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La Tunisie déchirée : vers une nouvelle révolution ?

La Tunisie déchirée : vers une nouvelle révolution ?

Après le printemps arabe qui y a trouvé son origine, la Tunisie est en train de basculer vers une crise politique grave après l’assassinat d’un des leaders de l’opposition ce mercredi 6 février.

Les faits

Le 6 février, Chokri Belaïd, l’un des leaders de l’opposition tunisienne est assassiné devant chez lui vraisemblablement par un homme qui lui tire dessus à bout portant. Rapidement, chacun fait entendre sa voix. Alors que le Premier ministre condamne « un acte de terrorisme », le frère du défunt accuse ouvertement le parti islamiste au pouvoir Ennahda d’avoir organisé ce crime, et une partie de la population organise le matin même une manifestation. Ce sont d’abord 200 personnes qui sont présentes, mais les protestations prennent vite de l’ampleur et s’étendent à plusieurs villes du pays, se transformant en heurts avec la police : des locaux du parti Ennahda ont été incendiés, un policier tué, et les opposants clament leur volonté de changement.

Le soir du meurtre, le Premier ministre Habadi Jebali annonce la création d’un nouveau gouvernement de « technocrates apolitiques », c’est-à-dire formé de décisionnaires sans étiquette politique, en attendant de nouvelles élections. Une proposition refusée par l’Assemblée du pays.

Le contexte

Il faut noter que, selon Habadi Jetali, cette décision avait été prise avant l’assassinat mais celui-ci a précipité son vote (finalement refusée). Un fait qui est à l’image de la situation en Tunisie : déjà dégradée, le meurtre de Chokri Belaïd semble avoir été le coup fatal. En effet, alors que la révolution tunisienne (révolution du jasmin) a obtenu une victoire avec la fuite de Ben Ali, le dictateur jusqu’alors au pouvoir, force est de constater que les lendemains sont durs : le taux de chômage, par exemple, qui oscillait entre 12 et 13 % de la population active les années précédentes1, a atteint les 17 % au dernier trimestre 2012. La population, qui avait accordé plus de 40 % des sièges à l’Assemblée au parti islamiste Ennahda, se trouve encore divisée, une opposition exacerbée par, entre autres, cette montée du chômage. De nombreuses manifestations ont donc éclaté, organisées aussi bien par les opposants de gauche que par des islamistes par exemple en 2011, quand ces derniers réclamaient l’inscription de la charia dans la Constitution (proposition rejetée par le gouvernement). Des dérives ont lieu ; la police, sans doute sous l’injonction du gouvernement, tire sur des manifestants faisant près de 300 blessés. Ce genre de bavures était régulièrement dénoncé par l’opposition politique, dont faisait partie Chorki Belaïd. Son parti, membre d’une coalition appelée Front populaire, n’a pourtant qu’un seul siège à l’Assemblée.

Une crise loin d’être résolue

La situation en Tunisie, le combat de plus en plus fort entre une partie de la population en désaccord avec le parti Ennahda au pouvoir et une autre qui le soutient dans son orientation islamiste, semblent pour le moment si insolubles dans l’immédiat que certains médias parlent déjà d’une deuxième révolution du jasmin à venir. En effet, les tentatives d’appel au calme du gouvernement, comme l’a fait le premier ministre en annonçant sa volonté de créer un nouveau gouvernement de technocrates, sont rejetées à la fois par une partie du peuple, divisé depuis les premières élections libres, et même à l’intérieur de son propre parti. Une situation représentative du tiraillement des peuples post-révolutionnaires du printemps arabe entre islamisme et gouvernement laïc.

  1. Période 2006-2009, chiffres de l’Institut national de la statistique tunisien http://www.ins.nat.tn/demog/emploi/fr/Tableau_8_fr.xls
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