lui délèguent les compétences. Par exemple, l’Europe est accusée d’imposer des mesures drastiques aux pays en crise ; rétablissons la vérité ! Ces mesures, ce sont les chefs de gouvernement qui les ont décidées et qui ont demandé de les mettre en œuvre. C’est facile de décider une chose et de la critiquer parce que ça ne vous arrange pas ! Il vaut mieux dire c’est la faute aux autres, à l’Europe. Nous sommes dans une situation paradoxale où les partis eurosceptiques voire extrémistes voient leur influence progresser et en même temps les citoyens réclament plus d’aide de l’Europe.

Les populistes, les extrêmes, font leur lit de ce désamour et enfoncent le clou. Ils enferment les peuples dans le repli nationaliste et nous savons tous vers quoi cela conduit. L’Europe a été construite pour que plus jamais ne se reproduise les conflits. Nous devons être vigilants corriger les imperfections de l’Europe, mais la conserver comme un don fait à nos peuples.Dans le monde d’aujourd’hui et de demain, nous ne pèserons rien seuls. Être unis demande des efforts, du courage et de la volonté. Les Pères fondateurs l’avaient, qu’attendons nous donc !

Députée européenne depuis 2007, récemment élue premier questeur au Parlement Européen, vous semblez très attachée à l’Europe : que souhaitez-vous dire à ceux qui, pour diverses raisons, ne croient plus en l’Europe ? Comment faire pour que les Européens aient de nouveau confiance en l’Europe ?

Vous savez, mon arrière grand-mère avait connu 3 guerres, mes grands parents 2, mes parents une guerre, leur héritage c’est de m’avoir laissé une Europe réconciliée. J’ai l’Europe chevillée au cœur. Je défends avant tout la Liberté, la démocratie, la solidarité et la Paix car ce sont ces valeurs qui ont tant manqué à l’histoire de notre continent.  Cela parait désuet mais lorsqu’aux portes de l’Europe, des peuples se font la guerre comme la Russie et l’Ukraine et que  les pays voisins membres  de l’Union européenne ont peur des conséquences, je me dis que ces valeurs fondatrices ont vraiment du sens. A cela s’ajoute le sentiment d’insécurité des nos concitoyens à l’échelle européenne, engendré par le terrorisme. La seule réponse, c’est l’Union, c’est l’Europe.

Dans le monde dans lequel nous vivons, il n’y a pas d’avenir pour la France sans l’Europe, il n’y a pas d’avenir pour l’Europe sans un couple franco-allemand fort. Nous devons relancer le couple franco-allemand, c’est le point d’équilibre de notre continent. J’en veux beaucoup à ceux qui pensent que la France peut rompre avec l’Allemagne car c’est aujourd’hui impossible et ce serait un jeu qui ne servirait pas notre pays. Nos citoyens sont en attente, et même en espérance d’Europe ; ils ont le sentiment que cet immense espoir – tel qu’ils ne l’avaient jamais exprimé – est déçu, d’où ce désamour.

Je ne suis pas pessimiste pour autant, car nous progressons malgré tout vers plus d’intégration et de solidarité, mais nous devons clarifier et accélérer la construction européenne. Les Français restent attachés à l’euro, c’est la meilleure réponse à tous ceux qui doutent et qui veulent remettre en cause l’Europe. Ils ne veulent pas moins ni plus d’Europe, mais ils veulent mieux d’Europe.

En ce qui concerne les élections départementales, comment appréhendez-vous cette échéance en tant que membre de l’UMP ? Quels sont pour vous les enjeux de ce scrutin ?

Ce scrutin ne me réjouit pas car je crains une abstention massive et une forte hausse des l’extrême droite. Cette faute le gouvernement la porte avec sa réforme territoriale imposée et non expliquée aux électeurs. Par ailleurs, l’inconséquence des décisions et de la parole présidentielle font de ce scrutin local la première possibilité de sanctionner le pouvoir en place.Les élections locales n’ont pas vocation à être des exutoires politiques contre les gouvernements car les Conseils départementaux ont une vocation d’assistance à la population fondamentale. Les Départements ont besoin d’avoir des équipes capables de mobiliser les projets. Au niveau européen nous avons besoin d’avoir des gens de terrain et pas des dogmatiques. Les grandes régions aboutiront a une recentralisation cela donnera plus de place aux départements. Il y a une politisation à l’excès des élections locales.

Nous avons eu le premier acte avec les élections municipales l’année dernière ; nous abordons l’acte 2 avec ces élections et je crains l’acte 3 des grandes régions. Nos citoyens n’ont pas donné leur avis sur le découpage régional et les grandes régions offrent une dimension politique nationale évidente. Il y a cette forte envie de mettre une gifle au gouvernement et l’incompréhesion des réformes, c’est dommage pour la décentralisation mais tant pis pour le gouvernement.

Quelle est votre opinion sur l’utilisation du 49-3 par le Gouvernement ?

Arrêtons de refaire sans cesse la constitution ! Le 49-3 c’est une arme que les fondateurs de la Vème république ont voulu donner au gouvernement et ils sont nombreux de gauche comme de droite à l’avoir utilisé. Il permet de remettre en ordre de bataille la majorité gouvernementale et si les parlementaires le veulent, ils peuvent renverser le gouvernement en votant une motion de censure. Il n’y a rien d’anti-démocratique là-dedans. C’est un artifice qui ne gomme en aucun cas l’absence de soutien d’une majorité pour ce gouvernement. Alors cessons ces débats stériles sur un article dont l’usage arrange les uns ou les autres en fonction des politiques qu’ils mènent.

Avec les récents attentats, la question du terrorisme est revenue au centre du débat : quel rôle l’Union Européenne peut-elle jouer dans le la lutte contre le terrorisme ?

Comme je l’ai dit précédemment, contre le terrorisme la réponse doit être européenne. Nous avons relancé le projet PNR européen sur l’utilisation des données des dossiers passagers. ce projet était bloqué nous avons pu le relancer grâce au groupe politique auquel j’appartiens, le PPE. Je trouve néanmoins dommage qu’il y ait eu des morts à Paris, à Copenhague, à Tunis… pour que la conscience des inconscients s’éveille ! Nous avons un immense travail à faire pour que nos jeunes ne partent pas faire le djihâd ou qu’ils ne se radicalisent. La coopération des services de renseignements et des polices européennes est indispensable. Nous avons plus besoin d’échanger dans ce domaine. La sécurité de nos citoyens est fondamentale.

Enfin, autre sujet central actuellement : l’immigration. L’Espace Schengen est-il selon vous la “passoire” que certains décrivent ? Faut-il prendre des mesures plus restrictives concernant l’Immigration dans vers l’Europe ?

L’espace Schengen est un espace de liberté de circulation ; malheureusement certains pays n’ont pas joué le jeu de contrôler leurs frontières. Nous devons aujourd’hui revoir les conditions d’exercice de l’espace Schengen sans remettre en cause la liberté de circulation. Il n’y aura pas de solutions sans politiques migratoires concertées. C’est une lourde tâche et nous avons des intérêts contradictoires les uns et les autres. Nous ne pouvons laisser des pays assumer seuls l’arrivée massive d’immigrants comme c’est le cas pour l’Italie, ne pas aider, ne pas prendre ensemble les mesures qui s’imposent ce serait jouer la carte du chacun pour soi et de l’égoïsme national, cela me semble être déjà le cas malheureusement. Nous avons aujourd’hui à mettre en place une politique d’immigration contrôlée.

Avez-vous quelque chose à rajouter, un sujet sur lequel vous auriez souhaité vous exprimer ?

Oui, un sujet qui me parait essentiel, celui de l’emploi. Ce sont les dossiers sur lesquels je me bats. Je suis, depuis 2009, rapporteur permanent du Fonds Social Européen  pour les 28 Etats membres de l’Union européenne. Ce fonds est doté de 74 milliards d’euros pour la période 2014-2020, il permet d’agir pour l’entrée, le maintien et le retour dans l’emploi. C’est l’arme européenne pour faire face au chômage et en particulier celui des jeunes. J’attache une importance particulière à l’emploi des jeunes Nous sommes dans une course contre la montre, chaque seconde compte pour enrayer le chômage des jeunes. Les États membres ne peuvent plus sacrifier les jeunes sur l’autel du chômage. Aujourd’hui, plus de 7 millions de jeunes européens entre 15 et 24 ans sont sans emploi. Cette situation est inacceptable. Je ne peux pas rester les bras croisés face à ce constat dramatique. Pour l’entrée dans l’emploi, l’Union européenne a mis en place la Garantie Jeunesse. C’est un engagement qui s’adresse à tous les jeunes qui ne sont ni en formation ni en emploi. Ils doivent se voir proposer une solution pour s’insérer dans la vie professionnelle : un emploi, un apprentissage, un stage ou une formation.

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Etudiant à Sciences Po Paris, et en Droit à Paris II - Panthéon Assas. J'aime la politique, l'économie, le droit, la philosophie, et tout ce qui peut me permettre de comprendre un peu mieux ce qui se passe dans notre monde qui tourne de moins en moins rond.

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