Salut ! Salut !

La tierce-propriété, enjeu du football de demain

Récents / Sport / Tribunes / 23 août 2015

La tierce-propriété devient monnaie courante dans le football moderne. Officiellement, elle permet à des clubs aux budgets limités de s’offrir des joueurs de qualité à moindres frais. Seulement, cette pratique connaît des abus et personne n’en ressort véritablement gagnant, si ce n’est les fonds d’investissement en question. Plongeons dans ce fléau moderne du football, enjeu politique de la campagne de Michel Platini vers la présidence de la FIFA.

Une pratique née en Amérique du Sud

L’idée nait en Amérique du Sud, plus précisément au Brésil ou en Argentine. Un club souhaite se renforcer avec un joueur de qualité mais n’a pas les moyens financiers de l’attirer. Intervient alors une entreprise, comme une banque privée, qui débloque des fonds pour attirer le joueur, mais devient par la suite copropriétaire dudit joueur, avec le club. La tierce-propriété ne doit pas être confondue avec la copropriété, où deux clubs possèdent des droits économiques sur un joueur. Humainement parlant, la pratique est discutable, mais législativement ou financièrement, personne ne trouve rien à y redire. Là où le bât blesse, c’est lors d’une revente du joueur. Le club acheteur doit se mettre d’accord avec les deux parties concernées. Il est alors question de gros sous, très souvent au-dessus du million d’euros, à partager entre le fond d’investissement qui cherche le bénéfice et le club qui souhaite rester compétitif. Un conflit d’intérêt qui complique grandement le marché des transferts, vecteur de milliards d’euros d’échanges à travers le monde chaque année.

Une utilisation universelle

La première fois que la tierce-propriété, ou TPO (de l’anglais Third party ownership) a fait parler d’elle, c’était en 2006, en Angleterre. Le club de West Ham achète Carlos Tevez et Javier Mascherano au club brésilien de Corinthians. Problème, les deux joueurs appartiennent au groupe Media Sport Investment. Une infraction à la règle des transferts punie par la fédération anglaise d’une amende de huit millions d’euros ! Si certains pays, dont la France, ont strictement interdit la TPO, d’autres pays, comme l’Espagne ou le Portugal en ont fait un véritable allié économique. Un club comme le FC Porto vit au quotidien avec des groupes d’investissement puissants lui permettant de tisser des liens avec le continent sud-américain et, par la même occasion, d’avoir des options sur les jeunes joueurs les plus prometteurs. La TPO est aujourd’hui un acteur incontournable du football-business et, comme l’indique Yvan Le Mée, agent de joueurs interrogé par So Foot : « En Amérique du Sud, les ¾ des joueurs sont concernés. Tu leur enlèves les TPO, tu détruis l’économie du football sur place ».

Des conflits qui se multiplient

Outre l’affaire de West Ham en 2006, qui semblait faire office de signal d’alarme, des conflits d’intérêts se multiplient avec comme point commun le recours à la TPO. Très médiatique, le cas de Neymar est l’exemple parfait des dégâts de la tierce-propriété. Alors pépite du football, le jeune attaquant brésilien évolue à Santos. Alors que son dossier est étudié par les plus grands clubs du monde, un problème se pose rapidement : Santos est propriétaire à 55% du joueur. 40 autres % appartiennent à DIS, un fameux fond d’investissement et les 5% restants sont propriété de Teisa, autre société. Un véritable casse-tête pour le FC Barcelone, qui finira par recruter le joueur en 2013 pour, officiellement, 57 millions d’euros. Seulement, il y a deux mois, DIS dépose une plainte contre Barcelone car il s’estime floué dans ce transfert. Le club espagnol aurait volontairement minimisé le coût de l’affaire, évalué en fait à 83 millions par la justice espagnole. Ce fonds se plaint aussi d’un accord antérieur entre Neymar et Barcelone, empêchant la montée des enchères pour le joueur. L’intérêt pour les fonds n’est pas que les joueurs trouvent leur bonheur, mais d’empocher un maximum de revenus.

Actuellement, une autre affaire agite le marché des transferts, plus proche de nous. Actuellement joueur de Malaga, le jeune international espoir espagnol est courtisé par le club de Lyon. Toutes les parties étaient d’accord pour un transfert avoisinant les 8 millions d’euros jusqu’à ce que Edmundo Kabchi, souhaitant récupérer plus d’argent pour son joueur qui, lui, souhaite à tout prix quitter Malaga quitte à ne plus s’entraîner avec son club.

Une affaire politique

Dans les hautes instances du football mondial, cette propagation de la TPO inquiète. Seulement, comment endiguer cette pratique sans précipiter certains clubs dans le fossé ? Aujourd’hui pas de réponse. Joseph Blatter, le très controversé président de la FIFA, a pris la décision, en septembre 2014 d’interdire la TPO, avec une période de transition pour les clubs concernés. Alors qu’il rendra son siège de président l’année prochaine, son projet devrait trouver une continuité avec son probable successeur, Michel Platini, qui en a fait un de ses objectifs de mandat : « Voir que le joueur appartient à plusieurs personnes, je trouve ça honteux. On est retourné à des formes d’esclavagisme moderne ». Cette décision n’est en effet absolument pas respectée car, de manière juridique, elle est toujours légale. Il faut pour cela que la FIFA s’allie aux tribunaux sportifs. Ces remous inquiètent déjà l’Espagne et le Portugal qui ont attaqué la FIFA par le biais de leurs fédérations nationales, craignant pour « la libre-circulation des capitaux ». Une affaire compliquée, marquée par l’existence de liens opaques entre clubs, agents et fonds d’investissement qui ne manquera pas de faire à nouveau parler d’elle dans les mois à venir.


Étiquettes : , ,



Théophile Pedrola
Etudiant en information-communication|Rédacteur sur l'actualité sportive, sport-business




Previous Post

Alphabet : Google, de A à Z

Next Post

Et si vous preniez un peu de temps pour votre cerveau ?





You might also like



0 Comment


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


More Story

Alphabet : Google, de A à Z

Vous n'avez pas pu y échapper, c'est LA nouvelle de la semaine. Lundi, Google a annoncé une réorganisation de sa structure...

14 August 2015
UA-37872174-1
Tu aimes cet article ?
Tu aimes cet article ?
N'hésite pas à nous rejoindre sur les réseaux sociaux !
Faceboook
Twitter